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Japon (2015)
L’ordre et l’impermanence. Le Japon de Laure Abouaf. Le voyageur, écrivait Nicolas Bouvier, est une source continuelle de perplexités. Sa place est partout et nulle part. Il vit d'instants volés, de reflets, de menus présents, d'aubaines et de miettes. C’est en gaijin que Laure Abouaf appréhende le Japon, en « personne extérieure » , éclairée, qui se sent depuis longtemps une proximité avec ce pays. La rencontre avec une culture, c’est aussi la rencontre avec l’écho qu’elle trouve en nous ; rien n’est plus difficile, pourtant, que d’intégrer un mode de pensée si éloigné du notre, et Laure Abouaf construit sa série comme une harmonieuse énigme. On entre dans un territoire avec son corps, ce corps fait de mémoire, mémoire formée dans l’enfance, en parallèle de la réalité, faite de sensations, d’odeurs, de lumières, et les images qu’elle projette sont le résultat de ce délicat mélange : les formes et la lumière, l’ordre et l’impermanence. Une sensation ressentie par toute personne ayant vécu ou juste traversé Tokyo, ou d’autres grandes villes. Tokyo est une ville où il est difficile d’accrocher ses nostalgies, disait Phillippe Pons, et c’est pourtant ce tour de force que réussi Laure Abouaf dans ses images japonaises, un état subtil entre le mono no aware, ce concept spirituel et esthétique qui décrit une empathie pour les choses, une sensibilité pour l’éphémère, et la conscience du carcan d’une harmonie quasi obligatoire. Laure Abouaf s’exprime comme elle se souvient, dans une réalité mêlée d’impressions, d’étonnements, de littératures et de signes ; ces photographies sereines comme un rêve lointain, s’imposent une distance respectueuse aux sujets, comme on aborde, d’un clignement d’oeil, par un infime détail, un empire immense. M.A.
Laure Abouaf