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En Suisse, les castors existent, pas les start-up. Donc on ne fait rien pour les start-up
A Berne, les start-up n’existent pas. Je sais, je me répète. Je radote. Mais ce n‘est pas de ma faute, c’est le Parlement qui a commencé. Il radote, donc je radote. Mardi dernier à Berne, par exemple, après un long débat pour réguler les castors, un collègue proposait qu’on supprime l’obligation de timbrer dans les start-up. « Pas d’accord », a répondu un camarade à la tribune. Argument: « Le terme start-upn’est pas défini juridiquement ». Donc, elles n’existent pas. A l'inverse du castor. Donc, tout le monde timbre. Et puis c’est tout. Tant que nous n'aurons pas défini les start-up, nous prendrons des décisions pour beurre Certes, le Conseil national a finalement soutenu l’idée d’abolir la saisie du temps de travail. Comme il l’a fait récemment pour moins taxer les plans de participation de collaborateurs de start-up. Deux signes de la révolution d’un Parlement qui a enfin compris l’importance d’une vraie politique d’innovation en Suisse. Mais nous sommes encore très loin de mettre en place quoi que ce soit. Ce sont même, pour l’instant, des décisions pour beurre. Car dans les deux cas, et dans tous ceux qui concernent les start-up, nous nous heurterons au final à l’inévitable refus d’obstacle de l’administration: pour elle, comme pour mon camarade en plénum, les start-up n’existent pas. Tant que nous ne réglerons pas cette question, nous radoterons. La première priorité, avant toute modification de loi, est donc une définition des start-up. Pour éviter de radoter, d’une part, mais aussi pour une question stratégique: aucune proposition ne passera la rampe si elle concerne toutes les entreprises. Qu’il s’agisse de fiscalité ou de temps de travail, si une mesure touche tout le monde, elle n’a aucune chance. Par opposition de principe, d’une part, mais aussi pour de bonnes raisons: une start-up n’est pas une entreprise comme une autre. Ce n’est pas encore une entreprise. C’est un projet d’entreprise, à haut risque d’échec, et central dans notre processus d’innovation. Mais ce n’est pas une entreprise établie. Elle est précieuse et fragile. Elle mérite donc des mesures spécifiques. A Berne, on peut faire des lois pour les castors, mais pas les start-up. Cherchez l'erreur Passons donc à la définition. Pas si compliquée que ça, en fait. Nous parlons d’un produit ou d’un service issu d’un travail de recherche, qu’une équipe veut commercialiser. Avec trois critères clés: l’âge, la légitimité scientifique, et une claire perspective de croissance. Une entreprise reposant sur la science, de moins de dix ans et visant plus de 20% de croissance. Par exemple. A discuter. La définition n’a de toute manière pas besoin d’être exhaustive: un organisme comme Innosuisse peut valider ensuite, au cas par cas, le statut d’un candidat. A Berne, on peut faire des lois sur tout. Les banques, les assurances, les paysans, les lapins ou les castors. Tout le monde existe. Mais pas les start-up. Cherchez l’erreur. Et… corrigeons l’erreur: les principales organisations de start-up du pays ont décidé de s’unir, et parler d’une seule voix. La Swiss Start-up Association voit le jour. Objectif: devenir le partenaire officiel de la Confédération pour toutes les questions relatives aux start-up. Car elles existent. Socialement, économiquement, et juridiquement. Question d’arrêter de timbrer, et de radoter.