suffisance

Psaumes Apotropaïques

I  -  La Suffisance

Centrés sur eux-mêmes
Louanges et requiem sont dus
Il leur faudrait grande mue
Pour fredonner « je t’aime »

Aussi, ils fuient le grand flux
A toute chance opposent refus
Pensent ces résidus opaques
Pauvre système qui se détraque

Il reste les ensembles ouverts
L’heureux univers bien les nourrit
Que ceux que j’ai plus haut décrits
S’éteignent dans leur triste misère
Nous auront lumière danses et rires


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10 mars 2015  
Vaudoufier les zombies

persespone.wordpress.com
Et si on imaginait une société ou chacun pourrait avoir un revenu décent par mois ?

Aujourd’hui j’aimerais à travers ce texte partager ce questionnement : qu’y a-t-il de si contre-nature à assurer un revenu viable à tout un chacun sachant tout le pognon qui est gaspillé ailleurs ? On ne manque ni de ressources ni de nourriture, beaucoup de personnes peuvent apporter quelques chose de constructif, pourtant seul un nombre toujours plus restreint semble vouloir s’accaparer le monde entier. D’où vient cette maladie ?

Clair de lune, Winslow Homer

En contemplant ce tableau, je suis toujours fasciné par cette ambiguïté : l’homme a-t-il le regard envouté par la beauté de ce paysage marin, ou par cette femme, à la tête légèrement inclinée, perdue elle-même dans ses pensées. Il l’aime, je crois. Mais je me demande si c’est réciproque tellement il se dégage de son corps un certain relâchement ; un sentiment de l’ailleurs, comme si le monde tel qu’il lui apparaissait à cet instant était suffisant pour combler le besoin d’harmonie de son cœur.

J'aimerais aimer. Comme tout le monde, peut-être, mais plus qu'un autre. Impression d'être fait pour ça, comme mes jambes pour courir. Pour l'instant j'aime tout le monde, c'est-à-dire personne. Socialement, c'est suffisant. Ça me permet, malgré mon insondable timidité, de fréquenter des gens, d'entretenir quelques molles amitiés. Mais, pour mon désir, ça ne suffit pas.
—  Point de côté

Je ne suis allé qu’une seule fois à Cuba. Cela a été suffisant pour faire des rencontres extraordinaires, dont celle avec Luiz, le poète à la brouette (NDLR : article à lire ici). Contrairement à moi, Laurent Beauplet a séjourné à de multiples occasions sur cette île mythique. Ne partant jamais sans son appareil photo, il immortalise sur son tumblr son immersion dans la société cubaine, il dévoile ce qu’il se passe derrière le rideau du tourisme. Laurent Beauplet intitule son voyage photographique, pour reprendre son expression, The Cuban Travel. 

Découvrez ses photos sur le site : http://storynextdoor.com/laurent-beauplet-the-cuban-travel/

Ou sur son tumblr : spirithom

Quand tu écris un article sur l'égalité salariale H/F, démontrant qu'il faudrait d'abord revaloriser les secteurs dits “féminisés”, parce que sinon, avec juste “À travail égal, salaire égal”, en conservant les postes les moins payés majoritairement occupés par des femmes, ça va pas être suffisant pour atteindre l'égalité…

… Et qu’un militant d'extrême-gôche (cis hétéro blanc) critique ton article en te disant que tu joues le jeu du patronat et en se fendant d'une petite explication sur comment les luttes féministes ont été gagnées dans l'Histoire…

Je ne sais pas ce qui est beau, mais je sais ce que j'aime et je trouve ça amplement suffisant.

Я не знаю, что считается красивым, но я знаю, что люблю я и мне это более чем достаточно.

—  {Boris Vian}
Ce qui fait bouger les hommes de génie ou plutôt ce qui inspire leur travail, ce ne sont pas les nouvelles idées mais l'obsession qu'ils ont que ce qui a déjà été dit n'est pas suffisant.
—  Eugène Delacroix

Le bémol avec les relations internet, c'est que, quand on se dispute avec la personne, ou qu'on fait un faux pas, qu'on déçoit, on est impuissant. On peut pas y mettre réellement le ton. Les mots ne suffisent pas pour exprimer un désolé. Lui dire qu'on voulait pas ça. Puis on se hait. On se hait. On culpabilise et on voudrait lui hurler que c'était pas voulu, combien ça nous déchire. Combien notre âme se sent coupable. On se rend compte de notre connerie. On essaye de mettre les mots justes. Mais ça suffit pas.

