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La science n’est pas ce que vous croyez
La science devrait être simple, n’est-ce pas? On se pose une question (est-ce que le brocoli prévient le cancer) → on fait une étude (brocoli + cancer) → on conclut quelque chose (oui/non). Avez-vous plutôt l’impression que les études scientifiques s’accumulent, se contredisent et arrivent à des conclusions qui vont dans tous les sens? C’est à se demander si les chercheurs savent ce qu’ils font! Chaque semaine, un nouvel aliment « donne » le cancer ou bien un nouveau nutriment peut sauver notre vie. Est-ce que les scientifiques se contredisent toujours? Pas tout à fait. Il faut savoir qu’une étude scientifique apporte une réponse précise à une question précise. Par exemple: «comment l’huile d’olive modifie certains gras dans le sang par rapport au beurre dans une alimentation nord-américaine?». La réponse pourrait être que l’huile d’olive permet d’atteindre des concentrations de cholestérol plus faibles que le beurre. Or, cette même étude ne permettrait pas de dire que l’huile d’olive est la meilleure huile, mais simplement qu’elle semble préférable au beurre en raison de ses effets sur les gras sanguins évalués dans un contexte nord-américain. Ainsi, vous aurez compris que plusieurs études sont nécessaires pour obtenir une vue d’ensemble sur un sujet particulier. C’est, entre autres, pour cette raison qu’une nouvelle découverte isolée n’est pas suffisante pour influencer nos habitudes. Je répète ce dernier point : une seule recherche ne devrait JAMAIS influencer nos habitudes, car la preuve est simplement insuffisante. Casse-tête imaginez un casse-tête avec une quantité de pièces inconnue dont vous ignorez également l’image finale. On vous demande de décrire le mieux possible cette image à mesure que vous assemblez les pièces. Évidemment, vos conclusions sur la nature de l’image pourraient changer au fur et à mesure que les pièces s’ajoutent : « on dirait une rue… Non, c’est plutôt un immeuble. Ah, ça ressemble davantage à une maison finalement. » C’est la même chose en science. Chaque étude (une pièce du casse-tête) apporte des détails supplémentaires sur le portrait global (l’image finale). Or, nos conclusions sur ce qu’est le portrait global peuvent se modifier à mesure que les preuves s’accumulent. Ce n’est pas tout : toutes les études ne sont pas égales! Le type de recherche influence la qualité de chaque nouvelle preuve. La méthode de recherche utilisée pour arriver à une conclusion a son importance également. Ainsi, les conclusions tirées à partir d’une étude in vitro (c’est-à-dire dans une éprouvette) ou encore à partir d’une étude réalisée avec des modèles animaux (tels que des rats ou des souris) ne peuvent être généralisées chez l’être humain. Il faudra attendre d’autres études chez de vrais hommes et femmes pour valider les observations. Alors, est-ce que les scientifiques peuvent se tromper? Oui! Vont-ils changer d’idées? Oui! :O Aussi déstabilisant que cela puisse paraître, il est possible et essentiel de modifier ses conclusions, s’il y a lieu, à mesure que de nouvelles preuves s’ajoutent. Cela ne veut pas dire que de la mauvaise science a été faite en premier lieu, au contraire. C’est plutôt que les preuves n’étaient pas suffisantes pour arriver à des conclusions différentes au moment de l’analyse. Comment sont établies les lignes directrices en nutrition? Les plus récentes lignes directrices publiées en Amérique du Nord sont les lignes directrices américaines publiées en 2015. Pour vous donner une idée, le « sommaire » des conclusions scientifiques fait plus de 500 pages. Le rapport peut être consulté en cliquant sur le lien. Ce travail colossal accompli par les chercheurs les plus influents en nutrition aura permis d’arriver aux conclusions suivantes : les Américains doivent consommer plus de légumes, fruits, grains entiers, légumineuses, noix, poisson/fruits de mer, produits laitiers plus faibles en gras ainsi que moins de boissons ou aliments sucrés, de grains transformés et de viandes transformées. Pas très renversant, vous me direz? Non, en effet! Cela ne change pas qu’il s’agit des conclusions les plus fiables ayant pu être faites à ce moment. Des centaines d’études scientifiques ont été minutieusement révisées pour en arriver à ce sommaire. Évidemment, puisqu’il s’agit d’un sommaire et que les preuves ont été balancées, il est possible de trouver une étude qui montrerait, par exemple, que la consommation de fruits n’apporte pas de bénéfice sur un certain marqueur de santé. Cependant, lorsqu’on regarde l’ensemble des études, les conclusions sont différentes. Les pièges classiques « Une étude montre que .. » Type de piège : cherry picking (ou cueillir ses cerises) Pourquoi? Une seule étude peut arriver à des conclusions qui seraient contraires à toute la science précédente, par exemple. Il faut tenir compte de l’ensemble de l’œuvre pour avoir un portrait juste. Bref, je le répète, une seule nouvelle preuve, surtout sans contexte, est insuffisante pour modifier quoi que ce soit. « Mon amie a coupé pain, pâtes, patates et ça fonctionne très bien! » Type de piège: Généralisation abusive ou la fameuse anecdote (ou témoignage, histoire de succès, avant/après …) Pourquoi? Bien que l’anecdote puisse être 100% véridique, il est impossible de généraliser les conclusions observées à une plus grande population. Trop d’éléments sont inconnus tels que la durée des changements, la présence de soutien professionnel, les caractéristiques de l’individu ou des changements dans d’autres habitudes de vie (sommeil, activité physique). Ainsi, sans une approche rigoureuse, elle est difficile de dire si les résultats sont dus aux changements nutritionnels ou à d’autres facteurs. Bob: « Sais-tu que l’huile de noix de coco est anti-inflammatoire? » Alex: « Ah oui? Je ne pense pas. » Bob : « Très bien, alors à toi de me prouver le contraire » Type de piège : La charge de la preuve (burden of proof) Pourquoi? Puisque c’est Bob qui amène une théorie ou un supposé fait, c’est à lui de montrer que ce qu’il dit est fondé. Et cela nous amène au point suivant. «Je ne suis pas d’accord, j’ai vu un reportage sur Netflix/Youtube et j’ai lu le livre … qui dévoile la vérité» Type de piège : preuves inadmissibles Pourquoi?Un reportage est un regard hautement dirigé sur une situation. Très souvent, on veut montrer avec sensationnalisme un seul côté de la médaille. Ces documentaires-chocs sont fréquemment subjectifs, […]