un petit chat

Je veux pas connaitre le nom de ton chat,
Je veux pas rencontrer tes colocataires, 
Je veux pas de ton pain moisis, 
Inutile de me proposer un café le lendemain matin,
Je veux pas de tes petits déjeuner,
De ta bouffe végétarienne 
Je veux rien savoir des petits bruits obscurs que tu fais quand t'es sur le point de jouir,
Ni des cadeaux d'anniversaires avec lesquels tu décores ta cuisine
Me présente surtout pas à ta mère en disant c'est lui pour me dire une semaine après que tu sais pas ce que tu veux.
Je t'écrirais pas de poèmes.
Je finis pas mes phrases et je finis toujours tes cigarettes
Y a des moments où je suis plus moi et tant pis
J'attendrais pas tes textos 
J'aiderais pas ta meilleure amie à déménager
Je te ferais découvrir aucune nouvelle chanson
Et crois moi je te mentirais quand je te dirais que t'es la première qui m'a fait me sentir aussi vivant.
Je te prendrais pas par la gorge parce que t'aime ça 
Je ferais pas ta vaisselle 
Je ferais pas de toi l'héroïne d'un livre
Je te redonnerais pas confiance en toi
Je deviendrais pas riche
Et sinon à part ça je m'appelle Nathaniel et toi c'est comment ?
—  frustration sentimentale
Cinn-Hamon Bourge Pride and Prejudice AU

Chapitre 3

“Un régiment, Maman!”

“Je sais, je sais.”

Benoît se contentait d’échanger des regards légèrement consternés avec son père à chaque fois que le sujet revenait sur la table. Il ne comprenait absolument pas en quoi la perspective de voir débarquer des soldats en Bretagne était si exhaltante. Le charme de l’uniforme, avait plaisanté son père avec un clin d’oeil complice lorsque la nouvelle était arrivée, ce qui avait fait glousser sa mère et ses soeurs. Pour sa part, il avait vu suffisamment du charme dont pouvaient faire preuve les hommes.

“Maman! Maman!”

“Qu’est-ce que…”

“C’est une lettre de M. Peillon.”

Le pépiement de la plus petite des soeurs de Benoît fit grand effet. Leur mère faillit la renverser dans son empressement pour observer le fameux parchemin que sa soeur aînée ouvrait et lisait, une expression de bonheur et de triomphe sur le visage.

“De sa soeur. Elle m’invite à dîner ce soir.”

“Il faut que tu partes maintenant. Tu ne peux pas te permettre d’arriver en retard.”

“Avec ce déluge?”

“Quelques gouttes. Rien de bien insurmontable.”

Benoît et son père eurent beau protester, Mme Hamon était intransigeante et lorsque la soeur de Benoît écrivit quelques jours plus tard pour dire qu’elle était tombée malade et qu’elle ne pouvait pas rentrer de sitôt, elle rayonna. Benoît décida d’aller la rejoindre pour lui tenir compagnie en essayant d’ignorer la petite voix qui lui disait que Montebourg serait probablement chez M. Peillon aussi.

~~

M. Peillon lui fit un accueil royal et le traita comme un frère. Il dût bien reconnaître qu’il l’appréciait beaucoup. Montebourg était égal à lui-même, froid, distant et hautain, mais la présence de Vincent éclipsait un peu son dédain et son arrogance. Quelque chose avait changé dans son regard lorsqu’il scrutait Benoît à table, cependant. Sans aller jusqu’au respect ou à l’intérêt, Benoît sentait que le jugement avait laissé place à quelque chose de nouveau. De l’intrigue, peut-être. Il ne devait pas être habitué à ce qu’on lui refuse quoi que ce soit. Cette situation, au fond, amusait plus le petit Breton qu’autre chose. Il se montrait parfois assez cordial, mais à côté de la chaleur et de la générosité de M. Peillon - Vincent, comme il ne cessait de le répéter à Benoît en souriant -, il ne faisait guère d’éclat.

La soeur de Benoît finit par se rétablir et ils purent prendre congé et rentrer chez eux. Vincent l’escorta jusqu’à la voiture, l’aida à y monter et lui baisa la main en souriant. Benoît se retenait de sourire aussi, mais une main tendue vint l’interrompre dans ses pensées. Il leva les yeux et tomba sur M. Montebourg.  Qui lui tendait la main. Pour l’aider à monter dans la voiture. Benoît sentit l’humiliation lui brûler les joues. Il savait qu’il était plus petit que la moyenne, que M. Montebourg avait trouvé très amusant de le comparer à une femme lors de leur première rencontre, mais quoi qu’en disent les yeux bleus - qui paraissaient réellement sincères, mais était-il capable de l’être?- qui guettaient sa réaction, c’était une injure de plus. Il lui lança un regard furieux et monta en trombe dans la voiture. Il salua brièvement Vincent d’un signe de tête en souriant, sans prêter la moindre attention à l’expression blessée de M. Montebourg.

N.B. : l’injure, c’est pas de se faire traiter de femme, parce qu’il y a rien d’humiliant à se faire traiter de femme, bien au contraire. Par contre, ça renvoie à un statut de mineur, de personne faible et un peu simple d’esprit à cette époque.