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Simone Veil, ministre de la Santé, pas que devant les caméras
Dans les années 90, alors que le sida fait des ravages, Simone Veil doit s’entretenir en direct avec un malade. Rien ne se passe comme prévu.

Dans les années 90, alors que le sida fait des ravages, Simone Veil doit s’entretenir en direct avec un malade. Rien ne se passe comme prévu. 

Le 1er décembre 1994, Simone Veil, alors ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, doit apparaître à la télévision pour la journée mondiale de lutte contre le sida. Tout est organisé pour le tournage. L’hôpital Broussais. Service d’immunologie. Elle doit sortir de la chambre d’un malade, faire son discours. Et ce discours lancera en direct le JT du 20 heures sur TF1.

1994, les gens crevaient du VIH. Non ! Ils ne mouraient pas du VIH, mais des effets du virus sur la capacité du corps à se défendre, à se gérer. Avec lui, les gens attrapaient tout, n’importe quoi. Puis ils maigrissaient, maigrissaient. Puis ils claquaient. Hôpital Broussais donc, dans le XIVe arrondissement, service d’immunologie du professeur Kazatchkine, un personnel engagé dans la course contre la montre et contre la mort qui déferle, soutenu par la présence de volontaires de l’association Aides. L’équipe de télévision arrive, se met en place. Puis Mme Veil. Mais, celle-ci joue la difficile. Elle a des exigences. Elle ne veut pas que sa présence soit juste symbolique. Elle refuse de jouer le jeu et de sortir de la chambre vide aménagée pour les besoins du tournage et pour sa tranquillité. Elle exige de parler avec un malade avant le tournage. Elle veut être - au moins pour vingt minutes, le temps d’une conversation - dans le vrai. Un vrai malade dans une vraie chambre. En tant que responsable des volontaires, on me demande d’identifier un patient hospitalisé qui serait prêt à jouer le jeu. A parler avec la ministre. A l’aider à se mettre en condition, pour ensuite quitter la chambre d’hôpital devant les caméras et être interviewée, en direct, par les journalistes. Il faut trouver vite. Qui est hospitalisé ce soir-là ? Je regarde la liste des personnes. Beaucoup en fin de vie. Pas possible de leur imposer ça sans qu’ils puissent donner un consentement réel. D’autres, moins malades, sans doute capables de jouer le jeu. Mais qui acceptera ?

Puis un nom ressort du lot. De prénom, David. La trentaine. Alité avec plusieurs infections graves. 50 kilos au lieu de ses 70 kilos d’avant la maladie. Mais la tête OK. Quelqu’un avec du caractère. De l’est de la France. David a de l’humour, de la conversation, un point de vue. Il saura jouer le jeu.

19 h 40. Tout est prêt pour le tournage en direct. Elle entre dans la chambre. Je les présente l’un à l’autre. Je quitte la chambre pour attendre à l’extérieur, les laisser faire leur conversation. Puis je dois attendre les quinze minutes de conversation. Puis taper à la porte vers 19 h 55 pour faire signe à Mme Veil qu’elle devait sortir de la chambre devant les caméras.

J’attends. Les journalistes attendent. Les techniciens attendent. 19 h 55, je tape à la porte. Rien. 19 h 58, les journalistes commencent à s’énerver. Je tape de nouveau. J’entrouvre la porte. Madame Veil est là. Debout juste à l’autre côté de la porte. Elle me regarde rapidement, puis retourne la tête. Elle pleure. Elle essuie les yeux. Puis elle me regarde de nouveau. D’une voix secouée, mais claire, avec une fermeté qui ne permet aucune discussion, elle me dit, en faisant référence aux équipes et aux journalistes : «Faites que ces gens s’en aillent. Faites que ces gens s’en aillent.» Elle referme la porte. Je me retourne. J’annonce aux équipes de tournage que c’est raté pour ce soir. Elle ne sortira pas de la chambre devant les caméras. Elle ne parlera pas aux journalistes ! Scandale ! Ils remballent leurs affaires, énervés. Le journal de 20 heures s’est débrouillé sans le tournage prévu.

A l’hôpital, Mme Veil est restée encore une demi-heure dans la chambre en question. En sortant, elle s’excuse auprès de moi. Elle me dit : «C’était trop dur. Ça me faisait penser aux camps. Aux camps de concentration. On parlait de choses si graves. Il est si maigre, si maigre. C’était trop dur.» Ensuite, elle est partie. Puis l’étonnant. Madame Veil n’a pas tout simplement disparu. Elle est revenue à l’hôpital. L’Association Aides était présente à l’hôpital Broussais les mercredis soirs. Telle une volontaire de base, elle est revenue le mercredi soir. Pour rencontrer les malades. Pour faire ce que nous faisions aussi, donner de notre temps, écouter, réconforter, discuter, apporter de la vie. Pas tous les mercredis mais régulièrement. Une heure, deux heures. Parfois, si c’était en fin de soirée, son chauffeur la ramenait chez elle, puis me déposait chez moi après. On parlait du réel. Du vécu réel des gens dans les hôpitaux, dans les soins, de l’hôpital, de celles et ceux qui y travaillent. Mais tout cela, c’était hors champ, pas devant les caméras.

David est mort dans les semaines qui suivirent. C’était une époque si dure. Avant l’arrivée des traitements efficaces. Tout le monde crevait. Toutes les semaines, la première question en arrivant : qui est mort cette semaine ? Mais on avait une ministre de la Santé. On avait une ministre de la Santé.

Bon voyage, David. Bon voyage, Simone. Je suis fier d’avoir fait votre connaissance.

