une hirondelle

Le satin des pages qu'on tourne dans les livres moule une femme si belle
Que lorsqu'on ne lit pas on contemple cette femme avec tristesse
Sans oser lui parler sans oser lui dire qu'elle est si belle
Que ce qu'on va savoir n'a pas de prix
Cette femme passe imperceptiblement dans un bruit de fleurs
Parfois elle se retourne dans les saisons imprimées
Et demande l'heure ou bien encore elle fait mine de regarder des bijoux bien en face
Comme les créatures réelles ne font pas
Et le monde se meurt, une rupture se produit dans les anneaux d'air
Un accroc à l'endroit du cœur
Les journaux du matin apportent des chanteuses dont la voix a la couleur du sable sur des rivages tendres et dangereux
Et parfois ceux du soir livrent passage à de toutes jeunes filles qui mènent des bêtes enchaînées
Mais le plus beau c'est dans l'intervalle de certaines lettres
Où des mains plus blanches que la corne des étoiles à midi
Ravagent un nid d'hirondelles blanches
Pour qu'il pleuve toujours
Si bas si bas que les ailes ne s'en peuvent plus mêler
Des mains d'où l'on remonte à des bras si légers que la vapeur des prés dans ses gracieux entrelacs au-dessus des étangs est leur imparfait miroir
Des bras qui ne s'articulent à rien d'autre qu'au danger exceptionnel d'un corps fait pour l'amour
Dont le ventre appelle les soupirs détachés des buissons pleins de voiles
Et qui n'a de terrestre que l'immense vérité glacée des traîneaux de regards sur l'étendue toute blanche
De ce que je ne reverrai plus
A cause d'un bandeau merveilleux
Qui est le mien dans le colin-maillard des blessures.
—  André Breton

“Cheveu poursuivi par deux planètes”, Miró, 1968

Ce tableau, peint en 1968, témoigne de l’inspiration surréaliste de Miró, présente jusque dans le titre de ses œuvres. Les titres de Miró sont souvent très inspirés, et viennent accompagner le tableau à la manière d’un poème. « Je trouve mes titres au fur et à mesure que je travaille, que j’enchaîne une chose à l’autre sur la toile » explique Miró.

Comme c’est le cas ici, un grand nombre de titres suggèrent des récits en miniature, ils tissent des liens imaginaires entre des éléments disparates, créant un univers fantastique. En plus de l’exemple ci-dessus on peut citer : Le soleil rouge ronge l’araignée (1948), Le diamant sourit au crépuscule (1948) Une hirondelle joue de la harpe à l’ombre des pissenlits (1955) ou encore Le sourire d’une étoile à l’arbre jumeau de la plaine (1968).

Jacques Dupin, qui a écrit plusieurs ouvrages sur l’artiste, explique : « titre et peinture cheminent ensemble, du même pas, mais à distance, distance poétique, distance ironique ». Il compare le titre à un « contrepoint improvisé, un ressort ».

Highway

Pas un je t'aime comme on dirait
À une hirondelle en cage
Sans être rebelle, mais non plus sage
Frais comme l'iris de juillet

C'est un je t'aime libre comme l'air
Vers ton coeur en trajet court
J'y déposerai tout mon amour
Et m'envelopperai de ta lumière

J'embarque, pieds joints, dans mon Uber
En regardant droit devant
Sourire aux lèvres, appuyant
Sur la pédale et j'accélère