stagnent

anonymous asked:

Phantom Stranger also predates Dr. Stagnent by a decade. :) I'm not saying Marvelle has a long history of ripping off DC but it's really hard to ignore certain similarities.

hmm……

b|ackcat = Selina Kyle

phantom stranger = dr stooge

Jason Todd = bucket burner

they literally sued DC over captain marvl/Shazam thing which was ridic

who else do we have ?? 🤔🤔🤔🤔

Cis people who say those who identify under the nonbinary/genderqueer umbrella are ‘special snowflakes’ , yet when someone comes out as ftm or mtf they enforce the binary ideology that “you need to ‘man up’ / 'be ladylike’ etc etc if you want to fit in as a man/woman”

If you’re going to enforce binary and stagnent fucking gender roles and expectations in western society , don’t you dare tell us our identities aren’t valid !

Au pays de Recep Tayyip Erdogan

Pour passer la frontière entre la Bulgarie et la Turquie, il faut ruser… ou bien attendre à vue d'œil plusieurs années tant les files de voitures à l'arrêt sont longues. Des amas de gens colmatent les trous, ils vont, viennent, stagnent, piétinent, ou fument léthargiquement… L'option coupe-file l'emporte à l'unanimité : louvoyant entre les rangées de véhicules on remonte la queue. Le tout est de garder les yeux plissés le regard faussement fixé dans le lointain, la tête haute le menton relevé, comme si un mandat diplomatique commandait notre précipitation. Eh puis merde, priorité aux écologistes. Trois minutes plus tard on y est, en Turquie. Cette fois ce sont les camions qui nous surprennent. Sur 8 kilomètres ils se succèdent à la queue-leu-leu, exactement collés les uns aux autres. On comprend mieux certaines notions, tel l'infini, après une vision de ce genre. Comme les automobilistes, les camionneurs s'affairent à ne rien faire par petits groupes, et semblent regarder dans le vague un sablier géant où des terra tonnes de grains de sable s'écouleraient un par un. Certains chauffeurs meurent de vieillesse avant leur tour, parait-il.

Première ville post-frontière : Edirne. Outre ses mosquées valant un détour plus long que celui qu'on leur accorde (on les aura « faites », tout de même), cette sentinelle compte un autre monument, injustement méconnu quoi que sa quote grimpe : Enghine : un gars qui gère un magasin de vélos : la soixantaine, court et bedonnant, fumeur assermenté, vétéran buveur. Le profil qui met en confiance, moi en tout cas. On s'installe sur le balcon de son taudis et il nous sort le grand jeu, c'est à dire des maquereaux grillés et de la bière. Ce type me touche par sa bonhommie qu'une générosité authentique, taillant sa place par delà le superflu, rehausse (cf la petite vieille de la Bible, qui en guise d'offrande retourne son portemonnaie d'où ne dégringole qu'une seule pièce de cuivre, et que raillent allègrement les pharisiens). Un conciliabule s'amorce et rogne la nuit. D'autres intervenants font irruption ; l'une des protagonistes : Zahid, 25 ans frétillante, est en fait une star turque dans le milieu cycliste qui – sauf elle et une maigre poignée d'extraterrestres – ne compte que des mâles. Elle nous raconte le pèlerinage en Chine qu'elle a fait l'année passée, nous refile des bons tuyaux. Un autre, un Quentin, français exilé cyclopédaleur dans l'âme, atterrit par hasard sur le balcon avec sa bonne gueule et y va de ses anecdotes ; encore un qui a défriché la route sur laquelle on s'aventure, avant de revenir s'installer en Turquie…

