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Et c’est pas du fantasme ça?

…Facebook, c’est pas du fantasme ça? Et Tumblr? Et instagram? Et snapchat ? Et tous ces moyens de rencontre et de fausse proximitée, tous ces chaudrons misérables où l’on vous fait bien touiller votre solitude entre deux visuels de pub, tous ces «j’aime» cliqués droit, tous ces réseaux d’amis imaginaires, de communautés surveillées, de fraternités démunies, grégaires et payantes reliées à des serveurs richissimes, c’est quoi?

Et cette fébrilité, là… Cet état de manque permanent, ce trou au côté, ces téléphones que vous rongez sans cesses, ces écrans qu’il vous faut toujours déverouiller, ces vies que vous achetez pour pouvoir continuer à jour, cette blessure, cette bonde, ces serrements dans votre poche ? Cette façon que vous avez, tous, toujours, de tout le temps vérifier si on ne vous a pas laissé un mot, un message, un signe, une relance, une notifications, une pub, un…un n’importre quoi.

 Et ce «on» qui peut être n’importe qui ou n’importe quoi aussi du moment que ça s’adresse à vous, que ça vous rassure, que ça vous rappelle que vous êtes vivant, que vous existez, que vous comptez et qu’à défaut de vous connaître autrement, on peut peut-être essayer de vous refourguer une dernière petite saloperie au passage.

Tous ces abîmes, tous ces vertiges, toutes ces lignes de code que vous caressez dans le métro et que vous jettent comme une vieille merde sitôt que «ça»  ne vous capte plus. Toutes ces distractions qui vous distraient de vous-mêmes, qui vous ont fait perdre l’habitude de penser à vous, de rêver à vous, de papoter avec la base, d’apprendre à vous connaître ou à vous reconnaître, de regarder les autres, de sourires aux inconnus, de mater, de flirter, d’emballer, de baiser même ! Mais qui vous donnent l’illusion d’en être et d’embrasser le monde entier… Tous ces sentiments codés, toutes ces amitiés qui ne tiennent qu’à un fil, qu’il faut recharger tous les soirs et dont il ne resterait rien si les plombs sautaient, c’est pas du fantasme, ça, peut-être? Vous passez à côtés de vos vies en regardant celle des autres. Et je sais de quoi je parle. Je saigne aussi.