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Control - Devoir sur table - Playscope
Faisons un rapide récapitulatif du parcours de Remedy. S’ils se sont faits connaître grâce à un sympathique Death Rally et d’alléchants Benchmarks sortis sur PC (Final Reality pour qui j’ai tant d’amour et 3D Mark 99), le studio finlandais a connu la consécration en 2001 avec Max Payne puis sa suite. Ce jeu d’action à la troisième personne introduisait l’usage du Bullet Time (avec ses ralentis à la Matrix) et il brillait par son scénario macabre et son héros torturé. Un profil psychologique qu’on retrouvera aussi chez le principal protagoniste d’Alan Wake, un splendide survival-horror aux effets d’éclairages très poussés (exclusif à la Xbox360 et au PC) et qui faisait la promo des piles Energizer. Six ans plus tard, en 2016, Remedy livrait Quantum Break. Pour être honnête je ne garde qu’un très vague souvenir de cette exclusivité de la Xbox One. De mémoire, et elle n’est plus très bonne, le jeu offrait une épopée temporelle où les interprètes de LittleFinger et un X-Man s’affrontaient à grands renforts de Windows Phone. Une dystopie rassurez-vous ! En dehors de Death Rally, naturellement, tous ces jeux ont en commun d’être des jeux d’action à la troisième personne. Pas étonnant que Remedy opte une nouvelle fois pour une recette qui a toujours fonctionné… jusqu’à présent. Exit les superflics, écrivains maudits ou apprenti maîtres du temps, Control offre d’incarner cette fois une vaillante héroïne, Jesse Faden. De cuir et de denim vêtue, elle s’introduit incognito dans l’immense complexe de recherche d’une organisation gouvernementale, le FBC, à la recherche de son frère disparu. L’aventure ne tarde pas à virer au paranormal, lorsqu’on découvre que notre rouquine soliloque et un brin dérangé est épaulée en réalité par une mystérieuse entité et qu’elle peut employer des pouvoirs télé-kinésiques. Pratiques, ces derniers lui servent notamment à envoyer valdinguer des éléments du décor sur les ennemis ou créatures contrôlées par une force maléfique surnommée le HISS. Des capacités spéciales comme on en trouvait par exemple chez Max Payne ou même Jack Joyce (le héros de Quantum Break). D’ailleurs à l’instar des précédentes productions de Remedy, les pouvoirs viennent compléter la panoplie de l’héroïne qui peut employer bien sûr des armes à feu pour survivre aux gunfights. Ici pas question de s’équiper de différentes sortes de sulfateuses ou de pistolets glanés dans le feu de l’action et récupérés sur les corps des ennemis, Jesse est “juste” armée d’un flingue évolutif, qui peut acquérir de nouveaux modes de tirs (rafale, fusil à pompe, tir concentré…) en échange de points d’expérience. Et préparez-vous à faire parler la poudre ! En contrepartie d’un léger cooldown, les munitions de cette arme polyvalente sont illimitées. Les feux de l’enfer vont se déchaîner sur vos adversaires ! Et comme dirait Michel, l’aventure en elle-même se déroule à la manière d’un Castlevania. Ainsi, entre deux gunfights, on crapahute à travers le vaste complexe labyrinthique, afin d’accomplir soit des missions principales qui font avancer l’histoire – pour le compte de protagonistes parfois assez barrés – ou des quêtes secondaires. Ces dernières apparaissent un peu aléatoirement, elles permettent d’engranger davantage de points d’expérience et aussi de récupérer des améliorations destinées à améliorer les capacités de l’héroïne ou les modes de tirs du flingue. Loin de limiter nos pérégrinations à ce seul édifice, cette aventure offre aussi de se risquer sur le plan astral lors de sessions initiatiques dignes des niveaux annexes d’Assassin’s Creed Revelations ou de visiter un motel abandonné à quelques reprises. Histoire de fluidifier nos déplacements à travers l’immense complexe (et d’éviter d’harassants allers-retours), le titre propose de se téléporter d’un point de contrôle débloqué vers un autre et de s’orienter à l’aide d’une map en théorie pratique, mais en définitive assez oldschool. Ainsi la carte n’affiche que la section (maintenance, recherche…) dans laquelle on se trouve, du coup, impossible de pouvoir la consulter librement en allant voir ce qu’il y a dans les autres étages. De plus à moins d’être un brin architecte dans l’âme, le plan en 2D vu du dessus manque furieusement de lisibilité. Et il arrive qu’on cherche désespérément un couloir qui se trouve en vérité dans la même section, mais à l’étage du dessus. Frustrant ! Rapidement évoqués un