syndrome d'asperger

Pourquoi je n’irai pas voir “Le goût des merveilles”

Ce billet-là sera exceptionnellement écrit en français parce qu’il concerne un sujet typiquement français et que je ne suis pas assez “calme” pour avoir la concentration nécessaire pour le rédiger en anglais. Je le traduirais toutefois sous peu.

En regardant le journal télévisé ce midi, un mauvais pressentiment m’a saisi à l’ouverture de la chronique “cinéma”. Le replay n’étant pas encore disponible sur la toile, je n’ai pas les mots exacts en tête, mais c’était quelque chose comme “Une femme perdue tombe amoureuse d’un homme pas tout à fait comme les autres. Cet homme est atteint d’autisme.”.

Première grimace. Evidemment, ils utilisent ce vocabulaire-là. Pas “Cet homme est autiste”, non. “Cet homme est atteint d’autisme”. Première preuve pami tant d’autres que les médias ne sont toujours pas au fait des appellations généralement préférées par les personnes autistes elles-mêmes. 

Je décide de laisser passer cela. Je me dis que c’est juste une maladresse de la part de la chaîne, que le film vaut probablement quelque chose, que ce n’est pas juste un concentré de capactisime à l’égard de la population autiste… Mais le reste du reportage m’a lourdement détrompé.

On commence par la représentation ordinaire de “l’homme blanc autiste” qui n’a presque jamais connu la moindre variation au cinéma. C’est vrai, ce serait stupide de mettre en avant un autiste noir ou arabe, tout le monde sait que la population autiste est uniquement composée d’hommes blancs. 

Je suis sans doute folle de penser qu’une FEMME aurait pu être castée, c’est vrai, il n’y a aucune femme autiste en France ou dans le monde, c’est bien connu… Ce n’est pas comme si nous aurions pu bénéficier d’une représentaton positive à l’écran, non, non…

De toute manière, je n’ai pas le sentiment que nous partions vers une représentation positive. J’étais tolérante, j'ai repensé au film Adam avec Hugh Dancy qui avait bien abordé son sujet, qui avait présenté un personnage avec une belle évolution, un caractère qui lui est propre et qui n’était pas réduit à ce que les gens qui ne sont pas autistes pensent de l’autisme.

Mais il y a eu cette phrase du réalisateur, cette phrase affreusement cruelle et terriblement capacitiste : “Le personnage de Pierre n’évolue pas. C’est le regard porté sur lui par le personnage de Virginie Efira qui change.”.

Non. Juste… non. Nous évoluons. Nous changeons. Nous sommes des êtres humains à part entière avec nos aspirations, nos souhaits, nos envies, nos désirs, nos craintes… Nous ne sommes pas une liste de caractéristiques. 

Je m’excuse d’avance pour ma vulgarité, mais… Merde alors, on a enfin une chance d’avoir un film français qui traite de l’autisme, du syndrome d’Asperger et on fait quoi ? On créé un personnage de “Manic Dream Pixie Boy” destiné à faire évoluer un autre personnage. C’est un gâchis. C’est un horrible gâchis.

A la suite du reportage, je suis allée sur la page allociné en espérant être détrompée, voir quelque chose de positif. Mais non. Le réalisateur explique qu’il s’y connaît sur l’autisme. Peut-être en est-il atteint lui-même ? Peut-être côtoie-t-il à intervalles réguliers des personnes autistes et souhaite faire entendre leur voix ?

Non, ce serait trop beau. Il dit, je cite, “Il se trouve que, pour des raisons familiales, l’autisme est un sujet que je connaissais un peu. Ma femme étant psychologue, elle a elle-même travaillé avec des enfants autistes.”.

Des enfants autistes… Vous savez quoi, M. Besnard ? Les enfants autistes grandissent. Les enfants autistes changent. Les enfants autistes évoluent. Ca vous paraît insensé, probablement, mais nous évoluons tout au long de notre existence. Nous ne sommes pas figés. Nous ne sommes pas d’éternels “Manic Pixie dream girls” et “Manic Pixie dream boys” destinés à Vous faire évoluer.

Je n’irai pas voir “Le goût des merveilles”, M. Eric Besnard. A l’extrême limite, je le regarderais en streaming, par curiosité, parce que je n’ai pas envie de mettre le moindre sou là-dedans. Nous ne sommes pas des clowns. Nous ne sommes pas “atteints d’autisme”. Nous sommes des êtres à part entière, M. Eric Besnard.

Nous sommes autistes.

youtube

”Réveillez-vous et soyez heureux”.

Merci Julie.

De la difficulté d’être une personne trop...

