quais de la seine

© Édouard Boubat, Seguis et Lella, quai de la Seine, 1947

Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,
Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;
Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants
Dans l’épaisseur de ta crinière lourde ;

Dans tes jupons remplis de ton parfum
Ensevelir ma tête endolorie,
Et respirer, comme une fleur flétrie,
Le doux relent de mon amour défunt.

Je veux dormir ! dormir plutôt que vivre !
Dans un sommeil aussi doux que la mort [11],
J’étalerai mes baisers sans remord
Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l’abîme de ta couche ;
L’oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers.

À mon destin, désormais mon délice,
J’obéirai comme un prédestiné ;
Martyr docile, innocent condamné,
Dont la ferveur attise le supplice,

Je sucerai, pour noyer ma rancœur,
Le népenthès et la bonne ciguë
Aux bouts charmants de cette gorge aiguë
Qui n’a jamais emprisonné de cœur.

© Charles BAUDELAIRE – Le Léthé, Les Fleurs du Mal, 1857

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Eugène Galien-Laloue (1854–1941, France)

Street scenes

Galien-Laloue was a French landscape artist of the Belle Époque. He was a populariser of street scenes, usually painted in autumn or winter, and his work has left us some of the most vivid depictions of everyday Paris, populated by shoppers, horse-drawn carriages, trolley cars and omnibuses.

02:04

Luna
Minuit bien tassés au fond d'ton café froid
Regard lâche
Sourire blues et dents qui claquent
Luna
“Qu'est ce que j'vais faire de moi”
“Putain”
“Qu'est ce que j'vais faire de moi”
Écrivaine à la con
Chanteuse de blues
Artiste ratée
Puis j'ai vraiment une gueule à vivre sage dans la limite de c'qui m'est imposé ?
Luna
Tu t'rappelles quand tu m'disais
“Moi j'veux voyager aux quatre coins d'l'inconscient plonger dans un mirage et m'noyer au coeur du passionnant
J'veux quelque chose qui retourne la tête
Qui absorbe les cauchemars
Donne la putain d'illusion d'être plus grand
Et j'te veux toi, comme drogue quotidienne”
Mais Luna
Toi t'es l'genre de gosse qui la tête dans les nuages creuse déjà sa tombe
Tout c'qui t'arrives de bien tu l'démontes
Luna
“J'suis une enfant de la haine”
Et du suicide des quais de Seine sous tes paupières
Tu r'grettes
D'pas pouvoir
D'pas savoir
D'pas comprendre
Comment décrocher d'c'qui t'fout en l'air.
“J'suis une enfant de la haine qui aime dans tout c'bordel, quand tu souris au soleil et qu'ca m'donne envie, ouais. Qu'ça m'donne envie d'renaitre.”
Luna
Minuit bien tassés au fond de ton café froid
J'ai b'soin d'elle pour qu'la nuit s'accomplisse
J'ai b'soin qu'tu reviennes
Qu'on redevienne
L'soupçon d'espoir noyé dans un shot
Le poing qui s'lève parmi les corps qui tombent
Le plus fort du Monde
(((S'il te plait, m'laisse pas seule dans les décombres)))