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Le ruban noir
A peine arrivé sur l’île, je me retrouve sur la route qui en fait le tour. Le paysage qui m’accompagne évolue sans cesse. Il défile et me donne l’envie d’écrire sur le ruban noir de cette machine à écrire démesurée un texte photographique ponctué de roches et de glace, de terre et de ciel qui sans cesse se confondent. Au rythme syncopé et régulier de la ligne discontinue, je prends conscience de la fragile existence de ce lien unique et circulaire, perpétuellement absorbé par un infini inatteignable. Cet éphémère accroc se fond et se confond aux éléments naturels et prend parfois une nouvelle direction pour laisser apparaître un horizon encore plus lointain que le précédent. Les paysages lunaires que je traverse semblent tolérer le ruban noir qui déroule devant moi une longue cicatrice qui se dissout dans la noirceur des champs de lave ou disparaît sous le blanc aveuglant de la neige qui l’efface. Lentement, face à la puissance des éléments naturels qui m’entourent, je prends conscience de l’insignifiance de toute présence sur cette île. Je perçois très fortement l’idée d’un éternel recommencement lorsque, arrivé au terme de mon périple je m’aperçois qu’il y a peu, il en était également son point de départ. L’envie me prend de repartir sur le champ…
MICHEL HANDSCHUMACHER