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Bon, j’ai nettoyé les chéneaux en empruntant la triple échelle du voisin, taillé l’ampelopsis, réparé le panier à linge en rotin que Tchoupi avait pulvérisé en ajoutant un couvercle peint dans un bleu profond, ressorti les petits cadres en balsa que j’avais planqués sous le lit depuis 15 ans pour y placer quelques pages du livre acheté à Noël, changé les colliers des minets, bu énormément de thé, fait de nombreuses siestes avec les chats, soigné mon otite et pensé très fort à la maison de Cobrieux (???)…
Il me les fallait vraiment ces quelques jours de vacances…

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Monaco by Amélien Bayle
Via Flickr:
Nikon F5 w/ 50mmf1.8 AFD / Kodak Ektar 100

Habiter l’absence

J’ai écris ce texte voici des mois, plein d’un chagrin déchirant. J’ai choisi de le reprendre, de le réécrire, de lui ôter la tristesse glaciale qui envenimait son air, pour retrouver quelque chose de plus…

Il faut aujourd'hui abandonner cette maison. Il faut maintenant arracher la peau de ses meubles, de ses objets, de ses souvenirs, abattre les murs, abattre les ans qui l'ont vu tomber en poussière. Cette maison est un corps, par tous les orifices elle a vu pendant des années aller et venir des corps chauffés de soleil, l’été pendant les vacances, des petits plats qui sortaient par les fenêtres, des apéritifs, des tintements de verres, des serviettes bleues avec des petits ronds autour. Elle a senti les vélos tourner autour d’elle, les ballons voler au-dessus du toit, les balançoires grincer au fond du jardin. Il y avait une vie.  

Dans le corps de la maison, il y a des pièces qui sont comme dans les musées, des pièces mises en scène, qui donne l'aperçu d'un autre âge, où les objets sont exposés à la vue de tous. Les papiers ont à peine bougé, une plume est dans l'encrier asséché. On y verrait presque encore les traces des pieds posés pendant des heures sur la moquette du bureau. Ce corps sent l'entonnoir, et l'on s'enfonce dans les odeurs des souvenirs. Chaque meuble est une histoire, des fleurs artificielles aux dentelles couvrant les guéridons, de la boite à musique aux actes de naissance, de ceux qui sont morts depuis longtemps. Sur les meubles, des vivants s’invitent sur les photos des morts, et bien sûr l’on s’attarde, mélange d’effroi, de tristesse et de douceur.

Les vies se superposent, les jeunes usurpant la place de ceux qui vivaient avant. Les lieux sont des corps qui s’enfantent. Les années se répondent, et on lit les mêmes livres, on entend les même chansons, les murs s'imprègnent du temps, et la chanson de Brel ronronne au salon. Quand sous la couverture on entend encore le bois qui craque, le corps qui se meut, les poutres qui chagrinent, c'est le sanglot de l'enfance. La balançoire accrochée qui fait sa litanie, la poésie de ce temps où l'on croyait s'envoler, où le baladeur chuchotait la bande-son de la vie d'enfant, avant d'aller faire éclater les framboises sous la langue au jardin. L'enfance, c'est les spaghetti à la Bolognaise. C'est des photos, c'est des petits mots, des listes de courses, des marques pages, des numéros laissés-là, par une écriture enfuie, près du téléphone fixe. Et ça gueule. Ce corps il faut le rendre. Il faut le « retaper ». Ce corps, il faut le vendre.

Je reviens sur les traces d’une absence. Je veux par l'écriture habiter ces années-là, ces années qui l'on vu naître, ce corps, cette âme, cette maison. Si Proust était là, peut-être qu’il comprendrait, car quand je lis Combray, c’est toujours cette maison que je vois.

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Citroën by Amélien Bayle
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Nikon F5 w/ 35mmf2 AF / Kodak Ektar 100

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SBL_4960 by stephane Bailleul

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Château de Moidière by Amélien Bayle
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Nikon F5 w/ 50mmf1.8 AFD / Kodak Ektar 100