refermer

JE T’AIME 

Personne ne m'a appris ce mot. Je l'ai senti venir des profondeurs de ma chair, monter de mon sang à mes lèvres et s'envoler vers ta jeunesse et la force féconde qui est en toi.
Je l'ai entendu sortir de ta bouche avec ivresse. C'est un oiseau doré qui s'est posé sur mes yeux, si doucement d'abord, et puis si lourdement que tout mon être en a
chancelé.
Et je me suis abattue dans tes bras, tes grands bras où je me sens fragile et protégée.
La parole qui promet et qui livre, la parole sacrée jailli de notre vie ardente, planait sur nos têtes dans un clair rayon. Sylvius ! te souviens-tu ?
Alors j'ai vu passer l'Heure, l'Heure unique qui nous souriait et levait dans ses mains un caillou blanc.
Sur sa tunique, une à une, lentement les roses de son front s'effeuillaient.
J'ai vu cela à travers mes paupières fermées, la joue appuyée contre ton cœur qui marque des secondes éblouis- santes, comme un balancier de rubis.

II
J'ai regardé ton corps debout, simple et altier comme un pilier d'ivoire, ambré comme un rayon de miel.
Je l'ai regardé, les mains croisées sur mes genoux, sans l'effleurer, dans la contemplation fervente de sa splendeur, et je l'ai aimé avec mon âme plus passionnément.
Je me sens presque craintive, dominée par ce rythme qui chante à mes sens une mystérieuse musique ; je m'exalte silencieusement devant ce poème de grâce virile, d'élégance hautaine, de victorieuse jeunesse.
O Sylvius, dis-moi que tu me donnes toute ta beauté. Dis-moi qu'elle est mienne, ta tête rayonnante imprégnée de soleil, dis-moi que tu m'abandonnes ta poitrine large où je m'étends pour sommeiller, tes hanches étroites et dures, tes genoux de marbre, tes bras qui pourraient m'écraser et tes mains si chères, où mon baiser lent se dépose au creux des paumes caressantes.
J'ai regardé tes lèvres fières qui plient sous les miennes, tes dents où mes dents se sont heurtées illuminent ton sourire, ta langue chaude m'endort, et quand je m'éveille de mon vertige, c'est pour revoir ton corps triomphant,
altier comme un pilier d'ivoire, ambré connue un rayon de miel.

III
Cette nuit tu as pris ma tête entre tes doigts impérieux et tu disais, les dents serrées : Ne bouge pas.
Et je me suis abandonnée, le front cerclé par la couronne ardente qui se rétrécissait.
Pourquoi n'as-tu pas enfoncé les ongles plus avant? Je n'aurais pas bougé et la douleur, venue de toi, serait entrée délicieusement dans ma chair.
Ton désir jeune et délirant peut romore mes muscles, courber mes os, me faire râler d'angoisse, je suis ta chose, Sylvius, ne laisse rien de moi, puisque ma volonté
s'en est allée à la dérive, dans l'eau attirante de tes yeux.
Et cette nuit, passive et nue, n'étais-je pas une reine sous la couronne vivante de tes doigts refermés.

IV
Pendant cette minute inoubliable où nous nous sommes aimés plus loin que la terre, plus haut que le ciel, dans un monde resplendissant j'ai connu toutes les amours.
Un feu surnaturel les a fondues dans mion cœur, comme en un creuset dévorant.
J'ai été la mère, la sœur, l'amante; j'ai été ta chair, ton sang, ta pensée, ton âme emportée vers l'au delà, vaste et illuminé.
Ton front s'appuyait au mien ; qu’ est-il venu de ta vie vers ma vie dans cet éclair de radieuse pureté?
Dis-moi Sylvius, quel dieu puissant nous a prêté alors un moment de sa divinité.

V
Que mon âme murmure autour de ton âme comme une abeille autour d'un calice parfumé.
Que mon amour coule dans ton cœur, comme à travers les menthes bleues, la source innocente qui vit au soleil.
Que ma pensée soit une colombe blanche posée sur ta pensée.
Et que ta vie se referme sur ma vie, comme le cristal sur la goutte d'eau prisonnière qu'il garde depuis de milliers d'années.

