selektor magazine

Permettez-nous de vous présenter Pierre-Lin Renié, artiste très doué et auteur du blog D’autres jours, un almanach rétrospectif photographique. Sa passion pour le temps, les rites de passage et l’homme est tangible dans l’ensemble de son travail. Il a généreusement accepté de se prêter au jeu des questions-réponses avec notre équipe et de nous dévoiler des morceaux de son univers artistique.

Tumblr – Pouvez-vous vous présenter rapidement à nos lecteurs ?

Pierre-Lin – J’ai 48 ans, je suis artiste, et j’enseigne à l’École des beaux-arts de Bordeaux.

T – Parlez-nous de votre blog. Quelle est votre démarche artistique ?

P – Après une interruption d’une quinzaine d’années, je me suis remis à faire des photographies en 2004, à l’occasion d’un séjour à New York. Je retrouvais un plaisir à photographier, sans idées préconçues ni sujet privilégié, avec juste le désir d’être attentif à ce qui se passait autour de moi, et en jouant librement avec les grands genres de l’histoire de la photographie. Le travail s’est construit au fur et à mesure, tout en gardant cette liberté initiale. Aujourd’hui, j’ai accumulé une collection de plus de 3 200 images, qui augmente toujours. C’est le matériau de mes projets : expositions, livres d’artistes, et… blog ! En effet, ce blog fait absolument partie de mon travail, au même titre que toute autre réalisation. Très vite, est apparue la nécessité d’indiquer la date de prise de vue sous chaque image, en lui donnant l’importance d’une légende. C’est un repère simple, partageable par tous, qui permet de les ancrer dans une expérience commune. Pour autant, mon travail n’a rien du journal intime, car les images ne sont jamais présentées dans l’ordre chronologique – et d’ailleurs, je ne photographie que dans des espaces publics. C’est plutôt la question de la temporalité qui m’intéresse : le rythme des saisons, des années, marquées par des repères collectifs (les grandes fêtes, les vacances…) ou individuels (les anniversaires, tous nos petits calendriers personnels). Pour une exposition en 2010, j’avais produit des ensembles intitulés Saisons, qui fonctionnaient sur un principe d’agencement par date de prise de vue, sans tenir compte de l’année. D’autres jours reprend ce principe, en le systématisant. C’est un peu comme la rubrique « Almanach » des quotidiens régionaux, où vous apprenez que ce même jour, un certain nombre d’années auparavant, a eu lieu tel ou tel événement, que ce soit la naissance d’un génie ou la mort d’un saint, une déclaration de guerre ou une invention. D’autres jours est bien un almanach rétrospectif, mais qui s’intéresse plus aux microévénements qu’à la grande histoire, même si on la perçoit parfois.

Le blog en est à sa deuxième année, alors que je pensais l’arrêter au bout d’un an. Depuis janvier dernier, j’ai introduit dans chaque billet un lien vers celui publié le même jour en 2014. J’aime que l’on puisse percevoir ces épaisseurs de temps, que cela se complexifie au fur et à mesure, et que les images rebondissent les unes sur les autres.

T – D'où vient votre passion pour la photographie ?

P – Comme beaucoup, j’ai été initié à la photographie très tôt, dans le cadre familial. Un de mes oncles était un bon photographe amateur, très passionné ; il a vu que cela m’intéressait, et m’a appris beaucoup de choses. À neuf ans, j’ai acheté un premier appareil photo, un Instamatic. Mon oncle l’a trouvé insuffisant, et m’en a offert un de meilleure qualité peu après. Nous nous retrouvions chaque été, et nous parlions longuement, en regardant des photos et les revues qu’il achetait. Cela a énormément compté pour moi. Cette culture de la photographie amateur est toujours très présente dans mon travail. Certaines des choses que je photographie en sont directement issues : les couchers de soleil, les fleurs, les animaux… Il n’y a pas de sujet interdit, et tout peut faire image. La photographie est l’outil idéal pour décrire le monde, et c’est cela qui m’intéresse. Mon travail est à la croisée de genres et traditions établis de l’histoire de la photographie (cette culture amateur et le « style documentaire » de Walker Evans, entre autres), et de l’héritage des artistes conceptuels des années 1970, qui ont beaucoup utilisé la photographie. Leurs œuvres m’ont amené à structurer le travail indépendamment du seul sujet des photographies, et elles ont aussi contribué à mon intérêt pour le livre d’artiste.

T – Quel a été le déclic pour créer ce blog et pourquoi avoir choisi Tumblr ?

P – Je voulais systématiser le principe des Saisons, en trouvant un moyen de publier une image correspondant à chaque jour. Le format du blog s’est vite imposé, comme un véritable almanach, publié en temps réel. Aussi, cela ne demande aucune mise de fond (contrairement à la production de tirages d’exposition ou de livres), et reste accessible gratuitement à toute personne équipée d’une connexion internet. Tumblr m’est apparu comme la plateforme la plus appropriée, avec des possibilités de mise en page très simples et efficaces, permettant de publier des images suffisamment grandes. La dimension de réseau social m’intéressait aussi, car c’était une manière de créer un public au delà du petit noyau des amateurs d’art contemporain. Par ailleurs, j’ai un blog secondaire, Open Stacks, qui est plus un espace où je stocke et partage des choses qui m’intéressent, et où je diffuse aussi les actualités de mon travail.

T – Quels sont vos trois blogs Tumblr préférés et pourquoi ?

P – Museums, l’un des blogs d’Olivier Bardin, un autre artiste qui utilise les réseaux sociaux comme lieux d’apparition de son travail (c’est d’ailleurs lui qui m’a fait connaître Tumblr). Museums est un vertigineux montage d’images, toutes réduites au format carré et passées en noir et blanc, et qui tient de la libre association. Il y a aussi les blogs d’Éric Watier, dont j’apprécie beaucoup le travail, porté par une réflexion précise sur la diffusion et la circulation des images aujourd’hui. Finalement, le blog Sea of Empties de la photographe américaine Missy Prince, dont j’ai découvert le travail par Tumblr. Selektor Magazine, également présent sur Tumblr, va lui consacrer son troisième numéro.

T – Merci beaucoup, Pierre-Lin ! Bonne continuation. :)

Photo :  Pierre-Lin Renié, Filet #2, Bordeaux, 3 octobre 2010.

+/-

wait, wait, wait, people care about selektor magazine? i don’t even think i follow them at all. why are people giving this stupid list ANY traction? also, the way i deal with people who make lists like that and then people who make lists in response to those same lists is by looking at an episode of 30 Rock for answers. paraphrasing heavily here, but in one particular episode, tracy asks liz to make a list of the funniest female comics and she starts to begin on a tirade then she stops herself and say something to the effect of “why do i have to make a list for you?” it’s clear that photography wants to continue to be ruled by boring bros and hackneyed approaches, so why even give them any mind? if they wanna keep perpetuating the white patriarchy and be exclusive, then just ignore them. legitimately stop supporting so much bullshit and these broad, problematic lists and feature upon feature on the same handful of “chosen” photographers will happen less often. destroy your “photo deities” [“drag your favs”] because 90% of them are truthfully questionable. also, fuck a lot of the people co-signing the retort list, acting like they are doing ANYTHING to change the system up when most of them are just enabling it [livin’ on the sidelines is cowardly.] it takes someone rounding up a list for you to finally change your feed up and follow more female artists on tumblr? stoooooops, pure laziness. damn, i don’t even wanna get into how many photographers of color are on that initial list. probably more white photographers shooting people of color on that initial list than photographers of color on that same list.