rue paradis

A deeply submerged feeling of happiness that came over me afterward, on a square off the Canebiere where the rue Paradis opens onto a park, is more difficult to recall than everything that went before. Fortunately I find in my newspaper the sentence, “One should scoop  sameness from reality with a spoon.” (…) I immersed myself in contemplation of the sidewalk  before me, which, through a kind of unguent with which I glided  over it, could have been — precisely as these very stones — also the  sidewalk of Paris. One often speaks of stones instead of bread. These  stones were the bread of my imagination, which was suddenly seized by a ravenous hunger to taste what is the same in all places and countries. Yet I thought with immense pride of sitting here in Marseilles in a hashish trance; of who else might be sharing my intoxication this evening, and of how few actually were. Of how I was incapable of fearing future misfortune, future solitude, for hashish would always remain.
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Walter Benjamin, Hashish in Marseilles 

I could read Benjamin’s stoned ramblings all day

Il y a, dans la ville, un endroit qui semble maudit, un bout de trottoir où se produisent petites et grandes catastrophes. C'est dans la bien (ou mal) nommée rue du paradis. C'est ici que les mauvais esprits se rencontrent. On parle de maisons hantées, mais sachez qu'il existe aussi des trottoirs hantés. C'est ici qu'aurait péri, sous les coups de ses congénères, un ivrogne nommé Séraphin qui n'était, paraît-il, pas un ange. Son corps a vite rejoint le caveau des ivrognes, mais son âme, selon la légende, serait restée ici, sur ce bout de trottoir de la rue du paradis. C'était en l'an 1813. Depuis, des dizaines de faits étranges, macabres, funestes, tragiques se sont produits tels que pendaisons, chiens frappés de folie, chats féroces, familles de pigeons tombées des toits, petites filles fauchées par un bus après avoir perdu l'équilibre, accidents de la circulation plus ou moins graves, plus ou moins mortels, combustions spontanées, évanouissements subits, disparitions inquiétantes… Ah oui ! j'allais oublier, ça a son importance, ces faits étranges, macabres, funestes, tragiques, ne se produisent que le lundi, jamais un autre jour. Il faut dire que Séraphin est mort un lundi, à 4h25 de l'après-midi pour être exact. Ne passez donc pas sur ce bout de trottoir de la rue du paradis le lundi aux alentours de 4h25 de l'après-midi, vous ne l'emporteriez pas au paradis !

Les coquelicots de la rue du paradis

Parfois dans les squares
arrêtant mes pas
partant d'un autre temps
je remonte mes pas
claque mon doigt
le long des barrière
de l'école du paradis
dans mes poches
mes pogs, mes jojo’s
et les coquelicots d'en face
dans ses yeux
un brin de malice
derrière les barrières
de l'école du paradis
Se dresse toujours
fière et pourpre
la cheminée noircie
de l'ancienne usine
dans la rue qui sent l'urine
à coté des barrières
de l'école du paradis
mais existent-t-elles
encore cette marelle
et ce vieux PMU
et son petit nez camus
et la Vienne qui coule
le long des barrières
de l'école du paradis
sûrement que oui
c'est souvent comme ça
mais qu'on y voit plus
ce monsieur farfelu
foulant les coquelicots
à travers les barrières
de l'école du paradis
qu'elle aussi est partie
avec les terrains vagues
et les sirènes, les blagues
les meringues et les malabar
son sourire encore en retard
au delà des barrières
de l'école du paradis