VI
Tu ne me diras pas : Non.
Souviens-toi que j'ai baisé tes lèvres, afin qu'il ne leur échappe que des paroles de douceur.
Tu ne laisseras pas monter la colère dans tes yeux.
Souviens-toi que j'ai baisé tes paupières, pour que ton regard soit une caresse sur le mien.
Tu ne lèveras pas le doigt qui me menace.
Souviens-toi que j'ai baisé tes mains, afin qu'elles ne retiennent que des gestes de tendresse.
Tu ne t'éloigneras pas de moi.
Souviens-toi que j'ai baisé tes pieds, pour qu'ils reviennent fidèles vers ma maison.
Tu fermeras ton cœur à l'amour d'autres femmes.
Souviens-toi que j'ai baisé ton cœur à travers ta poi- trine, afin qu'il soit à moi par delà le tombeau.

VII
Je ne te dirai plus combien je t'aime, Sylvius, je ne sais plus.
Je poserai ma joue sur l'écorce du chêne, l'arbre de force et de fierté, je lui dirai : Que ta feuille s'envole pour lui porter l'orgueil de mon amour. J'irai vers le bouleau délicat qui palpite, l'arbre rêveur comme un rayon de lune, je lui dirai : Que ta feuille s'envole jusqu'à celui qui a tout mon amour, pour lui en dire la douceur.
J'irai vers l'alisier qui se dore en automne, l'arbre aux fruits précieux plus beaux que des bijoux, je lui dirai: Que ta feuille s’,envole, par elle il connaîtra l'ardeur de mon
amour. Tu feras un bouquet des frêles messagères et tu les laisseras se flétrir sur ton cœur.
Qu'y a-t-il au fond des landes tristes à la fin du jour?
Le dernier rayon du couchant, droit comme un couteau d'or.
Qu'y a-t-il sur les branches des chênes, quand l'ombre verse sa cendre fine sur les marais?
Des poules noires qui vont dormir.
Qu'y a-t-il vers les cabanes aux toits ondulés, dans le silence gris des brumes ?
Des bergers hauts sur leurs échasses, de longs troupeaux qu'on n'entend pas.
Et dans mon cœur, si lourd de ton absence, qu'y a-t-il ?
Toi, mon grand amour, toujours toi.

Le Livre pour Toi.

Marguerite Burnat-Provins
1872-1952


*

Peut-etre déjà publié par mes soins mais quand on aime… N’est-ce pas ! …

ÉROS 3

Chez les Chinois rue d'Auteuil
Un jeudi de novembre le restaurant est plein
Nous mangeons dans un coin les délices de Pékin
Canard laqué saké ne te rassasient point
Sous la nappe sous la table ta main guide ma main
Tu écartes les jambes
M'indiques le chemin que tu veux lui faire prendre
J'hésite
Tu insistes
Chaudes tes cuisses de femme m'enflamment
Piégée sur ta peau blanche
Douce
Hésitante
Ma main avance
Ni tissu ni obstacle n'arrête sa démarche
J'atteins pianissimo ta noire forêt cachée
Tu souris me regardes me parles doucement
On croirait vraiment deux très honnêtes gens
Venus un jeudi soir manger au restaurant
Tu refermes les cuisses
Tu ouvres le vallon
Tu te berces sur mes doigts
Tu coules et puis te noies
Innocente gourmande
Tu prends tout à la fois
Tu jouis sous une table au restaurant chinois
Je suis rouge d'amour je suis rouge de toi
Ingénue impudente tu relèves la tête
Demandes le garçon t'informes des desserts
Dans ton biscuit chinois le message est précis
Profite de l'amour profite de la vie 

A nos regards pris dans la même pierre de présence,
le monde arrive par une fenêtre
Où nous nous penchons parfois
de nos corps. hauts comme des promontoires.

La ville est au pied de la chambre où tu te tiens
avec pour horizon celui de tes épaules
et nous touchons jusqu'en son fond
le vivier de feu qui donne sa mesure à l'été.

Tu te refermes sans cesse sur moi
comme deux vagues sur un rocher
et nous n'avons qu'à nous laisser porter par la mer
qui s'étend très loin autour de nos visages.