Quand je fini un livre, il y a toujours une sensation étrange. Comme si je mettais un certain temps pour revenir dans le monde réel. Souvent je referme le livre et je regarde la couverture sans réellement la regarder. Les yeux dans le vide.
C'est comme un mélange entre la tristesse de l'avoir fini, la mélancolie un peu, l'impatience d'en lire un autre, et la satisfaction d'avoir découvert un aussi beau bouquin.
Ça dure moins de cinq minutes. Mais dans ce genre de moment, je me sens comme en harmonie.

Kira.

le ciel est gris. sur le monde se dépose la tristesse.
les rues sont presque vides, quelques passants courent pour rentrer chez eux s'abriter. leurs visages montrent un certain mécontentement, certains se cachent avec leur veste, d'autres avec un sac. parfois ils se bousculent, les regards ne se croisent pas, les voix crient un “pardon !”. ils ne remarquent pas l'existence de l'autre et ne se soucient pas de sa douleur. ils pensent “il ne peut pas regarder où il va?”
les bars sont bondés, des adolescents se moquent des personnes qui essaient d'échapper à la pluie. sur leur table il y a des tasses de café à moitié vides et des cartes. ils regardent ce spectacle risible. après quelques minutes ils se lassent et se remettent à jouer et à rire. leurs éclats se mélangent avec celui des gouttes de pluie.
une femme est assise au fond, seule. elle a devant elle un gin-tonic et un cendrier. une cigarette se consume lentement, la fumée forme un filet opaque et fin. elle porte des escarpins noirs et une robe bleu-nuit en velours. elle a, sur ses lèvres, un joli rouge, et ses yeux sont d'un bleu-gris transperçant. elle attend une personne sans plus trop le faire. elle s'est habituée à l'attente, elle a eu dans sa vie des espérances qui n'étaient que des illusions. elle a remarqué qu'en attendant, elle n'attendait plus. de l'attente ne naît qu'un sentiment de déception et de faux espoir. c'est comme si son corps créait tout cela, des émotions factices, pour ne pas qu'elle souffre, mais son corps connaît la terrible vérité. la jeune femme boit une gorgée dans son verre et fume la dernière bouffée de sa cigarette avant d'en ressortir une autre de son sac. elle l'allume avec son zippo, le bruit du feu résonne un peu, elle le referme et dans un petit clic la flamme s'éteint. la seule trace qui reste de celle-ci est la braise qui consume la cigarette petit à petit. en écoutant le dehors, on peut entendre les pas d'un homme. il court. il se protège le visage et le haut de son corps avec une veste en cuir. le bas est trempé par les gouttes de pluie et par les flaques qu'il explose avec ses pieds. au moment de traverser pour rejoindre le bar, une voiture manque de le renverser. coup de klaxon. son cœur explose dans sa poitrine. il s'excuse brièvement et rejoint l'endroit du rendez-vous. on n'entend plus que les voix des hommes et des femmes. les yeux de l'homme cherchent quelque chose, un visage peut-être, des yeux, une chevelure, dans la foule omniprésente. son regard se dirige vers le fond, il la voit. elle, non. avant de s'avancer vers elle, de faire rencontrer leurs corps, il attend, peut-être désespérément, la rencontre de leurs yeux. un homme le bouscule, il manque de tomber mais la regarde toujours. puis soudain, elle lève les yeux vers lui. ils se contemplent. au début, elle ne reconnaît pas ce visage qui lui est pourtant familier, elle cherche quelque chose, la couleur de ses yeux ou encore celle de ses cheveux. il se dirige vers elle, l'image est plus nette. ils sont bleus et noirs. il s'assoit devant elle, la regarde. entre eux règne un silence, ce silence est entouré d'un brouhaha incessant. un serveur vient prendre la commande, l'homme répond qu'il veut un whisky et la même chose pour la demoiselle. sourires partagés puis elle allume une cigarette. la jeune femme lui tend le paquet, il refuse d'un geste de la main. ils ne parlent toujours pas, le silence est comme une parole qui chuchote à leurs oreilles les pensées de l'un et de l'autre. les yeux de l'homme se tournent vers la cigarette de la femme, une trace de rouge s'est déposée sur le filtre. de la fumée sort et se dissipe dans l'air. elle le regarde, et dit.

- Je vous attendais sans plus trop le faire, je crois.

sa voix est un peu éraillée à cause du long silence qu'elle a vécu. un sourire gêné se dessine sur le visage de l'homme. il s'excuse du regard. elle continue à parler.

- Je me rappelle de ce jour, il pleuvait comme aujourd'hui. la tristesse dévastait le monde, et les gens.

l'homme acquiesce et ajoute.

- Vous étiez à la même place, seule, vous aviez l'air d'attendre. seulement l'air, car vous n'attendez plus, vous subissez.

elle sourit et boit une gorgée dans son verre.

- Je n'ai jamais su ce qu'était attendre, peut-être est-ce le fait de subir sa propre solitude, désillusion, ou encore sa propre désespérance? Je n'ai jamais pu nommer l'attente, je crois que personne ne pourra la nommer.

sa voix s'éteint en même temps qu'un rire. son visage se dirige vers la porte du bar, les yeux se ferment. elle écoute. l'homme la regarde, contemple son visage, le désespoir hystérique qui s'y trouve. pendant cette pause qui règne entre les deux, le monde bouge, se bouscule. on entend un verre se briser, le serveur est gêné, les jeunes se moquent. la pluie est plus forte, il n'y a presque plus de passants dans les rues, on entend seulement les gouttes de pluie et le bruit des gens dans les différents bars de la ville. plus loin, se trouve la mer. la pluie se mélange aux vagues majestueuses. le bruit de la mer se diffuse dans le monde, il cogne contre les maisons de la ville, fait écho dans les rues et termine, parfois, dans les oreilles d'une personne. c'est la mer triste qui hurle sa peine, elle est là entre les voix, elle submerge chaque son, chaque existence. la jeune femme l'entend, ses yeux s'ouvrent. il voit que des larmes se noient dans ses yeux. rien ne coule, mais tout se noie. d'un geste, minutieux, elle réussit à ne pas faire couler son maquillage tout en enlevant ses larmes. son regard rencontre celui de l'homme. il y a sur son visage une tristesse grave, qu'il connaît, il l'a vue sur son visage, ses traits, lors de leur première rencontre.

