ratures

Le talent n'est qu'une aptitude qui se développe. On peut en acquérir deux ou trois fois plus qu'on en a. “J'apprends tous les jours à écrire”, disait Buffon, qui ajoutait, d'ailleurs, ce mot si vrai : “Le génie n'est qu'une longue patience.”
Qui a travaillé plus sa forme que Boileau ? Et il n'était pas le seul à faire difficilement des vers faciles. La Fontaine n'a atteint le naturel qu'en refaisant près de dix fois la même fable. Taine, qui a feuilleté ses manuscrits à la Bibliothèque nationale, était épouvanté de les voir noircis de ratures. La Bruyère n'a publié qu'un livre qui est parfait. Pascal est le dernier mot de la netteté condensée, qu'on ne réalise que par le labeur.
Montesquieu se raturait sans cesse. Chateaubriand nous apprend qu'il a refait jusqu'à dix fois la même page. Buffon recopia dix-huit fois ses Époques de la nature. Flaubert, on le sait, s'est tué à la peine. Pascal nous dit qu'il a refait jusqu'à quinze fois certaines Provinciales.
Si tous nos classiques avaient raconté leurs procédés de composition, on verrait que Flaubert n'a pas été le seul à lutter contre les tortures de la phrase. Le style de la plupart des grands prosateurs sent le travail. Le travail est visible dans Boileau, Montesquieu, Buffon. Il n'y a guère que La Fontaine qui échappe à cette loi et chez qui le travail ne se sente pas. Or, c'est précisément celui qui a le plus travaillé !
Le principe de l'effort au travail, du continuel raturage est donc indiscutable. Il faut l'adopter a priori, aveuglément.
—  Comment on devient Écrivain. Antoine Albalat
6

Where am I from? I come from my childhood. I come from childhood as from a homeland. (x)

Une correspondance partie en fumée.

Ce soir-là, j'ai brûlé nos lettres et notre amour avec.

J'entendais encore le feu déchiffrer ton prénom avant de le réduire en cendres. Il m'arrivait parfois de recevoir à la gueule de vieux « je t'aime ». Le feu crépite tandis que moi, mon cœur vacille. Dans cette cheminée pleine de souvenirs, de cendres, et de poussières, je t'ai cherché. J'ai retourné cette terre noire à la recherche de tes « bonsoir ». Je la sentais s'effriter sous mes doigts maintenant sales, et j'avais cette impression de te perdre encore une fois. Je me vois à nouveau quelques heures plus tôt, noyer tes lettres et tes mots par quelques larmes au goût amer. Ton encre emportant tout, dérivant sur ton écriture, mélangeant ton discours et tes excuses, tes poèmes et tes ratures. J'ai encore ton prénom sur le bout des lèvres et tes mots rayés, déchirés, bousillés, cramés, mais que je n'arrive pas à oublier, en vrac dans ma tête. Comme si j'essayais de rassembler ces phrases, qui s'étaient mélangées la veille dans cet océan d'encre et ce nuage de fumée. Les braises de « nous » dansaient chaque nuit, et il m'arrivait parfois d'apercevoir ton visage ou ton sourire. La flamme que j'ai pour toi attise mon cœur. Le flambe. L'incendie. Et j'le sens tous les jours un peu plus mourir.

Un soir tu sais, j'ai mis l'feu à nos lettres, ton existence, notre amour et tes « adieux ».
Et j'crois bien, que je me suis brûlée avec.

3

Only a half naked truth, suitable for the small hours.

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Li-tee-rature ©

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Peu à peu je comprends ce que je veux écrire. Peau à peau le geste prend forme et m’enseigne à lâcher prise. Ma main contre ton corps, je songe que la peau et le papier sont aussi fragiles, que les deux absorbent ce qu’on y imprime et que te parcourir ressemble à écrire. L’un et l’autre se font religieusement, dans le silence et dans le dialogue, et aboutissent au même résultat qui est la création. C’est ce que je me dis lorsqu’au matin, quand il est si tôt encore, je pose mes mains sur mon corps et y sens toujours les tiennes ; et quand j’y regarde de plus près, j'aperçois ton ombre qui m’effleure inlassablement. Le papier comme la peau ont une mémoire, et tous deux sont faits pour transmettre. Héritage d’encre ou de caresses, de ratures ou de coups, de plis ou de rides. Toujours ai-je pensé qu’aimer écrire était aimer l’autre, que prendre un stylo était tendre la main, que les gestes étaient les mêmes, les effets similaires…