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Avant d'être un poète, il faut avant tout être un lecteur | Jean-Michel Léglise
Dans une vieille pochette, j’y ai trouvé une feuille volante sur laquelle un mauvais poème a été rédigé à la machine à écrire ; quelques taches jaunis­santes marquent le temps d’une manière perfide. En le reli­sant, je me souviens de la prove­nance de cette feuille volante, elle fut déchi­rée du manus­crit envoyé à un poète plus âgé, plus quali­fié que moi ; il gérait voilà plus de vingt-sept ans une petite rubrique litté­raire dans un maga­zine. Je reçus une lettre de sa part avec le manus­crit qui lui était destiné ; genti­ment, il m’ex­pliqua que tout était bon à jeter à la corbeille sauf une strophe : « Prendre ma vie comme un vulgaire bout de papier le déchi­rer en petits morceaux et le cacher au fond d’une poche. » Si je donnais mon accord, elle serait publiée au prochain numéro, m’in­forma-t-il avant de termi­ner sa lettre par une sugges­tion, au cas où je souhai­tais persé­vé­rer dans la produc­tion de textes : « Avant de rédi­ger des poèmes pour des lecteurs, il te faut avant tout lire les œuvres d’illustres poètes de périodes artis­tiques distinctes ; alors, peut-être, je dis bien peut-être, aucune certi­tude à cela, tu auras des dispo­si­tions pour écrire des poèmes touchant le coeur des hommes. » Comprendre qu’a­vant d’être un poète, il faut avant tout être un lecteur et non l’in­verse. À seize ans, j’étais jeune, beau et rebelle, je me voyais comme un Rimbaud dans toute sa puis­san­ce… après la lecture de la lettre, je n’étais plus qu’un simple adoles­cent sans talent. Aujourd’­hui, à quarante-trois ans, j’en écrit des poèmes mais je n’ai plus la fougue de la jeunesse, la beauté et l’âge du poète rebelle, Rimbaud. À cet âge-là, la poésie n’était pour lui qu’un souve­nir loin­tain ; mais surtout, cela faisait déjà six ans qu’il n’était plus de ce monde. Poème de Jean-Michel Léglise – novembre 2019