revuedesdeuxmondes.fr
L'indescriptible Robespierre de Gertrud Kolmar
L'indescriptible Robespierre de Gertrud Kolmar - En juillet 1941, alors que le piège hitlérien s’est refermé sur elle suite à son

L’auteur de cet article va un peu vite en besogne avec ses affirmations sur les “crimes” de Robespierre ou son incrédulité face à l’idée qu’on puisse voir en la Révolution française le contraire du nazisme - alors même que les nazis se sont proclamés eux-mêmes les ennemis de 1789 ! (Et même quelle ironie que celui qui balaie toute lecture dans ce sens d’un “Hannah Arendt est passée par là” suffisant, accuse son personnage — et implicitement tout-e admirateur/trice de Robespierre — d’“aveuglement politique” !)

Mais je partage quand même l’article à cause de son sujet intéressant. Je ne connaissais pas du tout ce personnage de Gertrud Kolmar, qui me paraît tout-à-fait sympathique.

The Diver  (Ten Plunges into the Sea of Silence) Vittorino Curci, Macadam Records 002 – 2014.

Sur la pochette, le dessin du plongeur provenant de la Tombe du Plongeur des ruines de Paestum. 10 solos de saxophone alto ou ténor par un poète, un vrai qui manie une langue forte, subtile, sensible …. Reconnu pour sa poésie (en italien) et son travail de longue haleine dans l’organisation de concerts et du fabuleux festival de Noci, la ville des Pouilles où il habite, Vittorino Curci est aussi un poète du saxophone solitaire et ces dix petites formes ont un véritable charme. Le musicien joue ce qu’il doit exprimer avec une sûreté d’intention et un sens de la construction, une sensibilité poétique et une sonorité qui exprime une profondeur de sentiments, une réalité charnelle. Haïkus, aphorismes, quelques notes d’alto détachées et suspendues suffisent à créer un univers, une émotion. La vibration de l’air  coupe le silence ou le réfléchit. Une pièce en respiration circulaire au sax ténor simule une danse immobile qui accélère progressivement  vers des harmoniques réitérées. Il n’y a aucune autre ambition que de jouer pour se faire plaisir mais sans aucune trace d’autosatisfaction. La pureté de l’amoureux du son communique ce qu’il a dans les tripes  le plus naturellement du monde, sans forcer. Plusieurs de ses pièces contiennent des développements subtils  de motifs menés avec un sens achevé de la mélodie et des inflexions qui sonnent juste. La musique du cœur. Pour information, Vittorino Curci a joué et enregistré avec William Parker, Joëlle Léandre, Benat Achiary, Gianni Lenoci, Marcello Magliocchi et d‘autres des albums collectifs qui valent le détour.

Jean-Michel Van Schouwburg

http://orynx-improvandsounds.blogspot.be/2015/06/summer-listenings-after-bd-party.html

10

Un moment très touchant … 

Hier soir, au détour d’un chemin engageant, un petit village près du Mont Kyaiktiyo et ses familles nous ont offert un très beau moment d’échange et de générosité …
Les maisons sont spartiates, ni eau courante, ni électricité … Ces familles ne parlent pas l’anglais, comme nous ne parlons pas le birman. Mais les mots importent peu. Les regards, les éclats de rire et les gestes suffisent à partager ! Nous avons rencontré tous ces enfants, tous plus beaux les uns que les autres, le sourire toujours illuminant leur visage. Chacune des mères de famille nous a accueilli avec le cadeau suprême de vouloir nous mettre dans les bras leurs bébés, sans réserve et sans retenue …   

The Landing Well Project en 6 questions #1

The Landing Well Project en 6 questions #6QTo

Nouveau concept, nouvelle idée, Miss Figolu décide d’interviewer les gens qu’elle rencontre, les marques qu’elle affectionne, les concepts qu’elle trouve à son goût. Voilà le pourquoi du comment de ce nouveau type de billet en 6 questions ( #6Qto ). Pourquoi 6 ? parce que c’est court et suffisant à la fois et puis cela l’oblige à poser les bonnes questions !
Vous avez une idée, un concept, un…