- Vous vous abandonnez à ce qu'il y a de plus triste au monde, votre propre existence, dit-il.

elle continue de regarder l'homme.
il continue sa phrase, sans la regarder.

- Lorsque nous nous sommes rencontrés, vous aviez la même expression. Comme si vous vous engouffriez dans un profond désespoir, le votre, et que vous l'embrassiez. J'ai toujours vu sur votre visage un accablement, un effondrement qui m'est presque palpable et qui me traverse.

elle allume une cigarette et prend la parole.

- Et je pense que cette tristesse vous la ressentez également. Sinon jamais vous ne seriez venu me voir. Nous la partageons, comme la souffrance de nos silences.

la jeune femme se tait quelques secondes, le temps de fumer sa cigarette. silence autour d'eux, puis.

- J'ai vu ma tristesse en vous, je la vois encore. elle est là, dans vos yeux, votre votre voix, dit-elle.

l'homme ne répond pas.
elle ne parle plus.
le silence s'installe de nouveau, on entend seulement le monde se déchaîner autour d'eux.
la pluie s'est calmée, les gens quittent le bar petit à petit. le monde s'éteint avec la nuit. chaque chose devient lourde, silencieuse ou trop bruyante. le temps est comme inexistant. la femme entend, parfois, la mer cogner contre les murs du bar, contre son corps. l'homme contemple son visage triste. il se rappelle de son prénom et de sa vie. Kira. elle est la femme d'un grand entrepreneur parisien qui vivait ici. elle est seule, toujours. l'homme continue à la regarder. Kira ne le fait pas. elle est trop occupée par le silence, et l'attente.
attendre quelque chose, un souvenir, une attente qu'elle ne connaît pas encore. elle regarde tout sauf ses yeux. elle cherche à savoir ce que son existence recherche.

Je suis dans mon lit et un enfant vient d’ouvrir puis de refermer la porte de ma chambre je ne sais pas qui est cet enfant que fait-il dans ma maison

Parfois vous avez la chance, dans les transports, de tomber sur un lecteur parvenu aux dernières pages de son livre. Vous le scrutez, avide, c’est assez rare d’y assister. Vous comptez ce qu’il reste. Enfin il referme l’ouvrage, le pose sur ses genoux, et alors vous observez son visage, vous attendez de lui une réaction, un regard prolongé dans le vague, quelque chose qui puisse témoigner d’une semaine passée le nez enfoui entre ces lignes, peut-être davantage. Le lecteur hoche la tête, pour lui-même, il sourit, il est atteint, c’est presque imperceptible. Il reprend le livre et lit la quatrième, de sorte que, face à lui, vous pouvez voir le titre. C’est un bouquin assez vieux. Et vous comprenez son émoi, vous l’enviez. Joyeux anniversaire Harry. 

Quand on apprend à aller vers les autres pour leur demander ce dont on a besoin, c'est tout un univers qui s'offre à nous. La vie, c'est s'ouvrir aux autres, pas se refermer sur soi.
Tout ce qui permet de se connecter aux autres est positif.
—  Laurent Gounelle - L'homme qui voulait être heureux.

On danse pour que ça se voit moins. 
On rit, on s'étourdit, on s'embrasse, les vendredis en boite de nuit, les mains jamais vides, toujours en compagnie, des photos à n'en plus finir : on nous prendrait pour des jeunes heureux.
Et pourtant. Et pourtant..
Chacun parmi nous a trahi sa joie. Ce mec que tu trouvais tellement drôle se fait donner la réplique par la MDMA.
Cette fille là-bas au regard de braise qui enflamme celui d'un inconnu que je sais baisé d'avance, elle ne sait faire que des allées-retours entre les cliniques et les cabinets de psychiatre, entre son existence et la mort : son père, au bord de la crise de nerfs, me contacte à chaque fois qu'il apprend qu'elle est avec moi “ Prenez soin d'elle et appelez moi en cas de souci surtout, même à cinq heures du matin.. ” La voilà qui  roule une pelle à l'inconnu sans avoir pris la peine de le saluer ni de lui avoir glissé son prénom au creux de l'oreille.. Elle ne prendra pas non plus la peine d’informer son mec de ce moment d’égarement. Ce soir elle est dans les bras du vice, elle rend cocue sa vie.
Elle danse pour que ça se voit moins.

Et puis ce beau garçon, mon ex, un de mes trophées exposés sur l’étagère de mon instabilité sentimentale, regarde jalousement mon nouveau mec qui, lui, observe jalousement la société entière puisque je me préoccupe davantage des problèmes existentiels de l'humanité au complet, que des siens - il m'annoncera quelques heures plus tard qu'il s'agit de notre dernière soirée en boite passée ensemble et qu'il a songé à me larguer pour mon indifférence affichée et assumée - La contrariété ankylose ses jambes, ses pas sont lourds, il danse tout de même pour que ça se voit moins. 
L'ex lui, fuit la piste, il ne sait pas faire semblant, il fume une clope avec ma pote la plus canon et chaude de la soirée. Si vous êtes vous aussi un mec, vous l'avez envié à ce moment précis. Elle est sublime n'est ce pas ? Regardez la.. Vous étiez sous le charme en l’apercevant sur ses 1m80. Vous vous retourniez plusieurs fois pour mater son cul. Mais approchez.. Observez mieux. Regardez tous les efforts qu'elle fait pour que vous la remarquiez, elle jette des regards partout, fait de grands gestes, de trop grands sourires, sa bouche est si ouverte que je pourrai lui faire avaler son narcissisme entier.. Elle souhaitait hystériquement que vous la remarquiez et elle a réussi. Et elle se complaît dans sa superficialité puisque vous la confortez dans cette place : si belle quand elle ne parle pas.. Surtout ne cessez pas de poser les yeux sur elle : elle risquerait d'en devenir ridicule pour à nouveau espérer vous intéresser. Et ce sera à moi de la ramasser sur la piste glissante quand elle tombera.. “Toutes ces filles qui n'ont que leur corps pour exister, et qui se sentent mourir dès que l'on cesse de les regarder.. ”
Elle danse pour que ça se voit moins. 

