veine bleue

Étrange blessure qui ne sait dire

Le ciel un peu moins ciel
La vie perdant son rose aux jours
Cette eau dans le regard
Le rire sans le rire dans sa dernière note
Un tremblé au chemin
Très peu de choses
Un courant froid sur l'étoile immobile
Le silence des heures
comme oiseaux désunis sur les arbres d'hiver
L'amour déshabillé.

La lumière trace une veine bleue

Signes salés sur la feuille muette
Griffes de mots. Geste d'ancre.
Le cœur nu trace sa route sur la page nue 

(Ile Eniger ~ Extraits “La Parole Gelée”)

(Photo : Dalton Portella)

c’est lui, c’est lui
aussitôt j’ai su
à l’instant même où il
mon sang a fait son grand tour
à l’instant même où je l’ai vu
dès que je vous ai vu, tu m’as plu
dès qu’il m’a regardé, je n’ai plus pu
dès ce moment je n’ai eu de cesse de
il a suffi que vous, il a fallu que tu
mon cœur l’a reconnu au premier coup de son œil
c’était en bas, dans la rue, chez des amis, au café
(il pleuvait)
son âme tout entière vaut le regard, détour, voyage
je vous aime depuis tous ces yeux que vous m’avez balancés
je vous aime car ma gorge s’est renouée, mon sang n’a fait qu’un, mes veines sont devenue bleues
vous m’avez donné le goût des larmes, des chaudes larmes, du sel dans la bouche
je vous aime pour tout ce sang que vous avez retourné jusqu’à ce que mon plus grand silence apparaisse
c’était chez des organes, il pleuvait, c’était au café, dans une salle d’attente, c’était, c’était là
quand je pense que je nous attendais depuis tant de temps, depuis tout le temps, depuis tout de suite, depuis là
—  Jacques Rebotier, Litanie du coup de foudre