peu plus haut, les affrontements scénarisés de Control descendent en droite ligne des précédentes productions de Remedy. Il s’agit de décimer des gardes possédés plus ou moins lourdement armés ainsi que différentes sortes de créatures cauchemardesques explosives ou initiées aux joies de la télékinésie. Dans les deux cas, les affrontements sont assez intenses. On a beau se planquer, les ennemis cherchent à nous déloger à l’aide de projectiles ou de tirs de roquettes à tête chercheuse quand ils ne viennent carrément pas au contact. Le plus souvent ils campent sur leurs positions afin de trouver le bon angle de tir, ils arrosent notre abri de fortune de tirs nourris lorsqu’ils nous repèrent. Difficile aussi de foncer dans le tas quand on se retrouve sous les tirs croisés de roquettes ou qu’un démon kamikaze se fait sauter à proximité de notre héroïne… nous obligeant à recommencer alors la partie depuis un point de contrôle. Difficile de compter sur les seules aptitudes de Jesse durant les affrontements, il faut aussi employer judicieusement l’arsenal que l’on a à notre disposition, éviter les tirs et foncer sur les fragments d’énergie pour se raccrocher à la vie. Dans l’ensemble, Remedy a donc recyclé quelques ingrédients bien connus issus de ses différentes productions afin d’offrir un jeu d’action nerveux et une aventure – un chouia plus inédite – basée sur l’exploration. Hélas, le recyclage n’a pas que du bon. Pour son Quantum Break, Remedy avait développé un tout nouveau moteur (le Northlight Engine) cousu main pour la Xbox One… et dans un certain sens taillé pour les machines de nouvelle génération. Pas de surprise, à l’occasion de sa sortie multiplateformes, Control emploi le même moteur graphique et le résultat est pour le moins “chaotique”. Ainsi la version test qui tournait sur PlayStation 4 standard donnait parfois l’impression d’avoir été littéralement portée au marteau et au burin, puisqu’elle peinait à conserver un minimum de fluidité durant les gunfights les plus intenses. Pire, lors des affrontements le jeu nous a même accablé à quelques reprises de freezes bien longuets, d’environ deux ou trois secondes. On espère pour le studio finlandais que leur dernier né ne se comporte pas de la même manière sur les autres machines notamment sur Xbox One X et PS4 Pro (NDLR : le jeu tourne plus correctement sur la PS4 Pro et sur un bon PC) ! C’est un brin dommage car le jeu en lui-même est plutôt joli. Les textures comme les environnements – aux pièces parfois gigantesques – sont détaillés, les décors possèdent d’ailleurs une multitude d’éléments interactifs (feuilles de papiers, mobilier, tissus…) ou destructibles qui en mettent plein les yeux lors des altercations les plus explosives ! Le titre s’avère aussi généreux en effets graphiques assez psychédéliques et le chara design ne manque pas d’allure dans l’ensemble… excepté les créatures qui affichent quant à elles des allures abstraites presque grotesques. La maniabilité ne souffre par contre d’aucun défaut rédhibitoire, l’héroïne répond au doigt et à l’oeil et la prise en main est rapide. Et on prend un plaisir monstre à repousser les assauts des créatures du Hiss à grands renforts de projections télékinésiques. Techniquement Control souffle donc un peu le chaud et le froid, visuellement réussi, il pêche par sa fluidité. Histoire d’égayer ce périple hors du temps, on peut voir pas mal de petites vidéo kitschissimes mettant en scène le Docteur Darling projetées dans les laboratoires du complexe extra-dimensionnel. En ce qui concerne les cinématiques, elles sont moins nombreuses que celles de Quantum Break. Et cette fois Remedy n’a pas fait l’erreur d’investir des sommes folles dans la réalisation de scènes d’action hollywoodiennes prises en vue réelles. Si le jeu bénéfice de textes dans la langue de Molière, il profite aussi de doublages d’excellentes facture… malgré quelques soucis de synchro lors de certaines cinématiques. Enfin un mot sur la musique. Mot. Plus sérieusement aucune des compositions et thèmes de Control ne sont restées ancrées dans mon esprit comme le thème de Max Payne ou ne m’ont pas filé la chair de poule comme certaines ziks d’Alan Wake. Bref c’est à l’image du jeu, sympathique mais pas bien mémorable. Au final, Control est une épopée assez dingue, enrichie en gunfights nerveux, qui devrait ravir les amateurs d’action/aventure malgré quelques anicroches assez peu pardonnables dans la réalisation. Encore un léger coup de fatigue pour Remedy ?