Et puis les autres. Tous les autres. Leurs joues qui s'étirent en un sourire, mais les yeux qui restent ternes, le visage qui n'exprime rien, le corps amorphe, ballant, les danses que l'on tente de mener et les éclats de rire qui tombent sur le sol et qu'on écrase violemment sous la musique assourdissante.
Et on se coupe les plantes des pieds avec notre désespoir, et je ferme les yeux, et j'imagine cette boite de nuit inondée de sang, le sang du désespoir, celui qui s'écoule des plaies que l'on tente de cacher, de refermer, des plaies béantes.. Et je ferme les yeux sous les lumières vives, sous la musique assourdissante, et je nous imagine nous vautrant dans notre médiocrité mensongère, ensanglantés dans ce même huis-clos nocturne, là où s'écaille la peinture de l’hypocrisie sociale sur les murs rouges..
On danse pour que ça se voit moins.

—   01/10/2017.
La jolie cicatrice.
  • Ma psy: Certaines douleurs sont un peu comme des cicatrices Lou. Au départ, tu as mal continuellement parce qu'elle n'est pas encore refermée. Puis peu a peu elle se referme et tu commence a revivre normalement en oubliant la douleur. Sauf que parfois tu te cogne à nouveau sur cette cicatrices et elle se rouvre. Et tu recommence à avoir mal, surprise de cette douleur qui s'était pourtant effacée. Faut juste apprendre à vivre normalement, avec ces cicatrices intérieure qui peuvent se rouvrir.
Recette - Burger au steak de haricots rouges

Saluuuuut !! Me revoilà pour une nouvelle recette. Test approuvé et même revue une seconde fois pour tester une alternative vegan (la recette de base était une recette végétarienne). Vous aurez ici droit aux deux versions dans les instructions selon vos préférences et votre régime alimentaire actuel. Sur ce, allons-y, à vos spatules petites graines !

Ingrédients

Pour cette recette vous aurez besoin de :

- Pain à burger (nature, complet, aux céréales, c’est vous qui voyez)

- Haricots rouges en conserve (celle-ci fait 400 grammes

- Chapelure

- Un œuf (ou de trois cuillère à soupe de lait de soja)

- 150g de yaourt (ou de yaourt au soja)

- Salade

- Une petite tomate ronde

- Coriandre

- Origan

- Sauce salsa

- Sel

- Poivre


Préparation

Commencez à préchauffer votre four à 200°. En attendant, ouvrez votre conserve de haricots, égouttez-les et écrasez-le grossièrement dans un saladier.

Ajouter la coriandre et l'origan selon votre goût. Salez, poivrez. Ajoutez deux cuillères à soupe de sauce salsa puis environ 100g de chapelure. Ajoutez ensuite, soit l’œuf pour les végétariens, soit 3 ou 4 cuillères à soupe de lait de soja pour les vegans (vous pouvez utiliser un autre liant selon votre goût je vous rends simplement compte de mes essais avec ce que j'ai sous la main). Mélangez le tout à la fourchette jusqu'à ce que l’œuf ou le lait ait été absorbé et que la chapelure fasse partie intégrante de la pâte.

Activité manuelle ! Allez vous mouiller les mains et formez vos steaks à la main. Dans la photo qui va suivre, j'ai décidé de faire des steaks épais mais il est préférable d'avoir des steaks plus fin. Avec votre pâte vous pouvez facilement faire 4 steaks de taille moyenne (comme ça vous pourrez en garder dans le frigo pour vos repas dans la semaine) (et le truc c'est que si vous êtes plus boulettes, vous pouvez aussi faire des billes/boulettes. Mais là n'est pas le but). Une fois formé, déposez vos steaks sur une plaque de cuisson et enfournez cinq à six minutes de chaque côté.

(N. B. : vraiment, ces steaks étaient trop gros. Faîtes-en des plus fins sinon c’est trop bourratif)

Pendant que vos steaks cuisent, préparez la sauce au yaourt. Mettez vos 150g de yaourt nature (ou environ deux pots de yaourt de soja), de la coriandre et un peu de poivre. Mélangez un peu le tout et le tour est joué !

Passons maintenant au dressage. Faîtes toaster vos pains à burgers si vous le souhaitez, pour avoir un pain un peu croustillant. Étalez votre sauce au yaourt sur la base du pain (gardez-en un peu pour en mettre sur les steaks !). Ajoutez la salade puis deux rondelles de tomates.

(N. B. : les photos ont été prises durant le premier test de cette recette, pour lequel je n’avais pas de tomates)

Ajoutez vos steaks puis étalez le reste de sauce au yaourt. Ajoutez un peu de sauce salsa sur le tout avant de refermer vos burgers.

Servez avec un peu de salade, changez la composition du burger pour ajouter des oignons, de l'avocat ou autre, faîtes comme bon vous semble et soyez créatifs ! Bon appétit, vous n'avez plus qu'à déguster ! N’hésitez pas à me dire si vous avez testé, si vous avez fait votre propre version !

