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Un bracelet brésilien coloré sur la cheville gauche | Jean-Michel Léglise
Les portes de la rame de métro s’en­trou­vant à peine, un flot compact de voya­geurs se déverse sur les quais recher­chant l’air libre de la surface, pour l’at­teindre, l’ag­glo­mé­rat d’hu­mains emprunte au pas de charge les esca­liers et les esca­la­tors. Les uns à peine échap­pés du boyau métal­lique, voilà que les autres s’y engouffrent se bous­culent, s’agitent, espé­rant trou­ver une place, pour­tant réduite voire inexis­tante, dans les wagons et les derniers se préci­pitent encore avant que la sirène ne reten­tisse et que les portes auto­ma­ti­sées ne se referment : ça four­mille de toute part jusqu’à la dernière seconde. Je parcours mon chemin en suivant la file oppres­sante d’au­to­mates hété­ro­clites à quelques pas de l’es­ca­lier prin­ci­pal d’où le vent frais s’en­gouffre et disperse les relents des égouts, l’odeur d’urine et les effluves de parfums et de sueurs de fin de jour­née, j’en ai ma claque de ces corps immondes et de ces visages cris­pés, je me sens broyé… En montant les esca­liers, un peu sur ma droite, à la hauteur de mes yeux, j’ad­mire un brace­let brési­lien coloré sur la cheville gauche d’un corps élancé, c’est à cet instant précis, que tout s’obs­cur­cit autour de moi sauf… ce brace­let brési­lien coloré sur cette cheville gauche de ce corps élancé. Je descends le regard et je contemple ainsi ces jolis pieds dévoi­lés dans de petites sandales en cuir arpen­tant ces esca­liers gris, j’ai envie de les cares­ser, j’ai envie de les mordiller et de les respi­rer… je monte le regard plus haut, et je crois distin­guer un éten­dard flot­tant au vent sous la forme déli­cate d’une jupe rouge. Elle grimpe les esca­liers avec viva­cité et je ne peux voir son visage, au lieu de cela, en lâchant ses effluves parfu­més mon esprit est péné­tré par tant de saveurs, mes sens sont saisis… Me voilà au contact d’un bouquet de fleurs en plein cœur de Paris. J’aperçois une ombre sous sa jupe rouge et je comprends que je distingue sa linge­rie, alors je souris et je tente de la doubler pour espé­rer croi­ser son regard : qu’elle me voit ! mais plus agile que mon corps fati­gué, la jeune fille se faufile dans la masse des hommes et je perds de vue ce brace­let brési­lien coloré sur cette cheville gauche de ce corps élancé. Enfin sur le trot­toir, je respire un bon coup mais les arômes des fleurs ont disparu et sans un visage, ce corps élancé restera pour toujours l’in­con­nue au brace­let brési­lien coloré. Poème de Jean-Michel Léglise – novembre 2019