Perdus dans un pays de chair et de caresses,
nous vivons les quelques milliers d'années
dont notre amour a besoin pour que naisse
une étreinte de chaque goutte de notre sang.
—  Lucien Becker
Le vent se lève! … il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
—  Paul Valéry, Le cimetière marin
Il me suffit de quelques gestes pour retrouver,
enfouie sous la peau, la plante nue que tu es
et, vacillant de tout le soleil conquis par les ruisseaux.
tu entres dans la nuit avec le jour devant toi.

je n'ai qu‘à toucher la pointe de tes seins
pour que soient soudain rompues les mille écluses
qui retiennent entre nous un poids d‘un égal à celui de Ia mer.
pour que toutes les lumières s'allument en nous.

Et quand dans la clarté du drap,
tu n'es plus qu’un éventail de chair,
j’ai hâte de le faire se refermer sur mon corps
par une caresse que je jette en toi comme une pierre.
—  Lucien Becker

anonymous asked:

Du CHB Angst dans la lignée de ta dernière fic : BH qui, dès l'annonce de son score, a besoin de voir/dormir avec AM, et qui ose pas l'appeler parce qu'il se dit que t'façon, il doit encore lui en vouloir et qui passe une des pires nuits de sa vie, et AM qui ose pas l'appeler non plus parce qu'il se dit que BH a pas envie de le voir et qui se referme encore plus sur lui-même (jusqu'à ta fic, obviously)

Oh my. The pain is real. J’adore.

Et BH qui n’arrête pas de prendre et poser son téléphone. Et son pouce qui reste suspendu au dessus du bouton “Appel”, sur la page de contact d’AM. Et il n’arrive pas à appuyer, parce qu’il n’a aucune idée de ce qu’il va dire, de comment il va réagir quand il entendra la voix d’AM à l’autre bout du fil, de comment la conversation pourra tourner. Et il finit par éteindre complètement son téléphone, parce qu’il en a marre, marre de réfléchir, marre de recevoir tous ces messages. Et il dort peu, et horriblement mal. Il n’a jamais eu autant besoin d’AM, ne serait-ce que du son de sa voix.

Et pendant ce temps, AM regarde toute la soirée électorale depuis chez lui. Il a sorti son téléphone au moment du discours de BH, mais il ne l’a même pas allumé. Et il le garde dans la main toute la soirée. De toute façon, lui l’éloquent, lui le bavard de toujours, il ne saurait pas quoi lui dire. Il finit par s’endormir sur la canapé, cauchemarde et se réveille à l’aube avec une douleur carabinée dans les cervicales. Il n’a jamais eu autant besoin de BH, ne serait-ce que de ses étreintes.

  • Wassim : Tu me plais et tu me manques..
  • Moi : C'est trop simple de me dire ça après 5 mois de silence radio, c'est trop facile de revenir comme une fleur et me dire ce que je veux entendre au fond de moi...
  • Mais oublie moi, oublie nos ballades en bords de mer, oublie nos conversations tard le soir, oublie le contact de ma main dans la tienne, oublie la façon dont je te regardais, oublie tout ça.
  • Parce qu'en voulant me manipuler, tu m'as perdu Wassim...
  • Putain, je tuerais pour que vous les gars vous compreniez que vos actions et mots sont parfois blessant... Et que malheureusement, à force de déceptions, d'avoir été blessée, je ne peux que me refermer...
  • Tu sais, je sens mon cœur se refermer au fur et à mesure que le temps passe, je sens mon caractère devenir insensible face aux autres... Je me lasse de plus en plus des gens à la moindre déception...
  • Je me sens devenir une machine peu à peu, je sens mon cœur durcir à vu d'œil...
Nous avons quitté la mer.

elle est là, son corps est contre le votre.
votre main est dans la sienne. vous ne vous regardez pas. ses yeux, vous ne les voyez pas. elle regarde la mer, elle le fait toujours.
elle tremble.
vous sentez son cœur battre avec le votre. vous ne dîtes rien, vous regardez vous aussi la mer.
deux vagues s'unissent et meurent un même temps.
vous entendrez le cri des mouettes, parfois. sinon rien. toujours votre peau contre la sienne, le silence et le bruit de vos cœurs mélangé à celui de la mer. vous essayez de vous rappelez de ses yeux, ils étaient bleus, ou gris. vous ne vous en souvenez plus, mais son regard vous vous en rappelez. vous lui demanderez si elle vous aime. elle ne répondra pas. vous lui direz que vous l'aimez, qu'elle est la plus belle femme du Monde. elle ne vous croira pas, mais ne dira rien. vous ne le saurez jamais. elle se tait.
silence.