Rien ne t'éloignera de moi, s'il te plaît, promets-le, t'as toujours été doué pour tenir tes promesses toi. Je t'en prie dis-moi que tu partiras pas, même si tu vois toutes ces horreurs en moi, jure-moi que tu pourras soutenir mon regard quoi que je te dise. Peu importe la souffrance qu'il y a en moi, tant que tu es là. Tant que tu l'acceptes, tant que tu m'aimes. Tu ne connais pas les démons qui me hantent et l'angoisse me prend quand je t'imagine les découvrir et fuir. Je ne veux pas que tu partes, jamais. Tu me guéris. Toutes ces blessures qu'ils ont rouvertes, tu les refermes. T'en vas pas, jamais.
—  justevivante

Peut-être qu'on prend pas assez le temps… de guérir… de refermer ses blessures…

On veut toujours tout précipiter… Pourquoi ?

Wagon de queues

“Le train allait partir dans quelques minutes, nous forçant à presser le pas. La plupart des wagons, à cette heure tardive, étaient vides.

Ma soumise me suivait, deux pas derrière moi, ses boucles châtains flottant comme une auréole autour de son crâne à chaque enjambée. Il faut dire qu'elle était en jupe et en talons, qu'elle est plus petite que moi, et que j'ai l'habitude de marcher vite. Et ce n'est pas parce qu'elle m'accompagnait que j'allais changer mes habitudes. C'est à elle de faire des efforts, de se montrer à la hauteur.

 J'ai sélectionné le dernier wagon, je suis monté. Un coup d'oeil bref m'a suffi pour voir que nous ne serons pas seul sur le trajet. Deux trois voyageurs fatigués et à moitié assoupis s'étaient déjà installés dans les sièges, chacun gardant son espace vital dans le wagon quasi vide.

Je me suis installé sur une banquette vide, et j'ai fait signe à ma soumise de s'asseoir en face de moi. Nous avons attendu que le train démarre et sorte de la gare. Je la voyais déjà frémir, ne sachant pas trop à quoi s'attendre. Silencieuse, elle se livrerait à mes jeux, à mes caprices, mais jusqu'où?

Je me suis penché en avant, et j'ai ouvert, un par un, les boutons de son chemisier, dévoilant ses seins nus et le collier qu'elle porte lorsque nous jouons ensemble. Comme souvent, je suis resté en admiration devant sa somptueuse poitrine, et j'ai pris le temps de la contempler, de la caresser du regard comme du bout des doigts, jouant les gammes des prémices du désir sur sa peau fraîche, sur ses tétons déjà un peu raides.

J'ai écarté les jambes. Elle m'a regardé, et sans rien dire, elle est venue s'agenouiller devant moi, soulevant légèrement sa jupe pour ne pas la froisser. Comme je l'ai bien éduquée, elle a commencé par frotter son visage sur mon entrejambe pour me caresser. Puis, lorsque ma queue était suffisamment raide, elle a saisi entre ses dents le curseur de ma fermeture éclair et l'a fait descendre. Je porte rarement quelque chose sous mon pantalon: le fait d'être rasé en permanence évite les accidents. Bien entendu, ma soumise est elle aussi impeccablement rasée, et n'a pas le droit de porter quoique ce soit sous sa robe ou sa jupe, sauf si je choisis de lui faire porter des dessous. De plus, il lui est interdit de croiser les jambes, ce qui peut provoquer des exhibitions inattendues.

Pendant quelques minutes, les autres personnes présentes n'ont même pas réagi, ivres de fatigue sans doute. Mais les bruits de succion, et les mouvements de tête de ma soumise, finirent par les intriguer.  J'ai pris dans une poche de ma veste un masque noir, que j'ai installé sur son visage. Elle ne pouvait plus rien voir, et devait me faire une absolue confiance.J'ai attrapé la longue chevelure bouclée d'une main ferme, guidant ma soumise, lui dictant le pas de mon désir, envahissant sa bouche. Elle ne voyait pas ce qui se passait, mais les autres voyageurs commençaient à réagir.

Je me suis penché en avant, bloquant son visage contre mon bas-ventre, ma queue enfoncée au plus profond de sa gorge. J'ai relevé sa jupe, dénudant ses fesses, l'exhibant pour tout regard mâle qui le souhaiterait. Elle portait comme je l'avais ordonné son plug, qui la dilatait bien. Je voyais un homme se pencher pour mieux observer notre manège.

Ma main s'est portée sur le fessier nu, l'a agrippé fermement, à y laisser la trace de mes doigts. Une claque sonore a suivi. Le mec le plus proche a fait mine de se lever, pour nous rejoindre. Je lui ai indiqué de rester assis. Ce n'était pas à lui de se déplacer. J'ai pris une bonne poignée de cheveux en main, m'en servant comme d'une sorte de laisse, et j'ai incité ma soumise à reculer.

Ma queue raide  est sortie de sa bouche, couverte de salive. J'ai frotté mon gland luisant sur ses lèvres, sur ses paupières, sur son visage, comme si je marquais mon territoire. Puis je l'ai dirigée vers le voyageur inconnu, qui n'en croyait pas ses yeux. J'ai jeté sur le siège quelques préservatifs, et il a très vite compris, ouvrant son jean pour en extirper une queue trapue, qu'il a recouvert de la capote.

Gardant la chevelure en main, j'ai dirigé ma complice, marchant à quatre pattes dans l'allée du train, vers la queue dressée. Elle s'est placée devant l'homme, pendant que je prenais place sur un siège à ses cotés, posant une main au creux de ses reins pour lui faire sentir ma présence, ma protection. Elle a commencé à sucer l'inconnu, ouvrant ses mâchoires au maximum pour engloutir l'engin. Les deux derniers passagers semblaient enfin sortir de leur somnolence..

De ma main libre, j'ai caressé le sexe déjà très humide de ma belle, et mes doigts se sont frayés un chemin dans son intimité pendant qu'elle suçait le voyageur déjà en trance. Il faut dire qu'elle suce vraiment très bien. Je me suis penché vers son oreille, lui chuchotant de faire durer le plaisir. Elle a bien sûr tout de suite obéi, ralentissant la cadence. Nos voyeurs hésitaient encore, hélas.

