soudain

Soudain

Soudain beau temps, beau temps soudain, cela me met soudain au jour, soudain effondrement à l’intérieur de ma caboche, le voile se déchire, l’épaisse couche de nuages ne me protège plus. Je sors dans la rue, je me demande ce que j’y fais, quelle direction prendre, comment m’orienter. Le sentiment de passer à côté, le sentiment d’être à côté, de ne pas jouir de l’instant. Une brèche s’ouvre durant mon sommeil. Je nage dans une eau noire, une eau polluée, je m’éloigne du rivage, je me suis endormi en nageant, je me demande comment se fait-il que je me sois endormi en nageant. Je me dis à moi-même : ce pourrait être ça la mort, dormir en nageant, nager en dormant, dans un bain de lumière crue. Expérience sensorielle proche de celle qu’offre l’installation de l’artiste belge Ann Veronica Janssens que j’ai traversée hier après-midi à la galerie Kamel Mennour : marcher seul, les yeux ouverts, dans un brouillard coloré, d’abord rose, puis blanc, puis jaune, puis bleu, qui varie selon que je tourne la tête à gauche, à droite, qui m’enveloppe et me fait perdre mes repères. Ici aussi, je me dis à moi-même : ce pourrait être ça, la mort, une marche silencieuse dans un bain de lumière qui me prend comme par surprise. Le soir même, j’apprends la mort de Pierre Mauroy, qui voyait la mort « un petit peu comme la mer, comme quelque chose qui s’impose à vous majestueusement, avec solennité, et en même temps avec beaucoup de force, d’une grande beauté, (…) comme lorsque j’ai vu la mer la première fois. » Vingt ans plus tôt, François Mitterand, lors d’une ultime rencontre, lui avait glissé à l’oreille : « Et vous, continuez de mettre du bleu au ciel ». Au même moment, je lis l’ultime recueil de textes de Louis René des Forêts : « Pas à pas jusqu’au dernier ». Depuis déjà quelques semaines, je bute sur le mot « pas » et ne cesse de penser au titre du texte de Francis Ponge : « Pas et le saut ». Alors que je me sens à l’arrêt, ressens le vide devant le bleu du ciel qui m’éblouit, ressens le bleu du ciel comme une blessure. « Attention à la marche, deux marches, sol glissant », me dit le vigile si prévenant de la galerie Kamel Mennour. Donc je marche dans les rues de Paris comme au ralenti, comme si je repassais le film de ma vie et que rien ne me retenait de sauter le pas et de nager en m’endormant. Soudain réveil, mort soudaine : « Quand je me réveille, je suis mort. »

vimeo

Etienne Daho - Soudain - Clip

Message de service à caractère définitif

Mars 2012 sera le mois de mon déménagement, à tous niveaux.

Ce tumblr va donc subir sous peu de grosses modifications, et mon blog proprement dit sera très bientôt hébergé à l'ancienne, avec nom de domaine dédié et WordPress, parce qu'on n'est pas des sauvages.

URL définitive à suivre sous très peu.

Je ressens soudain le désir de vivre cette scène que j’imagine. La provoquer. Comme si j’allais faire en sorte qu'elle se produise, pour le plaisir, ensuite, de l’écrire, dans ses moindres détails, dans ses plus infimes sensations. 

Quand elle a débarqué soudainement chez moi alors que je me trouvais à poil dans mon salon…

When she suddenly landed at my appartement while I was naked in my living room …

                                                                                  Mt Field NP, Tasmanie

Cataracte

Le blanc des pages s'est soudainement liquéfié avant de se déverser du grand livre pour disparaître, ne laissant à la fin qu'un amas de caractères noirs indéchiffrables sous mes yeux. L'encre a tout envahi — il faut réécrire dans la nuit.

Il me parle ensuite de long en large, du fond de son fauteuil, de sa frustration, malgré son âge avancé, à n’avoir pas pu lire tout ce qu’offre la littérature, qu’il compare à une baignoire que l’on vide et remplit sans faiblir, où il s’efforce depuis très longtemps d’y plonger une main pour y extirper la plus inattendue goutte d’eau, celle qui nous fait grandir, ou douter, ou s’écœurer, celle qui nous habite la nuit, nous fait craindre la vie, ou s’en impatienter, celle qui ne sèche jamais. Il me parle de tous ces livres qu’il ne lira jamais, ses yeux sont rabattus au sol, il tremble à l’idée que ce qu’il n’a pas connu reste sa plus grande perte, s’arrête un moment de parler, puis soudain il se lève, se traîne vers la bibliothèque, me tend un livre et me dit J’ai relu tout Tintin, ça m’a fait un bien fou.

Frisson

J'adore imaginer ta réaction à la lecture de ces mots indécents,

Ton corps, peut-être, qui frissonne, qui se tend sous cette envie soudaine,

Tes lèvres entrouvertes qui me prendraient bien volontiers…

“- What For ? You wanted to be alone all your life?
Lucrezia rises abruptly, suddenly face closed. She no longer smiles, she looks at him coldly foot of the bed:
- I was not alone. I Cesare.
Alphonse preserves, still preferring innocence:
- Cesare is your brother.
With the closed face of the great challenges, as separated from him by what she will say, Lucrezia launches:
- My brother is also my lover.”

Lucrezia to her husband, Alfonso of Aragon, in the novel “The Golden Blood of Borgia” by Françoise Sagan.

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“- Pourquoi ? Tu voulais rester seule toute ta vie ?
Lucrezia se lève brusquement, le visage soudain fermé. Elle ne sourit plus, elle le regarde froidement du pied du lit :
- Je n’étais pas seule. J’avais Cesare.
Alphonse se préserve, préférant encore l’innocence :
- Cesare est ton frère.
Avec le visage fermé des grands défis, comme séparée de lui par ce qu’elle va dire, Lucrezia lance :
- Mon frère est aussi mon amant.”

Lucrezia à son mari, Alfonso d'Aragon, dans le roman “Le Sang Doré des Borgia” de Françoise Sagan.