varlope

On a dû couper dans le titrage aussi

Monsieur le ministre Bolduc, j’ai pensé à vous en mangeant de la poitrine de poulet. Pas que vous soyez toton, mais plutôt qu’elle m’a profondément déçue. Ma mère, Monsieur le ministre, assaisonne la poitrine comme nulle autre. Ma génération ayant cependant appris à push-up la sienne plutôt qu’à garnir la volaille, j'avais confié l’assaisonnement au choix présidentiel.

Sur la boite, la photo d’une poitrine amoncelée d’épices de tous genres. Ma mère n’aurait pas mieux fait. Vous comprendrez donc ma surprise lorsqu’en ouvrant le paquet, je m'aperçus que la poitrine était plus nue que celle d’une Fémen dans un camp naturiste.

Monsieur le ministre, j’ai horreur qu’on me varlope. J’ai donc pensé à vous en assaisonnant l'oiseau fade de mes larmes salées. J’ai d’autant plus horreur de me faire empapouater alors qu'on me frenche l'intellect avec une langue de bois. J’en ressors l’inconscient plein d’échardes et l'honneur souillé. Je vous serais reconnaissante de passer le message à vos collègues ainsi qu’au Choix du Président©.

Je suis blasée que que les politiciens nous prennent pour des vaches à lait demeurées. Écoeurée qu’on nous promette le Québec idéal tout en passant la trayeuse au mode turbo. Les pies au vif et les mouches au cul, on se fait parler de « l’état actuel des marchés » et « d’austérité ».

Il faut couper, qu’on nous répète. Et on coupe – encore - là où ça fait mal. La santé, l’éducation, les retraites. On ne se demande pas comment ça se fait qu’un gouvernement qui se fait si allègrement aller la paire de cisailles n’ait pas encore coupé dans ses bonus, ses magouilles et ses financements d’écoles privées et de minières. Ne serait-ce que par accident.

Un carré rouge sur le cœur, la jeunesse s’est fait r’virer de bord. Deux ans plus tard, ce sont les travailleurs publics qui se soulèvent. Eux mêmes qui roulaient tellement des yeux au son de nos casseroles qu’ils en sont devenus aveugles. La vue leur est divinement revenue récemment, comme si Jésus lui-même leur avait tripoté le faciès. Dérobés d’une retraite dont la majorité ne peut même pas rêver, ils se pitchent à plat ventre en cognant des pieds et des poings. Sans même se faire infiltrer par des étudiants, ceux qui ont gazé le combat de 2012 s'humilient dans un terrible two de masse.

« MAMAN ! Tu m’avais promis un condo en Floride ! »

« On n’a plus les moyens. »

« Je vais casser tes chaises et bruler tes papiers. »

Fidèles au poste, nous chialons dans nos salons. En appui ou en opposition. Fâchés de négliger nos familles pour maintenir un solde négatif. Affamés de changement au point où lorsque le voisin crie famine, on lui montre nos côtes creusées et lui adressant un doigt d’honneur bien senti. On nous a divisés pour mieux régner. On se tapoche les uns les autres au lieu de s’opposer dans une direction commune.

Les travailleurs publics ont raison de capoter. Leurs retraites dépendent désormais d’une génération muselée. D’enfants gâtés dont l'objectif d'accessibilité aux études a été accueilli avec dérision. 

On coupe, on coupe, on coupe jusque dans les livres. Heureusement, les enfants n’en mourront pas. Le problème, c’est que les garder en vie ne relève pas de votre tutelle, Monsieur Bolduc. Votre job à vous, c’est de leur acheter des livres. De leur assurer l’accès à des ressources. De faire, avec tout à votre disposition, ce que les profs se tuent à accomplir avec plus de passion que de moyens. Votre job, c’est de vous battre pour le financement des écoles, délabrées jusque dans leurs tripes.

 

L’austérité quand elle est sélective n’est rien de moins que de la discrimination. Fuck l’austérité. Vous excuserez mon vocabulaire, qui s’est vu imposer des coupures en raison de l’état actuel des bibliothèques.

En politique comme en volaille, on achète l’image et on regrette le contenu. Arborons le carré brun, mélange de toutes les couleurs et symbole de la marde dans laquelle nous pataugeons. Chialeurs de salon, unissons.