robert-desnos

J'ai rêvé tellement fort de toi,
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
               dans ta vie ensoleillée.
—  Robert Desnos, Le Dernier Poème.
Nuits, Jours et nuits sombres !
Feu, Sang et décombres !
Sang clair des libres Espagnols !
Oui pour l’Espagne et la liberté Un sang pur coule sur notre sol
Pour l'humanité
No! No pasaran !

Feu, rougis la forge
Ceux qui nous égorgent
Par ce fer nous crèv'rons leur cœur
Ceux qui ont mis le feu aux maisons
Ceux qui ont tué nos frères, nos sœurs
Jamais ne nous vaincront
No! No pasaran !

Qui traîne des chaînes?
Qui sème la haine?
Le fascisme et tous ses banquiers
lls ont de l’or, ils ont des canons
Mais nous luttons pour le monde entier
Nous les briserons
No! No pasaran !

Il nous faut des armes
C’est un cri d'alarme
Il faut des ball‘s et des fusils
Aux lueurs du feu, aux sons du tocsin
Nous combattons avec nos outils
Tous ces assassins!
No! No pasaran !

Par toute la terre
Vienn’nt des volontaires
Pour lutter à côté de nous!
Gloire aux amis qui nous ont rejoints
Au sanglant et glorieux rendez-vous
Ils tendent le poing
No! No pasaran !

Morts des barricades
Morts nos camarades
Le jour vient. vous serez vengés
Le jour se lève au feu des combats
Dans la mort des soudards insurgés
Nous sonnons leur glas
No! No pasaran !

Que le jour se lève
Sur ce mauvais rêve
Pour les hommes de l‘univers
Pour les travaux de paix et d‘amour
Nous peinerons été comme hiver
Ah! vienne ce jour
Si pasaremos !
—  Robert Desnos - No pasaran
Le canapé de Paméla
Le Panapé de Caméla
Le Panala de Camépé
Est un beau canaquois
Est un nabeau est un naquois
Charmante Panapé
Charmante Paméla
Le charme de Paméla
Le charme du canapé
Il est passé par ici
Il repassera par là
C’est un nabeau c’est un naquois
Charmante Paméla
Délicieux canapé.
— 

Robert DESNOS

Recueil : Destinée arbitraire

Tanto he soñado contigo que pierdes tu realidad.
¿Habrá tiempo para alcanzar ese cuerpo vivo
y besar sobre esa boca
el nacimiento de la voz que quiero?
Tanto he soñado contigo,
que mis brazos habituados a cruzarse
sobre mi pecho, abrazan tu sombra,
y tal vez ya no sepan adaptarse
al contorno de tu cuerpo.
Tanto he soñado contigo,
que seguramente ya no podré despertar.
Duermo de pie,
con mi pobre cuerpo ofrecido
a todas las apariencias
de la vida y del amor,  y tú, eres la única
que cuenta ahora para mí.
Más difícil me resultará tocar tu frente
y tus labios, que los primeros labios
y la primera frente que encuentre.
Y frente a la existencia real
de aquello que me obsesiona
desde hace días y años
seguramente me transformaré en sombra.
Tanto he soñado contigo,
tanto he hablado y caminado, que me tendí al lado
de tu sombra y de tu fantasma,
y por lo tanto,
ya no me queda sino ser fantasma
entre los fantasmas y cien veces más sombra
que la sombra que siempre pasea alegremente
por el cuadrante solar de tu vida.
—  “A la misteriosa”, de Robert Desnos.

I have dreamed of you so much that you are no longer real.
Is there still time for me to reach your breathing body,
to kiss your mouth and make
your dear voice come alive again?

I have dreamed of you so much that my arms,
grown used to being crossed on my chest
as I hugged your shadow,
would perhaps not bend to the shape of your body.
For faced with the real form of what has haunted me
and governed me for so many
days and years,
I would surely become a shadow.

O scales of feeling.

I have dreamed of you so much that surely there is no more time for me to wake up.
I sleep on my feet prey to all the forms of life and love,
and you, the only one who
counts for me today,
I can no more touch your face and lips
than touch the lips and
face of some passerby.

I have dreamed of you so much, have walked so much,
talked so much, slept so much
with your phantom, that perhaps the only thing left for me is to become a phantom
among phantoms, a shadow a hundred times
more shadow than the shadow
the moves and goes on moving, brightly,
over the sundial of your life.

—  Robert Desnos
Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende
cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin
et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.
Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays
où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.
Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.
Parfois d’étranges figures naissent à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d’il y a 2 000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
Mais qui, présente dans mes rêves, t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
Toi qui m’appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien que mes yeux clos
aussi bien au rêve qu’à la réalité.
Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb,
Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.
Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.
Dans le jour aussi.
—  Robert Desnos - Les espaces du sommeil

Il était un grand nombre de fois

Un homme qui aimait une femme

Il était un grand nombre de fois

Une femme qui aimait un homme

Il était un grand nombre de fois

Une femme et un homme

Qui n’aimaient pas celui et celle qui les aimaient

Il était une fois

Une seule fois peut-être

Une femme et un homme qui s’aimaient

—  Robert Desnos, Il était une fois

J'avais rêvé d'aimer. J'aime encor mais l'amour
Ce n'est plus ce bouquet de lilas et de roses
Chargeant de leurs parfums la forêt où repose
Une flamme à l'issue de sentiers sans détour.

J'avais rêvé d'aimer. J'aime encor mais l'amour
Ce n'est plus cet orage où l'éclair superpose
Ses bûchers aux châteaux, déroute, décompose,
Illumine en fuyant l'adieu au carrefour.

C'est le silex en feu sous mon pas dans la nuit,
Le mot qu'aucun lexique au monde n'a traduit
L'écume sur la mer, dans le ciel ce nuage.

A vieillir tout devient rigide et lumineux,
Des boulevards sans noms et des cordes sans noeuds.
Je me sens me roidir avec le paysage.

—  Le Paysage, Robert Desnos.