une bobine

La maggior parte della gente perde la propria anima quando fa ingresso nel mondo, con la stessa facilità con cui si perde un libro in un trasloco.

-Christian Bobin

Soirée sans livres. J'écris. La nuit est là, désaffectée. Vous écrire ne m'aide en rien. L'absence est une maladie, blanche. Elle affecte les corps, mais aussi le langage, qui dès lors ne saurait la dire : aucune parole n'y suffit. Toutes sont contaminées. Imaginez une main, prise sous les glaces. Un animal tremblant et doux, dans une cage de flammes. Tournant et retournant sur lui-même. Espérant sans plus espérer une possible délivrance.
—  Christian Bobin - L’enchantement simple
En qué se reconoce lo que se ama. En ese arrebato de calma, en ese golpe que alcanza el corazón y en la hemorragia que le sigue —una hemorragia de silencio en la palabra. Lo que se ama no tiene nombre. Se nos acerca y posa su mano sobre nuestro hombro antes de que hayamos encontrado una palabra para pararlo, para nombrarlo, para detenerlo nombrándolo.
—  Un simple vestido de fiesta, Christian Bobin

Robert Desnos - Papier Buvard



La vie est un’ bobin’ de fil
J’ai eu treize ans au mois d’avril
Et je me sens vieillir très vite
Mais on m’appelle ma petite,
Une petite ?
On me donne encore des bonbons
Et je peux entrer au salon
Mais j’ai gardé mes habitudes,
Je n’aime pas la solitude
Car je voudrais rester toujours
Petite fille.
Jouer à la corde dans la cour,
Ou bien aux billes.
C’est si bon de désobéir.
Ah! cela m’ennuie de vieillir !


J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard
C’est bon, c’est doux,
C’est rose et mou.
J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard.
Cela sèche toute la bouche
Et ça agace les dents
Ça fait rêver d’un rêve ardent
Et farouche !
On oublie tout, on est heureuse
La vie est merveilleuse
Et droite comme un boulevard
En mangeant du papier buvard.


Adieu poupée, adieu leçons
Il va falloir fair’ des façons.
Le mois prochain je serai vieille
On m’appell’ra Mademoiselle,
Mademoiselle ?
On m’emmèn’ra danser au bal
Je pourrai sans faire de mal
Mettre du rouge et fair’ des choses,
On me donn’ra des bouquets d’ roses.
Ça m’ennuiera j’aim’ pas les fleurs
Ni le rouge à lèvres.
J’ai mal aux dents, j’ai mal au cœur
Et j’ai la fièvre.
Cette vie est triste à mourir
Ah ! cela m’ennuie de vieillir.


J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard
C’est bon, c’est doux,
C’est rose et mou.
J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard.
Cela sèche toute la bouche
Et ça agace les dents
Ça fait rêver d’un rêve ardent
Et farouche !
On oublie tout, on est heureuse
La vie est merveilleuse
Et droite comme un boulevard
En mangeant du papier buvard.



En face de moi je n’ai qu’un livre, et puis la fenêtre, et puis le ciel, et dans le ciel un nuage que je pétris du regard.
Les nuages sont de merveilleux infirmiers.


Christian Bobin
“Un assassin blanc comme neige”

*

Photographie Satinea “Mon Château”

Un grand livre commence longtemps avant le livre. Un livre est grand par la grandeur du désespoir dont il procède, par toute cette nuit qui pèse sur lui et le retient longtemps avant de naître.
—  Christian Bobin, Une petite robe de fête