Istanbul. On commence par la détester cette grosse métropole. Lui sortent du coeur des tentacules goudronneuses, qui se hérissent gluantes et grouillent… à perte de vue rampent se chevauchent et s'enlacent. Nous n'oublierons pas l'interminable charge qu'il a fallu sonner pour atteindre le centre de la pieuvre vile. Des heures et des heures à mouliner sur les montagnes russo-stambouliotes, où chaque descente ne nous apparait plus que comme la bande-annonce, mensongère et donc intolérable, de la montée qu'elle préfigure. On ne transpire plus, on rôtit, dans ce four à ciel ouvert. Le vent est sur OFF. On se bat toute la journée pour garder notre place sur le bord d'une 6 voies obèse, gros-intestinale, que des sorties – qu'on ne doit surtout pas prendre – viennent vidanger tous les 200 mètres, nous obligeant à dévisser un oeil, à le braquer constamment dans notre dos, tandis que l'autre : alerte, rouge, cligne à grande vitesse pour décrypter le champ de mines qui lui fait face. L'étau psychologique se resserre à mesure que l'arrière plan nous fonce dessus : une horde de chauffards sans cesse renouvelée fait vrombir ses moteurs hurler ses cylindres roter ses soupapes, dans une infernale cacophonie que les Klaxons stridents finissent de saturer. Ils nous rattrapent, nous frôlent, nous épargnent. Disparaissent dans un nuage de fumée âcre. La gaine de nos nerfs se dénude plus vite qu'une fille de joie devant un billet vert : à vif – nous subissons l'oppression maximale. Des îles désertes flottent dans mon imagination en délire : je les compte pour ne pas céder à une folie meurtrière dont je serais la victime désignée d'office…

Le soir même, Louis et moi, on tombe amoureux, raide, d'Istanbul. Si elle nous a d'abord maltraités, disons mieux : mis à l'épreuve, c'est pour mieux s'offrir une fois la halte conquise. Notre auberge culmine sur les hauteurs de Galata ; le salon aménagé au dernier étage offre une vue demi-circulaire sur la ville, que des mosquées colossales, la Corne d'or, le Bosphore, et d'autres belles choses agrémentent. Se répand sous nos yeux, dans la rue, la fièvre caractéristique qui électrise cette termitière : le flux et reflux incessants de manutentionnaires crasseux, de voitures en guerre, acharnées contre les piétons, d'anonymes grégaires ou solitaires, de vieux gesticulant sans fin faute de pouvoir circuler à leur guise, de stambouliotes courant après une lubie au rythme des Klaxons, encore et toujours les Klaxons, mais dont le timbre nous apparait désormais folklorique. Les ruelles sont plus capricieuses encore que les artères : leur ordonnancement ne respecte aucune logique a priori, il obéit à l'Histoire en s'étoffant chronologiquement, et s'alambique chaque fois davantage pour répondre aux besoins des époques successives. Ces venelles escarpées, tortueuses, en méandres – que rapetissent des trottoirs dépareillés, tout rapiécés, et que les murs d'immeubles ployant de vieillesse étranglent – correspondent entre elles et tissent une toile urbaine semblable à un labyrinthe où plutôt que de trouver la sortie le but serait de se perdre, le mieux possible. Parallèlement à cette effervescence contagieuse qui surexcite nos sens : des façades, des escaliers tarabiscotés, des bâtisses, des cafés, des cul-de-sac, d'obscurs passages, de vieux quartiers entiers, teintés d'une douce nostalgie, apaisent nos nerfs. On s'y promène comme dans un rêve ; notre inconscient assure le pilotage automatique tandis que le décor, irradiant, déteint sur notre âme revigorée, y estompant ses nuances en un dégradé onirique. Les deux jours de pause passent…