Je me suis penché à nouveau pour contempler l'oeuvre de ma belle servante, enfonçant mes doigts dans son sexe gonflé de désir pour la récompenser de ses efforts face à cette verge épaisse. Mes ordres ont été clairs.

Fais le jouir. Tu as une minute.

Sa bouche s'est refermée une dernière fois sur la bite, quasiment jusqu'à la base, puis est revenue lentement jusqu'au gland, avant d'accélérer la cadence, pendant que je surveillais l'égrènement des secondes sur ma montre. J'ai posé, à même les fesses nues, deux autres préservatifs. Les deux derniers passagers ont compris le message silencieux, et se sont rapprochés, en ouvrant leurs pantalons. Pendant ce temps, celui qui se faisait sucer a explosé de plaisir dans la bouche féminine, protégée par la capote. Il y est resté encore quelques instants, le corps animé des derniers soubresauts du plaisir, une main agrippée à ses boucles. Il s'est retiré d'entre ses lèvres, à regrets sans doute, tandis que les deux inconnus terminaient d'enfiler leurs préservatifs respectifs.  

On peut la prendre?

Oui, monsieur a fini.

Par devant? Par derrière?

Son cul n'appartient qu'à moi, mais vous pouvez user de ses autres orifices.

J'ai fait signe à mon docile délice de se placer dans l'allée centrale, à quatre pattes, pour plus de commodités. L'un lui a baisé la bouche avec sa queue, presque avec frénésie, l'autre s'est placé derrière elle, et a pris le temps d'admirer le sexe glabre et humide, aux lèvres bien ouvertes, la croupe majestueuse, les hanches pleines. Il avait l'air fasciné par le plug. Il a frotté sa queue sur ses lèvres intimes, avec un art consommé, faisant monté le plaisir. Elle avait beau avoir la bouche occupée, elle en gémissait avec une passion que je lui connaissais bien: cet homme-là, juste derrière elle, lui faisait de l'effet.

Il la pénétra avec une douceur, une lenteur, qui contrastait avec la fougue sauvage de celui qui occupait sa bouche, et qui sans doute allait bientôt jouir. Sa queue coulissait aisément dans le fourreau de chair, allant et venant avec une belle amplitude. Dans le train, malgré le roulis et le bruit, n'existait plus que ce trio lié ensemble par le désir, que les délicieux échos des chairs qui claquent l'une contre l'autre. Je les contemplais, tout en guettant du coin de l'oeil le premier partenaire, qui tentait de reprendre vigueur en caressant les seins libres.

Je me contentais de mon poste de voyeur, pour le moment. J'aimais la voir prendre du plaisir. Il n'y avait pas de question de jalousie mal placée: elle ne se donnait qu'à moi, et consentait à être prêtée à d'autres. Elle y trouvait, elle aussi, son compte. D'autant plus que ces petits jeux n'étaient en sorte que les préliminaires à nos propres retrouvailles charnelles, où nous reprenions possession l'un de l'autre.

 Les trois-non, quatre maintenant, car l'homme à la queue épaisse rebandait déjà, stimulé par l'aventure imprévue-jouisseurs changèrent de position, échangeant des baisers, des caresses, avec la femme aux yeux bandés.Le jeu dura bien encore un quart d'heure, avec de nombreuses variations. Nous approchions du terme du trajet, hélas. J'interrompis le manège d'une voix ferme.

Jouissez sur son corps, où vous voulez, messieurs.

Deux d'entre eux choisirent de rendre grâce à la beauté de leur voluptueuse inconnue sur son visage et sa poitrine, le dernier-celui qui lui faisait tant d'effet en la possédant par derrière-honorant le cul d'une décharge blanche de bon calibre.

Le train entrant en gare, ils nous remercièrent. Je leur demandais de quitter le wagon les premiers.

Seuls tous les deux dans le train arrêté, je caressais la crinière et le corps de celle que dans nos jeux de soumission j'appelais “Mon adorable petite chienne”  , la remerciant de s'être offerte et la complimentant sur son obéissance, ôtant le bandeau qui recouvrait ses yeux. Je l'ai embrassé, longuement. Rangeant le bandeau dans une poche, j'ai sorti d'une autre poche, avec le sourire, la laisse, que j'ai fixé à son collier.

Rougissante, elle m'a suivi jusqu'au quai. Il ne faisait pas très froid, heureusement, ce soir là, et il n'y avait personne aux alentours, aussi je lui ai demandé de garder son chemisier ouvert.  Nous avons quitté la gare, elle aux aguets, prête à refermer les bras sur sa poitrine, par réflexe plus que par réelle pudeur. Elle devait sentir déjà le sperme sécher sur son corps, là où il avait été versé.

Nous sommes arrivés à la voiture, qui nous attendait sur le parking. Je l'ai à nouveau embrassée, avec passion.  

On retourne à la maison. Puis nous ferons l'amour.

Oh oui…

J'ai ouvert le coffre, et lui ai tendu la main, pour l'aider à s'y installer.  Elle s'est blottie contre les couvertures que j'avais placé ce matin, afin de lui créer un espace protégé. Elle a toujours besoin de temps pour elle, d'une sorte de bulle, après nos aventures, pour faire le tri de ses émotions, avant de pouvoir s'abandonner à moi.

 C'est ma façon de lui offrir ce dont elle a besoin, de prendre soin d'elle.

J'ai refermé le coffre, et j'ai pris le volant.”

