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Le Festival CineComedies, célébration du “rire-ensemble” - Les Ecrans Terribles
La deuxième édition du festival CineComedies s’est ouvert à Lille du 2 au 6 octobre ! Ce fut l’occasion de se replonger dans de vieilles comédies françaises – La Grande Vadrouille, Les Vacances de Monsieur Hulot ou Les Bronzés font du Ski – mais aussi d’en découvrir de nouvelles comme La Vérité si Je Mens, Les Débuts ou encore « Docteur ? » les films d’ouverture et de clôture de ce festival. Entre frites, bières et éclats de rire, voici notre carnet de bord au cœur de la comédie francophone ! Jour 1 : Une ouverture haute en couleurs ! Dix-huit heures, la Gare Saint-Sauveur est remplie de journalistes et de curieux. Haut lieu de culture et de soirées lilloises, elle revêt un caractère beaucoup plus solennel avec son pupitre planté au beau milieu de la scène. Le festival a déjà démarré quelques heures plus tôt avec une table ronde sur la place des institutions au cœur des comédies mais là, c’est la cérémonie d’ouverture. Tout le gratin lillois est présent : Martine Aubry, la maire, et Xavier Bertrand, le président de la région, se chamaillent comme un vieux couple sur la scène. Les élus locaux se pressent aussi derrière eux ; mais dans la salle les rivaux jouent déjà des coudes pour se placer, avec en tête Marc-Philipe Daubresse, l’adversaire de la Reine Martine. Heureusement, ce soir, les conflits politiques ou les velléités de succession restent au placard ! A chaque cérémonie culturelle officielle, ses discours plus ou moins ennuyeux, où chacun dans la salle trépigne pour aller boire sa bière ou manger un morceau avant la première projection. Chacun défile devant le pupitre pour réciter son texte : à Martine de louer le “rire-ensemble” dans une région qui “aime le vivre-ensemble”, tout en adressant une pique bien sentie à Xavier sur la longueur de ses discours. Lui préfère jouer sur la subvention du cinéma dans les Hauts-de-France : en tant que président de région, il promeut ses fonds pour les réalisateurs mieux qu’une vendeuse chez Zara pour vous pousser à la consommation ! Mais pour contredire sa chère et tendre Martine, le voilà qui apostrophe le public ou le comédien Gilbert Melki, présent dans la salle. Il se lance dans un jeu de questions-réponses sur les comédies les plus populaires dans le public, entre Les Tontons Flingueurs et Rabbi Jacob. Les deux fauves de la politique, rodés depuis des années aux jeux des discours, laissent ensuite la place au président du festival. Son rôle est alors de défendre son projet : la comédie en tant qu’art majeur ou que “don rare que possède quelques rares virtuoses du verbe et du geste”. Entre dénonciation des “travers d’une société” et volonté de parler au plus grand nombre, il jongle avec les différentes définitions de la comédie. Finalement les discours s’achèvent sur une note émouvante – chose assez rare dans ce genre de circonstances – avec l’hommage à Pierre de Saintignon. Encore novice de la politique lilloise, mon voisin m’apprend que c’est le très regretté adjoint de Martine Aubry. Personnage de l’ombre, le festival fut son dernier projet, sa manière à lui de laisser sa patte dans la vie culturelle lilloise. Festival rime aussi avec retrouvailles (pas bon à l’oreille mais dans la réalité si !) et donc je tombe dans le parterre de journalistes sur mon confrère de Cinématraque Julien Lada. L’entresoi journalistique n’est pas un mythe, en particulier lors de festivals ou de conventions : on traîne ensemble, on mange ensemble, on va aux projections ensemble ; bref, très vite, on finit par passer plusieurs jours les uns avec les autres, et de là naissent des amitiés, des projets et des idées, une véritable émulation se crée et on ressort toujours enrichis ! Après notre live tweet des discours, nous avons profité de la fanfare installée sur le parvis de la Gare Saint-Sauveur pour apprécier une bière avant de nous diriger vers l’UGC Ciné Cité Lille pour assister à la projection inédite du film La Vérité si je