randonnée

Vendredi 17 février

Heureusement que c’est bientôt la rentrée.

Oui. Oui, lecteur, ne frotte pas tes petits yeux, tu as bien lu et ça risque de les rendre tout rouge, il y a des moments où je suis content de redevenir enseignant. Parce que, lorsqu’un prof est en vacances, il y a tout un tas de petits travers qui ressortent et ne disparaissent qu’après trois bonnes semaines de coupure (donc jamais durant les “petites” vacances).


Travers numéro 1 : M. et Mme Colèrejaihorreurdesenfants ont une fille, et elle s’appelle Hortense

C’est triste mais c’est comme ça. Si tu croises un groupe de gamins en gilets jaunes qui profitent des congés pour aller faire de la randonnée / à la piscine / confectionner des colliers de nouilles et qu’à quelque pas, tu aperçois un passant dont la tête tourne à 180 degrés tandis que ses yeux se révulsent, il y a une bonne chance que ce soit un prof, dont le blocage mental “pendant les vacances, les mômes n’existent pas” vient de sauter. Si tu reçois un enseignant à dîner, pense à ranger ta progéniture, pour le confort de ton invité et la survie du gosse.


Travers numéro 2 : les choses à ne pas dire

En règle générale, un prof en vacances fera de son mieux pour ne pas parler boulot, histoire de ne pas être assassiné par son entourage. Mais il y a des déclencheurs contre lesquels on ne peut rien, et qui transformeront ce vacancier lambda en pédago acharné, te détaillant par le menu le moindre aspect de son métier et t’empêchant de te déplacer jusqu’à la fin de la conversation. On peut lister parmi lesdits déclencheurs :

- Les discours des candidats à la présidentielle sur l’éducation.
- “Ah ah, alors les profs, encore en vacances ?”
- “Ah, toi aussi t’es prof ? Oui, comme moi, mais moi, j’enseigne dans un bahut VRAIMENT difficile.”
- “Rah boulot à la con ! Des fois je t’envie !”
- “Mais… tu n’as pas amené ton cartable avec toi ? Ah ouais, genre t’es vraiment en vacances quoi !”


Travers numéro 3 : la librairie

Si jamais tu mets les pieds dans ce temple de la culture qu’est une librairie accompagné d’un prof, lecteur, soit courageux. Il te faudra prendre des mesures dès que tu entendras quelque chose du genre “Ouah, t’as vu ce rayon pédagogie ?” ou “Ouah, j’ai toujours voulu le faire étudier aux élèves, ce bouquin là !” Dans ce cas là, je te conseille un rapide coup sur la nuque, ou un prétexte bidon (Il y a le feu à ta grand-mère cardiaque que tu as laissé sur le rebord de l’escalier de la douche de ton chat diabétique ou un truc du genre) sous peine de te voir transformé en adjoint de préparation d’une séquence pédagogique qui révolutionnera le monde de l’éducation.


Travers numéro 4 : le domaine d’expertise

Forcément, deux semaines sans exercer dans la matière que l’on connaît, ça fait long. Du coup, autant ça peut être pénible au quotidien, autant, avec un peu d’ingéniosité, tu pourras te servir de leur frustration pour :
- qu’ils te rappellent quel est l’infinitif du verbe dans la formule “ci-gît” (et non, ce n’est pas gire). 
- qu’ils te préparent ton prochain voyage à l’autre bout du monde (pour des résultats optimaux, réunir un prof d’Histoire-Géo, d’Éco-gestion, de Droit, et une infirmière scolaire).
- qu’ils transforment ton poussif PC en une machine qui renverrait Skynet au rang de calculatrice Casio Collège.
- qu’ils te mettent au courant des futures séries à voir, et qui n’ont pas encore été diffusées sur les chaînes françaises.


Mais je te rassure, lecteur, bientôt les cours reprendront, et les profs redeviendront des êtres humains presque comme les autres.

Il faut libérer les enfants de l’inanité de leur condition actuelle, embrigadés dès le berceau dans une entreprise de robotisation massive qui leur lessive le cerveau, les prive d’espace, de respiration, de joie, d’enthousiasme et les transforment  peu à peu en néo-barbares vulgaires, névrosés, vains et prétentieux … Pour leur survie, pour leur bien-être, leur développement et leur épanouissement il faut fermer les écoles et les envoyer à la campagne profiter des bienfaits d’un néo-scoutisme ludique et hédoniste, où, entre jeux de piste, randonnées, cueillette, veillées et récits autour du feu, ils apprendront bien davantage – et bien plus utile ! - qu’en des années d’asservissement scolaire passé entre laideur du béton et médiocrité des enseignants… Il faut les emmener au cœur des forêts, sur les chemins de montagne, au bord des ruisseaux et des torrents, il faut leur gonfler le cœur et l’âme du grand air des terres de France… Il faut les laisser se perdre, s’écorcher les genoux, voler des pommes et faire la sieste dans les clairières… Il faut les laisser jouer, rire, chanter et se battre… Ainsi, peut-être, deviendront-ils un jour des hommes dont cette terre n’aura plus à rougir… 

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