JE T’AIME 

Personne ne m'a appris ce mot. Je l'ai senti venir des profondeurs de ma chair, monter de mon sang à mes lèvres et s'envoler vers ta jeunesse et la force féconde qui est en toi.
Je l'ai entendu sortir de ta bouche avec ivresse. C'est un oiseau doré qui s'est posé sur mes yeux, si doucement d'abord, et puis si lourdement que tout mon être en a
chancelé.
Et je me suis abattue dans tes bras, tes grands bras où je me sens fragile et protégée.
La parole qui promet et qui livre, la parole sacrée jailli de notre vie ardente, planait sur nos têtes dans un clair rayon. Sylvius ! te souviens-tu ?
Alors j'ai vu passer l'Heure, l'Heure unique qui nous souriait et levait dans ses mains un caillou blanc.
Sur sa tunique, une à une, lentement les roses de son front s'effeuillaient.
J'ai vu cela à travers mes paupières fermées, la joue appuyée contre ton cœur qui marque des secondes éblouis- santes, comme un balancier de rubis.

II
J'ai regardé ton corps debout, simple et altier comme un pilier d'ivoire, ambré comme un rayon de miel.
Je l'ai regardé, les mains croisées sur mes genoux, sans l'effleurer, dans la contemplation fervente de sa splendeur, et je l'ai aimé avec mon âme plus passionnément.
Je me sens presque craintive, dominée par ce rythme qui chante à mes sens une mystérieuse musique ; je m'exalte silencieusement devant ce poème de grâce virile, d'élégance hautaine, de victorieuse jeunesse.
O Sylvius, dis-moi que tu me donnes toute ta beauté. Dis-moi qu'elle est mienne, ta tête rayonnante imprégnée de soleil, dis-moi que tu m'abandonnes ta poitrine large où je m'étends pour sommeiller, tes hanches étroites et dures, tes genoux de marbre, tes bras qui pourraient m'écraser et tes mains si chères, où mon baiser lent se dépose au creux des paumes caressantes.
J'ai regardé tes lèvres fières qui plient sous les miennes, tes dents où mes dents se sont heurtées illuminent ton sourire, ta langue chaude m'endort, et quand je m'éveille de mon vertige, c'est pour revoir ton corps triomphant,
altier comme un pilier d'ivoire, ambré connue un rayon de miel.

III
Cette nuit tu as pris ma tête entre tes doigts impérieux et tu disais, les dents serrées : Ne bouge pas.
Et je me suis abandonnée, le front cerclé par la couronne ardente qui se rétrécissait.
Pourquoi n'as-tu pas enfoncé les ongles plus avant? Je n'aurais pas bougé et la douleur, venue de toi, serait entrée délicieusement dans ma chair.
Ton désir jeune et délirant peut romore mes muscles, courber mes os, me faire râler d'angoisse, je suis ta chose, Sylvius, ne laisse rien de moi, puisque ma volonté
s'en est allée à la dérive, dans l'eau attirante de tes yeux.
Et cette nuit, passive et nue, n'étais-je pas une reine sous la couronne vivante de tes doigts refermés.

IV
Pendant cette minute inoubliable où nous nous sommes aimés plus loin que la terre, plus haut que le ciel, dans un monde resplendissant j'ai connu toutes les amours.
Un feu surnaturel les a fondues dans mion cœur, comme en un creuset dévorant.
J'ai été la mère, la sœur, l'amante; j'ai été ta chair, ton sang, ta pensée, ton âme emportée vers l'au delà, vaste et illuminé.
Ton front s'appuyait au mien ; qu’ est-il venu de ta vie vers ma vie dans cet éclair de radieuse pureté?
Dis-moi Sylvius, quel dieu puissant nous a prêté alors un moment de sa divinité.

V
Que mon âme murmure autour de ton âme comme une abeille autour d'un calice parfumé.
Que mon amour coule dans ton cœur, comme à travers les menthes bleues, la source innocente qui vit au soleil.
Que ma pensée soit une colombe blanche posée sur ta pensée.
Et que ta vie se referme sur ma vie, comme le cristal sur la goutte d'eau prisonnière qu'il garde depuis de milliers d'années.

VI
Tu ne me diras pas : Non.
Souviens-toi que j'ai baisé tes lèvres, afin qu'il ne leur échappe que des paroles de douceur.
Tu ne laisseras pas monter la colère dans tes yeux.
Souviens-toi que j'ai baisé tes paupières, pour que ton regard soit une caresse sur le mien.
Tu ne lèveras pas le doigt qui me menace.
Souviens-toi que j'ai baisé tes mains, afin qu'elles ne retiennent que des gestes de tendresse.
Tu ne t'éloigneras pas de moi.
Souviens-toi que j'ai baisé tes pieds, pour qu'ils reviennent fidèles vers ma maison.
Tu fermeras ton cœur à l'amour d'autres femmes.
Souviens-toi que j'ai baisé ton cœur à travers ta poi- trine, afin qu'il soit à moi par delà le tombeau.

VII
Je ne te dirai plus combien je t'aime, Sylvius, je ne sais plus.
Je poserai ma joue sur l'écorce du chêne, l'arbre de force et de fierté, je lui dirai : Que ta feuille s'envole pour lui porter l'orgueil de mon amour. J'irai vers le bouleau délicat qui palpite, l'arbre rêveur comme un rayon de lune, je lui dirai : Que ta feuille s'envole jusqu'à celui qui a tout mon amour, pour lui en dire la douceur.
J'irai vers l'alisier qui se dore en automne, l'arbre aux fruits précieux plus beaux que des bijoux, je lui dirai: Que ta feuille s’,envole, par elle il connaîtra l'ardeur de mon
amour. Tu feras un bouquet des frêles messagères et tu les laisseras se flétrir sur ton cœur.
Qu'y a-t-il au fond des landes tristes à la fin du jour?
Le dernier rayon du couchant, droit comme un couteau d'or.
Qu'y a-t-il sur les branches des chênes, quand l'ombre verse sa cendre fine sur les marais?
Des poules noires qui vont dormir.
Qu'y a-t-il vers les cabanes aux toits ondulés, dans le silence gris des brumes ?
Des bergers hauts sur leurs échasses, de longs troupeaux qu'on n'entend pas.
Et dans mon cœur, si lourd de ton absence, qu'y a-t-il ?
Toi, mon grand amour, toujours toi.