mens ! Les débuts. Le format du prequel est vanté par les producteurs comme une nouveauté en France car il n’aurait été pour l’instant utilisé que pour des franchises américaines. On retrouve les protagonistes de la franchise du Sentier, alors qu’ils sont âgés d’une vingtaine d’années : Dov le séducteur, Patrick le fils à papa paresseux, Serge le mythomane et Yvan le lâche. Tous ensemble vont grandir et mûrir, en passant par l’amour, le travail, le lycée et l’armée, et finalement devenir adultes. Malgré des jeunes interprètes convaincants, on déplore la lourdeur du scénario qui repose sur des clichés éculés autour de la virginité de Serge ou l’appétit sexuel de la maîtresse de Dov. Le film ne retient qu’une image d’idiots maladroits constamment à côté de la plaque et leurs aventures tournent vite en rond pour s’embourber dans un humour gras et libidineux. Pour le rire-ensemble promis au départ, le départ sonne un peu faux – et ce ne sont pas les blagues de Gilbert Melki, survolté grâce à la bière lilloise lors des questions-réponses, qui ont pu aider le film à paraître moins grossier. Jours 2&3 : telle Spiderman pris dans sa double vie d’étudiant et reporter, notre journaliste de terrain a dû arrêter d’arpenter les cinémas lillois pour s’enfermer à regret dans une salle de classe. Jours 4&5 : Michel Blanc à l’honneur ! Enfin les cours sont finis, c’est le week-end ! Deux jours sans cinéma alors que le festival battait son plein à 200m de moi, c’est frustrant. J’ai donc raté la soirée belge et la soirée Blier, deux superbes occasions pour découvrir des pans de la comédie francophone que je connais mal. Par la même occasion, j’ai raté François Damiens et Bertrand Blier, l’un et l’autre venus échanger avec le public. Mais me voilà libre donc autant en profiter pleinement ! Je commence à 15h par les courts métrages CineComedies Talents. Le thème de l’édition : « l’arroseur arrosé » avec un format imposé de 3 minutes maximum. Une référence au premier gag du cinéma, inventé par les Frères Lumières. L’occasion pour de jeunes auteurs et réalisateurs de s’essayer à l’humour. Se succèdent alors sur l’écran des petits films drôles, dramatiques ou absurdes. Entre amateurisme pour les uns et véritable professionnalisme pour les autres, se dégage pourtant une véritable créativité et une tentative d’originalité. Même les courts métrages les moins aboutis comme par exemple L’Oeuf ou La Poule nous font rire grâce à son enchaînement de situations cartoonesques et attendrissantes. A côté, des courts métrages comme Un Trésor Egyptien ou Je Suis Un Pigeon relèvent le niveau comique et montrent un travail beaucoup plus abouti au niveau des chutes. Sur le parvis de la Gare Saint-Sauveur était installée une fête foraine typique des années 30. L’ode du festival est le “rire-ensemble” et la mixité des publics : sur le programme, certains films sont clairement indiqués comme familiaux pour inciter petits et grands à découvrir les classiques de la comédie à la française. La fête foraine, en référence à Jacques Tati et à son film Jour de Fête, devient alors le décor idéal pour réunir toutes les générations autour du chamboule-tout ou de la planche à savon ; et l’opération est un succès, mais surtout auprès d’une population de la classe moyenne. Encore trop jeune, le festival peine à toucher un public populaire, qui semble se sentir exclu d’un festival culturel de ce type, même si on constate les efforts mis en place pour apporter de la mixité sociale, comme par exemple l’organisation d’une projection des Bronzés Font du Ski à la salle des fêtes de Fives. Michel Blanc a justement déclaré lors de la soirée en son honneur : « penser que la comédie est réservée à la masse populaire et le drame aux intellos est une belle connerie ». L’élitisme culturel qui met le drame au dessus de la comédie est une des plus grandes erreurs du monde académique du cinéma. Aux Césars, peu voire aucunes comédies ne sont récompensées, malgré parfois une justesse de ton et une profondeur de propos bien supérieures à certains drames. L’exemple