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Harcèlement scolaire #2 : La destruction | Voyel s'en mêle
Si vous n’avez pas lu la première partie de ce dossier sur le harcèlement scolaire, rendez-vous ici tout de suite ! Cette partie du dossier sera sans aucun doute la plus difficile à écrire, parce que je vais relater ici ce que j’ai vécu et à quel point j’ai littéralement été détruite pendant toutes ces années. Cette destruction, je l’ai subie par des mots blessants, mais aussi par des actes, pour finir par m’auto-détruire progressivement, me plongeant dans un cercle vicieux. La destruction par les mots Chaque année et par des personnes différentes, j’ai été affublée de toutes sortes de surnoms insultants, principalement en rapport avec mon physique. Jusqu’à l’âge de 17 ans environ, j’étais vraiment très mince, voire maigre à une certaine période. De ce fait, dès le collège on me surnommait « plate-forme » en référence à mes formes inexistantes : pas de poitrine et des fesses plutôt plates. Dès le CM2 j’ai commencé à avoir de l’acné, ce qui m’a valu d’être le souffre-douleur des « beaux-gosses » de la classe avec des surnoms comme « la calculatrice » ou « la pâte à grumeaux » (oui, oui, les gamins ont de l’imagination !). Bien sûr, j’ai aussi eu droit à l’indémodable « la moche », puisque c’est bien connu : une fille qui n’a pas de forme et qui a de l’acné est forcément moche. J’ai donc subi les moqueries de classes entières, principalement sur ces deux sujets. Mais j’avais aussi le malheur d’être très bonne en cours, surtout en maths, là où les autres échouaient. De ce fait, avec mon 20 de moyenne dans la matière, j’étais catégorisée comme « la chouchoute du prof ». D’autant plus, qu’avec ma forte myopie, j’étais au maximum au deuxième rang à l’école, accentuant l’effet « intello », mot qui était par ailleurs considéré comme une insulte par mes harceleurs. J’ai changé de collège entre la cinquième et la quatrième, je m’étais même fait trois-quatre copines… sauf que j’ai eu le malheur d’attraper des poux au milieu de l’année et lorsqu’une de mes « amies » s’en est rendu compte, elle l’a répété à toute la classe. Résultat : je me suis retrouvée exclue par tout le monde (même quand je n’en avais plus, oui, oui). En seconde, je me faisais une joie d’entrer au lycée pour commencer « une nouvelle vie », être dans une classe où personne ne me connaîtrait. Mais c’était sans compter sur l’esprit manipulateur de l’ex petit ami d’une fille de ma classe qui m’a draguée et s’est servi de moi pour la rendre jalouse et la récupérer. Du coup, j’ai été catégorisée comme « la salope de service » pour le reste de l’année… Tout ça ne sont que des exemples, des faits qui m’ont plus marquée que d’autres. La destruction par les actes Ça a commencé par des jets de boules de gomme ou de papiers en cours, puis ça a continué avec des cheveux tirés, du feutre indélébile sur les vêtements, du blanco sur le sac à dos, des mèches de cheveux coupées, des vols de matériel, des bousculades dans les couloirs… J’ai eu droit aux regards inquiets dans les vestiaires du gymnase quand certaines filles ont appris que j’étais bisexuelle, même des gifles si mon regard avait le malheur de croiser le leur. D’ailleurs, en cours de sport, je n’étais jamais choisie dans les équipes de basket ou de hand – je n’étais pourtant pas mauvaise. Je n’avais, de façon plus globale, personne à côté de qui m’assoir en cours. Certes, ces actes m’ont blessée, car ils étaient répétés chaque jour, à chaque heure de cours, mais ce qui m’a le plus blessée, c’était que le corps enseignant et plus largement l’équipe pédagogique le savaient pertinemment, ils ne pouvaient pas ne pas le voir, ça se passait littéralement sous leurs yeux à chaque instant de la journée. Une page sur Facebook avait même été créée pour répertorier des photos prises à mon insu en cours, avec également des montages très peu flatteurs… J’ai appris, des années après, que la plupart de mes professeurs étaient au courant de l’existence de cette page… Régulièrement, je me prenais des gifles de mes camarades, en cours, dans les couloirs, aux toilettes… Je me faisais d’ailleurs souvent enfermer dans les toilettes et on me jetait des mégots encore allumés, des serviettes hygiéniques et tampons usagés, des mouchoirs sales, des cailloux, des sodas et j’en passe. L’auto-destruction Après des mois, des années de harcèlement scolaire, qui s’est bien souvent décliné en cyber-harcèlement, je me suis « auto-détruite », parfois consciemment, parfois inconsciemment. Je me suis d’abord isolée dans le but d’éviter mes harceleurs, je me suis réfugiée dans les livres et me retrouvais à chaque récréation ou heure creuse enfermée dans les toilettes les plus isolées que je puisse trouver. Mais comme cela ne suffisait pas toujours, j’ai commencé à sécher les cours en classe de Seconde, si bien que j’étais plus absente que présente. À la fin de l’année, on ne m’a pas proposé de redoublement tant ma moyenne était basse, seulement une réorientation dans un autre établissement. Mes harceleurs, cette année-là, sont allés trop loin. J’ai failli arrêter mes études à 16 ans à cause d’eux, ce qui aurait pu me donner une vie complètement différente. Mais, finalement, en changeant d’établissement, je me suis dit que ça irait mieux, même s’il était dans la même ville… Alors j’ai accepté cette réorientation. Mais en Seconde, je suis également tombée dans la boulimie. Je mangeais énormément et vomissais tout ce que je mangeais. La plupart des personnes ne se rendait compte de rien et me faisait des réflexions du genre « J’aimerais pouvoir manger comme toi et être aussi mince ! », ce qui me confortait dans l’idée que je faisais (enfin) les choses correctement. Lorsque j’ai commencé à vomir du sang, je me suis rendue compte que mon œsophage était tellement abîmé que je ne pouvais plus vomir, je souffrais trop. J’ai alors tout simplement arrêté de manger. Je me contentais d’une pomme, un morceau de pain et beaucoup d’eau à chaque repas… Le début de l’anorexie, avec quelques crises de boulimie quand j’avais vraiment trop faim – car j’ai toujours aimé manger. Dans le prochain article, je vais vous parler des conséquences qu’a eu et a toujours le harcèlement sur ma vie.