elle s'est endormie dans vos bras. vous regardez son corps. ses bras fins, ses jambes longues, fines. sa poitrine que vous aimez tant. elle murmure dans son sommeil. mais vous n'entendrez rien de ce qu'elle rêve.
le coucher de soleil est là, vous regardez les couleurs se peindre sur sa peau. le bruit de la mer la berce. elle ne se réveille pas. vous la regardez, et vous la serrez un peu. pas trop fort, vous avez peur de la briser. vous toucherez ses cheveux, ils sont noirs, elle frissonnera à ce moment-là, mais ne se réveillera pas. vous la porterez jusque chez vous.
bruit des vagues.

vous êtes dans la chambre, assis dans le noir. vous la contemplez. vous êtes fasciné par ce corps étendu dans ces draps blancs. vous entendez sa respiration. elle doit être dans la partie profonde du sommeil. vous vous levez, et vous frôlez sa peau avec vos doigts, son corps réagit. vous vous endormez avec elle, lentement. vous écoutez, au loin, le bruit des vagues et le silence de la nuit.
toujours la nuit. elle est réveillée, vous sentez son corps se mouvoir. vous ouvrez vos yeux. elle vous demandera l'heure. vous lui direz qu'il est minuit. elle ne répondra pas. elle regardera le mur. vous ne parlez pas. vous attendez qu'elle parle, vous attendez le timbre de sa voix. quelques minutes passent. elle ouvre la bouche, la referme, puis la réouvre. elle dit:

- Nous avons quitté la mer.

vous lui demandez de vous racontez sa vie. elle dira qu'elle ne connaît pas l'histoire de sa vie. qu'elle n'a pas assez vécu pour pouvoir dire qu'elle l'a fait. elle sourit. vous regardez sa bouche, puis le creux de son cou, vous vous approchez d'elle. elle ne tressaillira pas, ses yeux regarderont votre main qui se déposera sur ce creux que vous désirez tant. vous l'embrasserez, ses yeux se fermeront. un goût salé se déposera sur vos lèvres.
elle pleure. vous arrêtez le baiser, et vous lui demandez pourquoi.
je veux voir la mer, répondra-t-elle.
elle marquera une pause de quelques secondes, puis ajoutera que c'est à cet endroit qu'elle peut vous aimer.
silence.
elle écoute la voix de la mer cogner contre le mur, vous écoutez avec elle.

elle est dans un coin sombre de la pièce, vous ne la voyez plus. vous pourrez apercevoir, parfois, ses yeux.
elle ne parle pas. jamais elle ne parlera. elle s'est endormie. vous sortez, la laissant là, seule. vous rejoignez cette mer qu'elle aime tant pour pouvoir l'aimer encore plus.

A quels moments les souvenirs cessent-ils de blesser?
A partir de quel moment cessent-ils d'être des lames qui cisaillent les mollets?
Quand les disparus cessent-ils d'être une pensée douloureuse pour devenir une pensée calme?
A quel moment peut-on rouvrir un album de photos sans éclater en sanglots, une boîte à musique sans la refermer aussitôt?
Combien de temps cela exige-t-il? Y a-t-il une règle? Une moyenne?
— 

Philippe Besson

Une bonne raison de se tuer.

Le jour s’enroule sur lui-même comme un serpent ; il s’ouvre d’abord, deux grands battants amers, d’un coup sec et tapant contre le mur, et déroule ses couloirs de café, coursives d’habitudes et judas d’imprévu. Il se referme sur sa queue, doucement, doucement sans faire de bruit dans le feutre du soir, toujours le même qu’hier, ayant circonvolé autour de la même proie indéfinie que la veille et le lendemain. De la couette à la couette.

Quand j'étais plus petite, j'avais une démarche dynamique
Je marchais la tête droite, et je croisais le regard des gens ; souvent, on se souriait, rapidement, le temps de se croiser. J'avais le sentiment de partager l'espace, d'échanger un signe de reconnaissance entre membres d'une même société qui se respectent spontanément, c'était grisant de se promener en ville. Et puis je suis devenue une jeune femme dans une grande ville, j'ai entendu mes premiers “hé mademoiselle”, j'ai été suivie de façon un peu insistante par des types dont je venais à peine de croiser le regard, et j'ai commencé à changer, sans trop m'en rendre compte au début, je m'adaptais progressivement : je marchais la tête moins haute, je repérais du coin de l'oeil les hommes seuls ou en groupes pour ne surtout pas lever les yeux sur eux, je ne souriais plus qu'aux personnes âgées, aux femmes, et aux hommes à poussettes. D'ailleurs, j'aurais dû m'en souvenir : on m'avait bien dit qu'il fallait éviter de sourire aux hommes, ils peuvent interpréter ça comme une invitation.