Notre chemin de croix commence le lendemain. On a beau refaire les calculs, retourner la carte dans tous les sens pour s'assurer que l'itinéraire est le bon : atteindre Téhéran dans les temps, c'est à dire le 28 août, requiert de revoir à la hausse toutes les étapes qui nous en séparent, tout en abandonnant nos projets de Cappadoce. Le mythe des « 100 kilomètres par jour » nous fait rire jaune. Il n'en est plus question : majoration quotidienne de 50%, jusqu'en Géorgie. À vos ordres, compte-à-rebours. Le voyage s'intensifie : on fagote les kilomètres et brule avec un nombre incalculable de calories, qu'une consommation de coca proportionnelle nous permet de remplacer à bon prix. Les stations services font office de caravansérail, on y bouffe, boit, dort, racle le réseau, utilise la machine à thé, les chiottes, on s'installe pour de vrai, serre même chaleureusement les pinces des pompistes : Toufik, Nüfus ou Rakim, nos meilleurs potes d'un soir. Lorsque ce n'est pas l'impression qu'un poids lourd nous roule sur la gueule à cinq heures du matin, des meutes de chiens errants nous réveillent en aboyant à la mort. On dirait des règlements de compte : d'autres enragés au loin répondent – chenil après chenil – avant que l'équipe de chez nous reprenne frénétiquement. Quand le ton monte et qu'aucun accord n'est trouvé entre eux malgré d'intimidantes gueulantes, quelques haleines chaudes se risquent jusqu'à nous, à tâtons, et transpercent la moustiquaire. On les entend, sans les voir, haleter, à un mètre. Tour à tour, l'effroi nous réveille, Louis et moi, en sursaut ; on tape sur l'épaule endormie pour aviser, et puis on se fout gentiment de la gueule de l'autre, avant de refermer les yeux sur une image de mâchoire qui épouse la forme de notre crâne, et y arrache le scalp.

Les villes moyennes qu'on croise ont ce point commun : tous les soirs, durant le mois qui suit la tentative de coup d'état, une foule s'attroupe sur la grand-place, devant une immense scène montée sur une estrade. Consigne venue d'en haut. Ces regards vides ou étrangement bienheureux qu'affichent les gens massés là accréditent la thèse selon laquelle l'assourdissante musique, alourdie de jingles et vomie par une batterie d'enceintes, les hypnotise. Un meneur armé d'un mégaphone crache par dessus le vacarme, à s'en faire péter les cordes vocales, des slogans à la gloire du parti et du pays : mieux que les haranguer, il prend possession des corps et les agite ; tandis que des portraits d'Erdogan défilent sur les grands écrans, des milliers de drapeaux turcs décrivent des cercles dans l'air, en rythme. L'occidental cynique que je me défends d'être y verrait une bande de pantins dont la ficelle patriotique aurait été rendue hyper sensible par un manque flagrant d'éducation ; l'observateur bienveillant conclura à un nationalisme bon enfant qui vise à assurer la cohésion d'un pays qu'un cahot politique a menacée.

Les turcs provinciaux sont d'ailleurs très avenants, mais ils ont ce défaut : ils n'ont jamais entendu parler de l'anglais, cette langue pourtant pas morte et bien pratique quand il s'agit de dynamiter les barrières linguistiques. Même les jeunes bloquent après l'introductif « Hello ! ». À cause de ça, les rencontres AOC se comptent sur les doigts d'une main. D'autres, plus opiniâtres, s'entêtent à nous parler turc, croyant peut-être que leur idiome est un espéranto à ce point intuitif que tout être humain le comprendrait spontanément, – et ils s'enfoncent comme ça dans des monologues qu'on essaye en vain d'écourter quand le temps presse ou qu'on écoute sinon patiemment, gentiment, attendant que ça passe.

Passée Samsun, on longe la mer Noire sur des centaines de kilomètres. Elle nous offre quelques bains chauds qu'on accepte à contre-coeur. Des douches froides après ces journées torrides nous font autrement fantasmer. Mais plus encore que la douche, c'est la bière fraiche qui incarne la carotte la plus efficace quand les circonstances se liguent contre nous et que la ligne d'arrivée se dérobe à chaque coup de pédale. Ce jour là où pris de court, on roule presque deux heures de nuit ; des phares nous doublent à tout allure, nos gourdes sont vides, le faux plat est ascendant… À bout de souffle, on parvient enfin à l'objectif fixé : une ville pas grosse, que l'abondance de hijab singularise – on file sans détour acheter deux bières que l'épicière emballe dans un sac noir, opaque. Comme boire en public est impensable, la pénombre d'un chantier d'immeuble dans lequel on s'infiltre nous sert de refuge : assis sur des sacs de ciment sous des voutes de béton brut, au milieu de tas de gravât, lorgnant sur les quelques ombres que la nuit ballote par l'embrasure et qui passent sans nous voir, on y tète avidement ce symbole liquide de victoire ; chaque gorgée a un merveilleux goût de vengeance !