Hello !

J’aborde un thème qui me tient à cœur en ce moment : les relations humaines. Et clairement, je n’y comprends rien.

Depuis assez jeune, j’ai commencé à avoir des gens autour de moi, mais très peu pour commencer. Ensuite, en fin de collège et lycée j’étais entourée mais si seule dans un sens. Seule dans mon monde qui ne colle pas au monde extérieur. A espérer tomber sur quelqu’un comme moi, de loyal, juste, qui ne brosse pas dans le sens du poil, vrai… Qui ne me voit pas juste comme un clown ou juste une tête d’ampoule. Je ne supporte pas les groupes exclusivement féminins, car jacasser ça ne m’intéresse pas. Besoin de relations profondes.

Niveau réactions : je ne sais pas prendre de recul, je suis impulsive et réagis à chaud. Les choses me paraissent très claires mais après réactions on me fait souvent remarquer que je suis entière. Qu’est ce que l’entièreté ? j’en sais rien. Je sais que je suis dans les excès, que ce soit dans la gentillesse ou dans la « chiennerie ». Ce que j’appelle chiennerie est l’étape après la sensation d’avoir été prise pour une conne. Je pourrais m’acharner comme un pitbull sur un enfant sauf que ça finit toujours par me retomber dessus.

J’en profite pour indiquer que j’ai un souci qui me fait parfois mal interpréter les propos de mon interloculeur, un souci dont j’ai pris conscience à 31 ans et comme on dit, vaut mieux tard que jamais. Ce « souci » est le syndrome d’Asperger. Certains le vivent bien, je le vis comme un handicap social. De l’extérieur on ne voit rien. De l’intérieur, tout est vécu avec une telle violence : le monde extérieur, les trahisons, l’injustice…. Je ne sais pas quand je dois parler ou non. Je ne sais pas m’arrêter quand je suis lancée et quand quelqu’un me fait remarquer que j’ai dépassé les bornes des limites, je me sens tellement coupable. Je ne l’avais jamais indiqué ici car je ne m’en rendais pas compte. Etre dans la suradaptation permanente pour plaire au maximum des personnes, ne jamais décevoir qui que ce soit, et un tas de techniques d’évitement, de non confrontation, d’esquives, sont des comportements pour masquer ce trouble autistique.

Ce souci est encore un truc où on croit que je cherche à me mettre en avant, comme ma surdouance : croyez-moi, c’est un joli cadeau empoisonné. Qui ne se voit pas. Mais qui est responsable de tas de choses.

En vraie handicapée sociale que je suis, ai toujours favorisé les contacts online : blogs, chats, msn, skype, etc etc. Je suis très à l’aise dessus. C’est IRL que le bas blesse. Perte de mes moyens +++ comme avant un entretien d’embauche, sauf que je ne joue pas ma vie… et pourtant à chaque interaction, on dirait qu’intérieurement je la joue, la remets sur le tapis sans cesse.

Sans savoir ce qu’il est bon de dire ou pas, je dis tout. Et là, encore une fois le bas blesse. Prétentieuse, hautaine, madame je sais tout, foutteuse de merde, j’en ai eu des adjectifs qualificatifs plaisants. Mais je suis trop honnête. Trop gentille. Trop. TROP EN TOUT.

Et je sais pas qui ça intéresse d’avoir comme amie une timbrée névrosée qui remet tout en question à chaque nouveau petit truc qui débarque, qui ressasse un maximum pour s’améliorer mais qui revit son passé sans cesse. Une personne qui veut à tout prix prévenir les autres et qui se fera fermer le caquet car elle met mal à l’aise les autres. Syndrome de Cassandre pour ceux qui connaissent. J’ai aussi une sorte de radar, de côté où je capte des choses sur les gens, comme ce sont des choses qui ne se « palpent » pas, je suis mytho, j’invente. Pourtant les choses se prouvent et je dois rester spectatrice. Quoi en faire ?

Je sais pas ce que je dois faire de ce « trop », de ce « plus », de ce « surdon », de ce « syndrome ». Il est certain que dans tout ce qui est créatif ça m’avantage, mais pour le reste ? On en fait quoi de tout ça ?

Combien de fois je me suis entendue dire : « je vais finir mère-chat avec mes 18 chats et ferai chier personne ». Car il faut savoir que je prends en considération ce que tout le monde dit. Fait. Comme une personne un peu trop premier degré. Je retiens, j’observe, j’analyse. Et je me dis toujours que je ferais moins chier les gens et que je me poserais moins de questions dans ma grotte au fin fond des bois.

Bref, petit épanchement.

A bientôt !