Les deux exhibitionnistes que j'ai vus quand j'étais plus jeune, je ne les ai même pas comptés, ils étaient des “anormaux”, des “malades”. Mais bon… c'est bizarre que la très grande majorité des filles que je connais ont déjà vu des exhibitionnistes, et que tous les exhibitionnistes dont j'ai jamais entendu parler soient des hommes.

Un jour, pour un projet pendant mes études, je me suis retrouvée entre un boulevard routier et une voie ferrée, pas maquillée, les cheveux en queue de cheval basse brouillonne, avec des vieilles baskets, un jean crasseux sans contour, un pull informe que mon père avait porté vingt ans avant, une sacoche d'ordinateur portable, un appareil photo, et un petit bloc-note. En l'espace d'une demi-heure de boulot à photographier et prendre des notes, deux hommes ont arrêté leur voiture pour me demander combien je prenais pour une fellation. J'ai commencé à comprendre que ma tenue ou mon humeur n'étaient pas pour grand-chose dans mes mésaventures urbaines. Mais je suis quand même devenue de moins bonne humeur dans la rue.

Ça a continué, et ça ne s'améliore pas : parfois on me dit bonjour, et si je commets l'erreur de répondre “bonjour” (oui, c'est toujours une erreur, puisque, rappelons-le, c'est ma faute), que ce soit avec un sourire ou du bout des lèvres, sans jamais m'arrêter, on peut me suivre sur plusieurs dizaines de mètres en me faisant des avances. Si je ne réponds rien, on peut se montrer agressif et menaçant, et parfois on me suit aussi sur quelques mètres. Je dis “on” parce que c'est personne, c'est jamais le même, mais bien sûr, je pourrais dire “il”, parce que ce sont toujours des hommes. C'est leur seul point commun, d'ailleurs, des hommes de tous âges, toutes origines, tous physiques, se retrouvent dans une belle unité pour marquer leur pouvoir sur les femmes. 

Une fois dans le métro, l'affluence était tellement importante que je me suis trouvée pressée entre deux cloisons et deux personnes, en essayant de jouer du coude car le type à côté de moi se collait contre moi par à-coups de manière vraiment gênante, ce que ne justifiait quand même pas l'affluence importante. A l'arrêt, au moment où les portes se sont ouvertes à côté de moi, j'ai senti un truc chaud sur ma jambe, et j'ai levé les yeux vers l'homme qui avait la main sur sa braguette et commençait à la refermer, j'ai commencé à dire, hallucinée : “mais… mais il me pisse dessus ce… salaud…” et puis j'ai regardé à nouveau ma jambe et j'ai vu que c'était visqueux et blanc, et le type était en train de quitter la rame et partir très vite. Je suis sortie de la rame sous le choc, le type avait déjà disparu, je suis restée plantée là et j'ai commencé à pleurer. Pendant le reste de mon trajet, j'ai continué à pleurer, et plusieurs personnes se sont approchées de moi pour me demander ce qui n'allait pas, je n'ai pas réussi à dire ce qui m'était arrivée, j'avais trop honte, je leur ai juste dit “ce n'est pas grave, j'irai mieux un peu plus tard”. J'ai pleuré jusqu'à l'appartement de l'amie que je venais voir, et quand elle a ouvert la porte j'ai réussi à lui ai dire qu'on m'avait éjaculé dessus, et est-ce que je pouvais prendre une douche ? Pendant six mois après, j'ai inconsciemment évité de prendre le métro, je me disais qu'il faisait beau, et que là où j'allais ne prenait qu'une heure en vélib, ou que je ne mettrais que deux ou trois heures pour rentrer à pied, autant profiter du beau temps, et puis une ou deux fois j'ai dû prendre le métro pour rester avec mon groupe, et je commençais doucement à entrer dans un début de panique (trépidation, sueurs, nausée, respiration accélérée, vision qui se rétrécit), mélangée à une paranoïa épuisante (qui m'entoure ? hommes ou femmes ? où sont leurs mains ? comment sont-ils positionnés ? ils ont bougé, là ? et là ? et là ?). A la fin, je suis allée voir une psychothérapeute comportementale, et en deux séances j'ai été capable de reprendre une vie normale… et les transports en commun. Mais quand j'ai dû déménager, une de mes conditions non négociables a été que je pouvais être près d'une ligne de transport pratique pour mon travail, mais que je ne devais pas être trop loin et obligée de prendre les transports. Il fallait que j'aie d'autres options (pied, vélo…). Pour en revenir au harcèlement “de tous les jours”, il y a autre chose que les “bonjour” : il y a les sifflets, les regards, les expressions faciales, mais souvent, il y a les “compliments”. Et c'est marrant, parce que là encore, quand on en parle aux hommes autour de nous, ils ont l'air de penser qu'on devrait être flattées, que c'est agréable d'être complimentée. Ce qui est marrant, c'est que les harceleurs le pensent aussi. Et pourtant, s'ils faisaient ça pour nous faire plaisir, on pourrait penser que quand on leur montre que ça ne nous fait pas plaisir, ils arrêteraient, non ? Une fois, un type qui m'a fait remarquer, quand je passais devant lui, que j'étais “charmante”, a suivi d'un “et ben même pas un merci ?”. J'étais tellement outrée que je me suis retournée vers lui pour l'apostropher :“Et puis quoi encore ? Mais vous vous prenez pour qui ?” Il a eu l'air surpris et gêné, il a détourné le regard, et je suis partie.