Le Livre pour Toi.

Marguerite Burnat-Provins
1872-1952


*

Peut-etre déjà publié par mes soins mais quand on aime… N’est-ce pas ! …

2

1

Vladimir a sorti son couteau de sa poche, c'est pas pour faire mal, seulement pour enlever la croûte du fromage. Camille regarde ses grosses paluches jouer avec la lame, elles sont belles les mains de Vladimir, on dirait qu'elles sont faites pour caresser. Il lève les yeux, Camille se détourne, et étouffe un soupir en regardant par la fenêtre. Dehors, la neige a fondu laissant place à une terre encore humide.

“-Les matins sont encore frais.” lance-t-il d'une voix bourrue.

Elle se penche et souffle sur la vitre, la buée n'a pas eu le temps de se former qu'elle l'a déjà effacée.






2

Vladimir est un homme qui n'a jamais vraiment su parler, mais depuis qu'il est revenu, il reste muet des heures durant, à fixer un point dans le vide. Camille a bien remarqué que son visage est absent, mais elle sait que seul le temps pourra laver ce qu'il a vécu.

“-Arrête de me regarder, ça me fait mal.” lui dit-il avant de quitter le séjour.

Elle l'entend monter et se trainer jusqu'à son lit. Le sommeil est son ultime refuge. Camille prend son trousseau posé sur le petit meuble dans le hall, l'air s'engouffre dans sa capuche alors qu'elle referme la porte derrière elle. Elle marche et essaie de se concentrer intensément, comme si cela allait aider son ami.

Il ne reste donc plus
Entre ton corps et moi
Que ta bouche entrouverte
Et mes doigts sur ta peau
C'est l'heure du sommeil
Tes yeux se sont fermés
Et je sens ta chaleur
Sur moi se refermer.
—  Catherine Ribeiro
Nous avons quitté la mer.

elle est là, son corps est contre le votre.
votre main est dans la sienne. vous ne vous regardez pas. ses yeux, vous ne les voyez pas. elle regarde la mer, elle le fait toujours.
elle tremble.
vous sentez son cœur battre avec le votre. vous ne dîtes rien, vous regardez vous aussi la mer.
deux vagues s'unissent et meurent un même temps.
vous entendrez le cri des mouettes, parfois. sinon rien. toujours votre peau contre la sienne, le silence et le bruit de vos cœurs mélangé à celui de la mer. vous essayez de vous rappelez de ses yeux, ils étaient bleus, ou gris. vous ne vous en souvenez plus, mais son regard vous vous en rappelez. vous lui demanderez si elle vous aime. elle ne répondra pas. vous lui direz que vous l'aimez, qu'elle est la plus belle femme du Monde. elle ne vous croira pas, mais ne dira rien. vous ne le saurez jamais. elle se tait.
silence.

elle s'est endormie dans vos bras. vous regardez son corps. ses bras fins, ses jambes longues, fines. sa poitrine que vous aimez tant. elle murmure dans son sommeil. mais vous n'entendrez rien de ce qu'elle rêve.
le coucher de soleil est là, vous regardez les couleurs se peindre sur sa peau. le bruit de la mer la berce. elle ne se réveille pas. vous la regardez, et vous la serrez un peu. pas trop fort, vous avez peur de la briser. vous toucherez ses cheveux, ils sont noirs, elle frissonnera à ce moment-là, mais ne se réveillera pas. vous la porterez jusque chez vous.
bruit des vagues.

vous êtes dans la chambre, assis dans le noir. vous la contemplez. vous êtes fasciné par ce corps étendu dans ces draps blancs. vous entendez sa respiration. elle doit être dans la partie profonde du sommeil. vous vous levez, et vous frôlez sa peau avec vos doigts, son corps réagit. vous vous endormez avec elle, lentement. vous écoutez, au loin, le bruit des vagues et le silence de la nuit.
toujours la nuit. elle est réveillée, vous sentez son corps se mouvoir. vous ouvrez vos yeux. elle vous demandera l'heure. vous lui direz qu'il est minuit. elle ne répondra pas. elle regardera le mur. vous ne parlez pas. vous attendez qu'elle parle, vous attendez le timbre de sa voix. quelques minutes passent. elle ouvre la bouche, la referme, puis la réouvre. elle dit:

- Nous avons quitté la mer.

vous lui demandez de vous racontez sa vie. elle dira qu'elle ne connaît pas l'histoire de sa vie. qu'elle n'a pas assez vécu pour pouvoir dire qu'elle l'a fait. elle sourit. vous regardez sa bouche, puis le creux de son cou, vous vous approchez d'elle. elle ne tressaillira pas, ses yeux regarderont votre main qui se déposera sur ce creux que vous désirez tant. vous l'embrasserez, ses yeux se fermeront. un goût salé se déposera sur vos lèvres.
elle pleure. vous arrêtez le baiser, et vous lui demandez pourquoi.
je veux voir la mer, répondra-t-elle.
elle marquera une pause de quelques secondes, puis ajoutera que c'est à cet endroit qu'elle peut vous aimer.
silence.
elle écoute la voix de la mer cogner contre le mur, vous écoutez avec elle.

elle est dans un coin sombre de la pièce, vous ne la voyez plus. vous pourrez apercevoir, parfois, ses yeux.
elle ne parle pas. jamais elle ne parlera. elle s'est endormie. vous sortez, la laissant là, seule. vous rejoignez cette mer qu'elle aime tant pour pouvoir l'aimer encore plus.

Le vent se lève! … il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
—  Paul Valéry, Le cimetière marin