prisonnier politique

J’apprends que le copain d’une amie d’enfance, âgé d’à peine 20 ans, est actuellement emprisonné, et est bien parti pour subir, au minimum, une peine de 5 ans (de “préventive”, soi-disant). Son crime ? Il fait partie d’un syndicat étudiant, et son adn a été retrouvé (parmi une quarantaine d’autres) sur un tissu qui a servi à fabriquer des banderoles et un cocktail molotov.
Cela vous parait un peu faible, comme justification ? Vous êtes surpris ? Pas nous. En Corse, nous avons l’habitude que nos enfants soient emprisonnés sans preuve ni accusation solide. En général, ils finissent par être libérés et innocentés… Mais au bout des cinq années de préventives, minimum.

La préventive, c’est ce qui donne à la France l’image d’une dictature fasciste, un peu partout dans le monde (oui, c’est vraiment comme ça que vous êtes perçu, et c’est mérité). L’Union Européenne vous a demandé d’arrêter ça, tout comme à peu près toutes les ONG du monde, le rapporteur international, etc. Mais vous persistez à vous en servir comme un bonus : avec la préventive, le gouvernement français a le DROIT d’emprisonner n’importe quel opposant politique. Et il en abuse.

En Corse, les policiers, militaires et CRS ne nous protègent pas : ils nous surveillent. De temps en temps, ils nous arrêtent, nous passent à tabac, nous blessent grièvement… Selon la fantaisie du moment. C’est une force d’occupation.
Avec un soldat armé et entraîné pour 3 habitants, la Corse est envahie par cette force d’occupation. Si un jour il vient l’idée à l’armée française de faire “un grand ménage” (comme elle a déjà voulu le faire par le passé), le génocide de mon peuple serait achevé en une nuit.
Je n’accuse par le gouvernement français de préparer un tel acte, mais il en a le pouvoir. AUCUN état ne devrait détenir un tel pouvoir.

Quand bien même, par miracle, le jeune homme dont le sort me préoccupe aujourd’hui finissait par être libéré avant la fin de sa préventive, le mal est déjà fait : il ne pourra pas passer ses examens, sa famille est détruite, la maison familiale vendue pour payer des frais d’avocat vains, et il demeurera fiché S jusqu’à la fin de ses jours… Sans parler du phénomène de “radicalisation” : l’état français vient de transformer un simple étudiant éclairé en un ennemi éternel.
En plus, la prison de Borgo n’est pas un endroit très agréable : parmi les conditions d’incarcération déplorables (on rappelle que la France est l’un des pires pays d’Europe, à ce niveau là), l’administration pénitenciaire prend un malin plaisir à racketer les détenus. En effet, les pensionnaires ne sont pas nourris, et doivent eux-même acheter leur nourriture (qui coûte entre 5 et 10 fois plus cher qu’à l’extérieur). Le jeune dont je parle aujourd’hui est resté plusieurs semaines sans manger, car l’administration de la prison n’avait pas versé sur son compte le chèque de sa mère… Heureusement, les autres prisonniers se sont organisés pour lui donner un peu de leurs parts (en Corse, les prisonniers sont plus humains que les juges).

Français, si vous êtes touchés par les injustices qui ont lieu à l’autre bout du monde, il serait hypocrite de votre part de fermer les yeux sur ce qu’il se passe dans vos propres colonies. Manifestez, soutenez, faites du bruit, donnez aux associations qui aident les familles des prisonniers politiques… Exigez de vos élus que ces horreurs cessent.

(Et arrêtez de vous étonner quand on vote pour les indépendantistes. Il n’y a que les français du continent pour être assez cons pour voter contre leurs propres intérêts.)