Une autre fois, un type m'a arrêtée gentiment pour me dire qu'il appréciait mon style. J'ai dit “merci” et j'ai voulu continuer. Mais il a enchaîné une bonne minute, jusqu'à ce que lui dise que j'allais partir. Il m'a dit qu'il n'avait pas fini. Je lui ai demandé si c'était encore sur moi qu'il avait des trucs à dire, il a dit oui, alors je lui ai dit que ça ne m'intéressait pas, et je me suis à nouveau tournée pour partir. Il a commencé à se fâcher et à me demander de le laisser s'exprimer. Incrédule, je lui ai dit que je ne lui devais rien, et que j'avais parfaitement le droit de ne pas l'écouter. Il a insisté encore plus fermement pour que je continue à l'écouter, je lui ai dit que je regrettais de m'être même arrêtée et que je n'avais pas du tout envie de rester, et qu'encore une fois, je ne lui devais rien, je voulais juste rentrer chez moi. J'ai poursuivi mon chemin d'un bon pas sur quelques mètres et j'ai senti quelqu'un courir derrière moi, je me suis retournée, complètement affolée, et encore plus quand j'ai vu que c'était bien lui qui venait de courir et qui arrivait juste à ma hauteur. Il m'a attrapé le bras en me disant qu'il n'avait pas fini, je lui ai dit bien fort, en me dégageant : “ça va pas la tête, d'abord on ne court pas après une fille seule la nuit, ça fait hyper peur !”. Il m'a regardée, il m'a frappée au visage, et il est parti en marmonnant “elle est folle, celle-là”. J'ai encore du mal à en revenir, pas du coup, même si c'est bien humiliant et que je regrette de ne pas avoir eu la force, le courage et la rage de le lui retourner sur le moment, mais du manque de recul de ce type tellement sûr de son bon droit et du fait que c'était moi, dont le comportement était anormal.

Le harcèlement de rue, c'est tous les jours où je marche plus de dix minutes, et même certains des rares jours où je ne sors quasiment pas.

Aujourd'hui, j'ai une démarche pressée, je marche la tête butée, et j'ai le regard prudent. Je ne souris plus beaucoup aux inconnues. Je suis une jeune femme dans une grande ville.

