Vastitude
Vastitude, terme décrivant à peu près tout dans ma vie aujourd’hui. La distance me séparant de mon doux chez moi (qui s’est transformé en Saint Graal, à peine eussé-je posé les pieds en territoire inconnu), mon bagage voulant exploser, la chaleur à Bucarest, et pour finir, mon oisiveté.
J’ai fini par devenir ce que j’ai toujours haï, une conformiste consommatrice, une personne qui ne produit rien, qui ne fait que baver devant les jactances écrites en différentes polices sur des panneaux publicitaires, des sachets en plastique qui finiront par entrainer l’humanité à sa perte, des applications visant à réduire mon QI de sa moitié et j’en passe. Cette situation est troublante. Je me sens spectatrice d’un film dont je ne saisis pas le sens, un film que je ne peux arrêter mais qui ne cesse de défiler en me narguant. Un film osant orner le nom de ‘vie’. Je ne sais si ce n’est qu’un simple coup de blues passager digne de toute personne n’ayant aucun problème mais s’en créant un pour ne pas s’ennuyer (d’où le nom syndrome ‘occidental’), ou, comme tout adolescent ayant une mosaïque de boutons purulents sur le visage, je passe par ce que les gens appellent communément ‘crise d’adolescence’. Un retour aux sources s’impose. Rechercher le soi et ses alentours devient essentiel pour moi, d’où mon escapade loin de mon utopie.
Le tatouage, sur ma modeste photo, est particulier. Fait en lettres runiques, je n’ai pu en comprendre que quelques lettres. La perfection et la liberté. Y a-t-il plus chimérique que ces deux notions ? Notions crées de toutes pièces par l’homme par pur masochisme, pour se lancer dans une quête, irréalisable, tout au long de sa vie, se battre contre soi-même pour se leurrer de pouvoir les atteindre. Aussi puéril cela peut-il sembler, je fais partie de cette catégorie. Les grecques l’ont si bien dessiné depuis le début, le carré pour la base, le triangle pour l’objectif et le rond pour la perfection.
Rimbaud (je doute pouvoir un jour poster sans le citer) a un jour si bien écrit : « Les voix instructives exilées ... L’ingénuité physique amèrement rassise … - Adagio- Ah ! l’égoïsme infini de l’adolescence, l’optimisme studieux : que le monde était plein de fleurs cet été ! ». Quel hasard que cette prose ait pour nom ‘Vingt ans’. Avec la crainte de me caser dans les rangs de cette tranche de personnes prônant l’aporie, je déploie ma musique envoutante, tentant de sombrer dans les abysses de mon être et me battre à main nue contre mes démons. N’a-t-on pas dit que le combat à main nue est le combat roi ?
