se dit des filles

Quand je rêve de ma belle-mère toutes les nuits.

Mal être

Quand une fille se regarde dans la glace ce qu'elle vois ce n'est pas elle. Ce n'est pas la fille brune qui sourit aux gens et qui dit que tout va bien, que la vie est belle. Non ce n'est pas ce que je vois. Ce n'est pas elle. Ce qui se reflète dans le miroir est bien plus horrible, bien plus noir. C'est le parfait reflet du côté sombre, du côté monstrueux de sa personne. C'est le côté de la fille qui n'en peut plus de vivre, qui a mal de faire semblant. C'est le côté de la fille qui se dit “pourquoi je suis ici? Pourquoi je souffre? Pourquoi ce mal être dans ma poitrine?” Elle n'a qu'une envie c'est de mourir pour ne plus avoir mal. De fumer, de boire et de trouver tous les moyens pour que la mort arrive plus vite. Voilà ce que dévoile le miroir de la fille. Son vraie côté. Après tout c'est pour ça qu'elle ne se regarde jamais dans le miroir. Par peur de voir la vérité prendre le dessus…

On dit des filles qu'elles sont trop compliquées, qu'elles se prennent trop la tête, qu'elles se torturent l'esprit jour et nuit pour un rien. Mais il arrive que parfois, elles ont raison.
—  lespiquresaines

L’HOMME QUI PLEURE

“Il n'y a qu'un moyen de naître à une nouvelle vie : mourir avant la mort.” Elif SHAFAK, Soufi, mon amour.

A Valérie

Voici l'homme qui pleure.
Il est assis dans sa voiture, la tête courbée sur son volant. C'est une ombre cet homme qui pleure dans sa voiture. Rien ne peut arrêter le flux des pendulaires sur l'autoroute, à cinq heures du soir. Rien sinon les pleurs de cet homme fabuleux.
Il a couché ses eaux sur la chaussée et trois voitures sont parties en tête à queue.

Voici l'homme qui pleure.

Dans sa voiture
Il ne dit rien
La beauté
Décroche
Dévisse
Et va
S’encastrer
Dans un drôle d'emballage
On entend le froissement d'un sandwich

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s'en vont
Comme des jeunes-filles

L'homme qui pleure
Se sépare
Dit adieu
Abandonne
Ne retient rien
Il pleure en surimpression
Des événements ordinaires
A deux pas de la station service
Là où le grand bonhomme à la pompe
Un gaillard impressionnant
Serre dans sa main
Le pistolet
De sa jeunesse mûre
Comme une tache d'huile
Sur le bitume
Réverbération
Évaporation

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s'en vont
Comme des jeunes-filles

Il est cinq heures du soir
L'homme qui pleure
N'ira pas plus loin
Il a coupé le moteur
Il dit adieu
A ces fuites en avant
Que l’on rattrape
Et à qui l’on dit
Il n’est jamais trop tard
Pour recommencer
Les désamours

Et c'est pourquoi il pleure

Il a laissé partir
La beauté
Dans la lumière vitrifiée
De l’automne
Comme une fille
Sans baisers
Sans adieux
Le chaos n'a pas de visage
C'est juste une houle
Qui vous tient
Un cadeau qui vient de loin
Et que vous défaites
Dans le silence
D’un matin

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s'en vont
Comme des jeunes-filles

L'homme qui pleure
Je le vois
Ebloui
Sur l'aire de stationnement
Il lève les coudes
Au grand soleil
Des pendulaires
Dans le couchant
A l'heure du lac
Qui joue
De son miroir
Et réfléchit
Toutes sortes
D'indifférences

Et lui
L'homme qui pleure
Dans ce grand soir
Qui vient
Se redresse
Lavé
Nettoyé
Il est de toute beauté
Fabuleux
Rutilant
Comme un été
Mouillé
Il se déploie
Quand le rougeoiement
Du soleil
A travers le pare-brise
Dépose sur sa joue
L’impact bruyant
D'une rose étoilée

Et voilà
L'homme qui pleure
Peut s'en retourner
Avec la marque
Du baiser
Qu'il est allé chercher

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s'en vont
Comme des jeunes-filles

Philippe Herren
19 décembre 2015

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