Mais je veux finir sur une note positive : j'en parle autour de moi, j'en parle avec mes copines, j'en parle avec mes collègues, on échange nos expériences (on en a toutes à la pelle, bien sûr), et on se serre les coudes. On ne change pas le monde, mais une collègue m'a dit récemment que ça lui faisait vraiment du bien qu'on ait parlé de certains comportements de harcèlement, qu'elle se sent plus prête à ne pas laisser faire sans rien dire maintenant qu'elle comprend que c'est anormal, que c'est calculé, qu'elle a droit de faire confiance à son jugement et d'établir ses limites. Elle se sent moins vulnérable, moins seule, elle sait qu'au moins nous la croirons. Et je suis sacrément fière, et sacrément touchée, qu'entre filles on puisse ensemble commencer à surmonter ça.

criquetcoi
C'était il y a au moins 40 ans à Paris. Ma mère était dans le métro en train de marcher le nez sur les panneaux. Soudainement un homme se poste devant elle et ouvre brutalement son manteau.
Il était tout nu.
Ma mère, qui ne se laisse pas démonter, pose son regard sur la zigounette pendante, pouffe de rire et lui réplique :
- C'est quoi ça ? C'est tout ce que vous avez à montrer ?!
Le malotru rougit, referme précipitamment son manteau et détale comme un lapin !
Même si c'était pas un compte de fée, meuf j'ai créé le carosse, j'ai créé le conte, jai ecrit les pages, j'ai jamais mis de points, j'ai gommer, pour réécrire des plus belles lignes par moment. Mais je l'ai rempli . Et c'est moi qui est du mettre le point . Alors que c'était moi qui avait inventer l'histoire . Jai du refermer le livre . C'est affreux
Si un jour tu ressens le besoin de me parler à nouveau, même après très longtemps. Si tu ressens comme si tu devrais clarifier quelque chose. Comme si il y avait un truc que je devrais savoir. Ou si tu as juste besoin de dire quelque chose. Envoie moi un message. Je te promet d'y répondre, peut-être pas tout de suite, mais je te répondrais probablement. Parce que si tu me connais ne serait ce qu'un petit peu, tu sais que je suis ce genre de personne. J'ai essayé de te détester mais ça marcher pas, j'ai jamais réussi, alors j'ai essayé de t'oublier mais ça ne marchait pas non plus. La seule chose qui me restait à faire c'était d'accepter que je n'avais aucun contrôle là dessus. Que j'avancerais à mon rythme. Que j'avais besoin de temps. accepter qu'une partie de moi se soucierais toujours de toi. Et qu'il fallait arrêter de mettre tous ça de côté, et tout ressentir pleinement, puis laisser le temps passer par là. Et c'était peut-être ça mon problème je voulais que tout s'arrête d'un coup alors que je savais que ce n'était pas possible. Et c'est étrange cette sensation que j'ai à chaque fois que je met des mots sur ce que je ressens. C'est comme si en écrivant tous ça, ça ne m'appartenais plus, ça rend mon cœur à chaque fois un peu plus léger. Depuis que je t'ai rencontré je crois que je fais ça, j'arrête de laisser les chose à l'intérieur de moi, et je les laisse juste sortir. Tu as ouvert une porte que je n'ai plus jamais réussi à refermer. Et je sais que ce n'est pas complétement grâce à toi, t'étais une pièce du puzzle parmi tant d'autre. Mais tu es celle qui m'a fait comprendre que j'étais la dernière pièce. Tu m'as tendu le flambeau  mais c'est moi qui l'ai allumé. Tu ne m'aimer pas, mais je pense que tu te soucier de moi j'avais de l'importance pour toi, même si je sais pas vraiment pourquoi alors même si j'en ai plus pour toi, t'en auras toujours pour moi, et c'est probablement pour ça que si un jour tu as besoin de quoi que se soit je ne te claquerais pas la porte.
Constat #1

…Je me sens bizarrement pas au bon endroit au bon moment… J’ai l’impression d’être dans le mauvais corps, de faire des choses que je ne devrais pas faire, dans un état physique que je ne devrais pas avoir. Je me sens juste, pas moi. Je me sens tellement vide en ce moment, et seul, vraiment très seul, pourtant j’ai des personnes fabuleuses sur qui compter mais…Mais je ne veux pas les déranger, encore, je retombe au point où j’étais la dernière fois, je suis encore en train de me refermer sur moi même, je le ressens même si je n’ai pas envie que ça recommence… C’est vraiment dur en ce moment, c’est lourd et pesant. J’aimerais de l’aide mais j’aimerais aussi m’en sortir seul, sans personne et montrer aux gens que je peux être plus fort que ça, alors que je ne le suis pas. Je suis qu’une personne faible et nulle, je suis capable de rien faire à part me plaindre et faire souffrir mon entourage parce que je suis bête et con, excusez moi…