shireen seno

Vespertine
by Don Jaucian

Big Boy (2011)
D: Shireen Seno
S: John Lloyd Evangelista Julio, Michael Ian Lomongo, Pam Miras

Big Boy is a suitcase of memories, a water tank of images and sound that floats and floods our consciousness triggered by sigils. As flickering as they may seem, these images wait in our heads, swirling, cascading. A train of pearls, cabin by cabin. We insist in cocooning into these vespers of our own triumphs, engaging in little details that stretch into segments of our lifelong struggle to establish our identities.

But time, partnered with our own recollections can be tricky. Voices become disembodied, faces are worn down, parcels are fabricated, patched, in an attempt to prevent dissolve. They wear us up, we wear them down. Shireen Seno uses a bevy of devices to depict the slow show of memory: asynchronous dialogue, a rain of random images, vague dream-like sequences with Lynchian sharpness (dotted by balls of torch-fires, a burning emblem of bookmarks). The use of Super 8 only reinforces the unreliability of memory. Images become fuzzy as we go along, the sides are eaten by the decay of time but the core is still there, beating, brewing. 

Childhood goes on forever, Big Boy insists. And we believe. We are trapped in the rituals of growing up: afternoon naps, fights inspired by komiks gangs, swallowing bitter concoctions, losing friends, the thrill of discovery and the threat of the real world. A blueprint of pleasures. And like the pared-down demo version of The Strangeness's "Cain Was Furious and He was Downcast,“ Big Boy is a long sigh from an afternoon of recollection. The rocking chair sways and we listen to a cadence of words, forming images to go along with it. 

Hors Pistes Tokyo : BIG BOY, de Shireen Seno

Dans un petit village philippin, juste après l’indépendance, les parents d'un garçon veulent absolument faire de lui un “big boy”.

Si le scénario de BIG BOY se résume facilement en une poignée de mots, il ne dit rien du film qui a, lui, a une toute autre ampleur. Tourné en Super 8 avec des acteurs non-professionnels, les habitants et les enfants du village, BIG BOY s’apparente, à l’image, au home-movie destiné à enregistrer des souvenirs.

Et pourtant, très vite, l’étrangeté de l’histoire dément la double nature documentaire et intimiste de l’image. Ce qu’on voit défiler là, ce n’est pas la mémoire de la vie d’un village, la restitution de son quotidien, mais son basculement dans la fable. Au milieu de la forêt, dans ce hameau perdu, des parents étirent les membres de leurs enfants tous les matins, les mettent à pousser au soleil comme des plantes, leur font avaler des potions miracles dans le seul but de les faire grandir. Les familles grossissent à vue d’oeil ; lorsque la maison devient trop étroite, on donne les petits derniers à d’autres, sans état d’âme.

L’extrême sophistication du travail sur le son, tissé de silences, de bribes de paroles, de bruissements et d’échos contredit tout aussi vite le dépouillement et la simplicité technique de l’image. Ce qu’on entend défiler là, ce n’est pas le basculement du réel dans la fable, mais son souvenir. La bande-son trouée, impressionniste, répétitive et disjointe atteste le processus de remémoration.

Shireen Seno n’a pas vécu son enfance aux Philippines mais au Japon, où ses parents la nourrissaient d’histoires et de contes de leur pays. Ses Philippines à elle ont d’abord été imaginaires, fantasmées à partir de récits populaires. Synthétisés et reconstitués par sa mémoire, tournés sur place où elle vit depuis plusieurs années, ces récits devenus film imbriquent réel et fantastique. En confrontant l’histoire philippine de la seconde moitié du XXème siècle à ses fables et à leur mémoire, Shireen Seno a réalisé un film sans équivalent sur l’inconscient collectif et individuel d'un pays. On sait désormais qu’à côté de Lav Diaz, John Torres ou Raya Martin, il y a Shireen Seno.

BIG BOY, de Shireen Seno, 2012, 89 min., Super 8, couleur, sélectionné au Festival de Rotterdam 2013 (Première mondiale) et à Hors Pistes Tokyo 2013.

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