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Si tes yeux aujourd’hui m’ont bien vu, ton cœur m’a oublié,
et ni le vin ni les requins n’éteignent
ton regard qui soudain, sous l’ombre statufiée,
m’a traversé et me traverse encore.

Tu semblais aller bien – ou plutôt être intact – comme si
ni le froid qui brûlait, ni la distance,
n’avaient trouvé comment t’atteindre.

Quant à moi, évitant de te voir et esquivant le peu que tu disais,
je suis resté figé sur ce parvis, à l’ombre de l’ombre, devant le ciel qui déclinait,
et j’y reste ce soir.

Ni ceux que j’ai croisé depuis, ni les venins qu’ils m’ont craché,
n’ont suffi à t’éteindre.

Je suis figé entre ces bouts de pierre, ombre d’un arbre,
et mes racines
cherchent encore un feu
qui ait le poids du tien.

—  T.T.d.F - Cantiques Cannibales, 60.