le plus récent est le cas du film Le Grand Bain de Gilles Lellouche : nommé 13 fois, il n’est reparti qu’avec le César du meilleur second rôle pour Philippe Katerine. Michel Blanc n’a d’ailleurs obtenu qu’un seul César et ce fut pour son rôle dans le film dramatique L’exercice de l’état, alors qu’il a été plusieurs fois nommé pour des rôles comiques sans jamais être récompensé d’un César (mais il a eu d’autres récompenses prestigieuses comme un prix d’interprétation à Cannes pour Tenue de Soirée). Ce problème de la reconnaissance de la comédie en France et de sa place dans l’art cinématographique sera développé dans notre interview de Michel Blanc, que vous retrouverez dans quelques jours sur notre site. Après la remise de prix des courts-métrages CineComedies Talents, la soirée s’est poursuivie sur l’avant-première mondiale du film Docteur ? de Tristan Séguéla avec entre autres au casting Michel Blanc, Hakim Jemili (première apparition au cinéma), Fadily Camara et Franck Gastambide, tous les quatre présents. Cette projection fut aussi l’occasion de lancer le label CineComedies qui distingue les meilleures comédies françaises dont Docteur ? en est le premier lauréat. L’histoire suit Serge, le seul SOS-Médecin de garde le soir de Noël. Désabusé et alcoolique, il prend des libertés avec l’exercice de la médecine et flirte avec la radiation. Entre deux visites qu’il effectue de mauvaise grâce, il croise la route de Malek, livreur Uber Eats. Tous les deux vont devoir s’entraider pour assurer leur service durant cette longue nuit qui s’avère être beaucoup plus mouvementée que prévu. Ce road-trip dans les rues de Paris a beaucoup plu au public qui a chaleureusement applaudi les acteurs présents dans la salle à la fin de la projection. Et en effet on passe un très bon moment devant cette comédie bon enfant et familiale. Le festival CineComedies fut le premier que j’ai couvert seule pour Les Ecrans Terribles et j’ai beaucoup plus appris sur le terrain que dans une salle de classe, aussi brillante fût-elle. Un festival, c’est d’abord de la représentation constante. Les élus s’y pressent, pas forcément par goût, mais plutôt pour s’y montrer et se faire remarquer. Qui aura le bon mot qui fera réagir ? Qui se montrera le plus à l’écoute des problématiques culturelles ? On les voit à la soirée d’ouverture mais curieusement ils s’évaporent ensuite pour ne plus jamais réapparaître. La mascarade politique dure juste le temps du crépitement des flashs. Un festival, c’est ensuite une volonté de toucher différents publics : les connaisseurs, les curieux, mais aussi les néophytes, et surtout ceux qui pensent que ça ne les concerne pas. Convaincre un nouveau public à s’intéresser à sa cause, là est toute la force d’un bon festival qui ne fait pas de l’élitisme et de l’entre-soi. CineComedies joue la carte de la mixité générationnelle et sociale (ou pour cette dernière, tente d’attirer un public populaire vers le cinéma) car la comédie touche tout le monde : comme disait Xavier Bertrand lors de l’ouverture, on a tous une comédie parmi nos films préférés. C’est aussi pour cette raison que le festival est entièrement gratuit : pour qu’aucune personne ne soit exclue de cette parenthèse culturelle. Pourtant, la comédie reste encore et toujours un sous-genre, une catégorie un peu méprisée car pas assez respectable. Faire rire, ce n’est pas considéré comme noble, alors que c’est parfois la seule chose qui nous sauve du désespoir. Victor Hugo disait “Faire rire, c’est faire oublier” : oublier la misère, les problèmes, les disputes, le stress, le travail, la famille, les amours, les amis, les emmerdes, et rire, tout simplement. Un festival c’est enfin du travail à couvrir. Et être une étudiante à plein temps, ça laisse peu de temps pour jouer les reporters de cinéma. Et pourtant, je n’ai jamais autant aimé sacrifier mes soirées ou mon week-end. CineComedies fut pour moi l’occasion de découvrir des films que je n’avais pas vus, ou alors il y a longtemps, de rencontrer Michel Blanc, d’assurer seule un festival...