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Albert le révolutionnaire

Albert aimerait faire la révolution.
Albert souhaite un grand soulèvement, une suprême agitation, une convulsion sociale radicale. Ce qu'il nous faut, se dit-il, c'est un désordre salvateur, un renversement total, une insurrection massive, complète et  irrévocable, un joyeux bordel. Ce qu'il nous faut, se dit-il encore, c'est faire jaillir le feu purificateur, détruire l'ordre établi, marcher sur les puissants, refuser tous compromis, prendre les armes, descendre dans la rue, s'organiser collectivement en restant unis. On le voit, aucune formule ne fait peur à Albert. Avec quel sens, au juste, farcit-il toutes ces formules ? Rien de précis. Les mots seuls lui suffisent, parce qu'ils sont grands, parce qu'ils sont beaux, parce qu'ils lui font faire des enjambées plus vastes et des respirations plus amples en allant au travail, parce que s'il n'était pas constamment en train de se les répéter, il ne serait même plus capable de sortir de son lit. C'est un peu ça, son drame, à Albert : avoir besoin d'immenses mots pour faire de petites choses.
Les grands mots qui font délirer Albert, il aime les asséner aux autres. Mais attention, Albert n'a rien d'un bouffon ou d'un beau parleur. C'est un militant, un engagé, un rebelle. Ce qu'il souhaite, c'est « susciter des prises de conscience ». Si ces prises de conscience s'additionnent d'une valorisation de sa personne, en particulier aux yeux de jeune-femmes ardentes et célibataires, il ne voit pas ce qu'il y a de mal à ça.
Albert a l'âme révolutionnaire, il ne cesse de le dire et de le répéter à qui veut l'entendre. Il est tellement révolutionnaire que le jour où tout le monde prendra les armes et descendra dans la rue, il n'hésitera pas à suivre le mouvement. Rétorquer à Albert que c'est exactement le comportement du mouton, c'est prendre le risque de ne plus pouvoir interrompre son monologue jusqu'à ce que son honneur soit réparé (durée moyenne estimée à trois heures).
Ancien élève studieux, Albert se documente sur sa marotte. Il faut le voir, chez le libraire, braver stoïquement les foules du samedi après-midi pour acheter des livres qui annoncent l'insurrection à venir. Pour un misanthrope, ce shopping cultivé est déjà presque un assaut.
Albert est de tous les combats, surtout s'ils sont massivement partagés. Récemment, la tuerie de Charlie Hebdo lui a fourni l'occasion d'une grande et prudente colère, une colère belle et légitime, approuvée par tous, du moins par tous les gens qui ont de l'importance pour lui. Rien à voir avec cette colère idiote, ces grossiers scandales, ces éclats ridicules, des gens qui s'énervent sans être sûrs  d'avoir l'approbation des autres.
Tout plaquer, il y pense. Il fantasme intensément la vie rude et saine qu'il pourrait mener en revenant aux choses essentielles. Donnez-lui une cabane, un puits et un bout de nature, alors il deviendra un autre homme. Il pourrait même perdre du ventre en cultivant son propre potager bio. Il sait bien, par devers lui, qu'une coupure d'électricité de plus d'une heure le plonge dans des angoisses indicibles. Mais quand la circulation automobile, aux heures de pointe, rend l'atmosphère irrespirable sur son balcon, il ne peut s'empêcher de vouloir abandonner l'humanité à son suicide collectif pour se retrancher bien solitairement dans un bout de planète épargné (En reste-t-il ? Cette seule question suffit à le décourager).
Ne sous-estimons pas Albert. Il se rend bien compte que certains traits de son caractère gênent la concrétisation de ses phantasmes révolutionnaires. S'il reposait cette grosse fatigue qui recouvre poisseusement tous ses projets, même les plus modestes, il arriverait peut-être à vivre la grande révolte qu'il imagine sans cesse. De la même façon, s'il renonçait à quelques-uns de ses désirs, il cesserait peut-être de n'être qu'un rêveur. Par exemple, s'il avait moins envie de devenir propriétaire, il oserait dire merde à son patron. Mais pourquoi se priverait-il volontairement d'une satisfaction que les autres s'accordent sans mauvaise conscience ? Ne l'a-t-il pas mérité ? N'a-t-il pas travaillé dur, économisé, fait des sacrifices, pour avoir un jour son petit chez lui ? Et il devrait y renoncer, au moment même où la banque va lui accorder son prêt ? Et cela pourquoi ? Pour faire la révolution alors que personne d'autre que lui n'a envie de la faire ? Soyons sérieux.
Albert est un homme sérieux. Albert est un homme prudent. Albert, comme il me ressemble, qui passe son temps à fantasmer ce qu'il n'est pas pour supporter ce qu'il est vraiment. Ayons pitié de lui. Ayons pitié de nous.

Animande