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Le verre vide sur le comptoir | Jean-Michel Léglise
— Un vin cuit s’te plaît ! demande le petit homme accoudé au comp­toir du bar ; — Et glou et glou et glou ! Par ici… l’igloo ! braille-t-il au barman qui reste silen­cieux en servant le verre, tous les deux se regardent avec un sourire de circons­tance. les murmures de la salle s’es­tompent peu à peu — Comment vas-tu Jean­not ? lui demande-t-il en posant la bouteille derrière le comp­toir mais la phrase expri­mée résonne dans la salle comme une marque de poli­tesse. Une petite gorgée puis une autre et le verre est reposé. Le petit homme mesu­rant à peine 1 m 50 tourne la tête vers la gauche puis vers la droite pour enfin fixer son regard sur les serveurs desser­vant assez vite les tables sur lesquelles l’agi­ta­tion des hommes était palpable, il y a peu. quatorze heures trente à la pendule au mur Il ne reste plus que le petit homme à la cheve­lure dégar­nie et au visage marqué par le temps, le barman essuyant ses verres et moi rédi­geant quelques notes. — Oh pas grand-chose mon vieux, toujours pareil ! rétorque le petit homme en s’arc-boutant contre le comp­toir et en fixant le vide devant lui ; attend-il vrai­ment une réponse de qui que ce soit ? Le barman s’af­faire au nettoyage de son plan de travail, il regarde souvent la pendule au mur. quinze heures Sur le comp­toir, main­te­nant le verre vide du petit homme mais aussi de la monnaie. Il n’y a plus personne dans la salle, seul l’écho du ballet inces­sant des véhi­cules sur l’ave­nue se fait entendre ; le petit homme est parti et je n’ai pas remarqué son départ… le barman, lui non plus. Poème de Jean-Michel Léglise – octobre 2019