plissed

2

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

Okay. Latest chapter, Chapter 11(mag)/8(vol), just came out and I AM SO CONFUSED. 

At first, I thought Yuiji sent the text and Kyousuke just picked up his phone and looked at it, but I was reminded that Yamato is listed as “Yamato” on Yuiji’s phone. So. That’s Kyousuke’s phone. and. Kyousuke. Sent the text. Why would he do that??

It would be just way too weird plot wise, if Kyousuke just turned out to be secretly in the closet and also reallyyy weird if Kyousuke is just doing something really mean by messing with Yamato’s feelings.

The best thing a friend and I came up with was that Kyousuke was just using casual speech?? Like, I know in English, some people say things like, “yo, my friend, let’s go on a date” or aka “yo, friend, let’s meet up.” And that would fit Kyousuke’s personality, but would that be it? But that seems like a really lame way to generate confusion on Yamato’s side, and I wouldn’t really expect that from sensei?

Another reason: the translator just mistranslated “let’s hang out” into “date”, but that also seems like a weirdly important thing to mistranslate. 

I know the Koimonogatari fandom on this site is like the size of a grain of sand, but if you guys have any ideas of why Kyousuke sent that text, please tell me?? because i dont think i can handle waiting one month for the next chapter to figure out what THAT LAST PAGE MEANS

homuramsmm  asked:

Hola me preguntaba si podía abrazar a Love y darle un libro de terror a Have? pliss (si es posible dibujame pero si no puedes lo entiendo) por cierto me encanta tu arte es tan lindo

You know what that pizza talk remind me of? That time we see the boy squad talking in the canteen.

‘The girl had LEGIT a cat tongue’

‘I swear she didn’t have a clitoris’

‘How do you know she didn’t have one?’

‘I saw it’

‘You go down on chicks?’

‘He hit me in the g-spot’

‘But isn’t the g-spot down?’

‘I thought it was in the anus’

‘That is on guys tho’

anonymous asked:

Moxbox97 Pliis Contestame!!!! Bien esta es la pregunta: Para Bendy: Me odias?! TTmTT Yo solo soy tu fan y no quiero hacerte nada más que me firmes la camisa o me dejes la cara mancahada de TINTA... Pliss Moxbox97... PLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIISSSSSSSSSSSS!!!!!!

eeeehhh…

Rouky et des satanées broutilles

Perché sur le talus, ses petites oreilles baissées, à l’affût, il me regarde passer, relève le museau pour humer l’air, puis traverse sur le passage piéton comme s’il en était un ordinaire.

Des mois qu’il est là, fidèle au poste, chaque fois que je sors du hameau. Le jour, aucune trace de ses moustaches. Dès la tombée de la nuit, il attend sur le talus. Pour quelle mystérieuse raison il croit bon de traverser sur le passage piéton ; pourquoi toujours après la voiture, il pourrait s’y risquer avant ; pourquoi dans ce sens et pas dans l’autre, autant de questions qui m’occupent et dont je n’aurai jamais les réponses puisque malgré mes tentatives d’entamer le dialogue avec lui, sa plus notable réaction fut de me fixer intensément, d’uriner sur un pissenlit et de repartir la tête dressée, plus fier que jamais.

Ce renard s’appelle Rouky.

La première fois que j’ai vu Rouky, je téléphonais au volant, faute grave s’il en est, et j’ai failli l’écraser. C’était en septembre 2016, j’ai écrabouillé mes freins et laissé une longue trace noire sur le bitume tout en balançant le portable aléatoirement sur les sièges arrière et une bordée d’injures adressées à l’animal et au Dieu auquel je ne crois pas. Le frisson qui me parcourait l’échine, l’adrénaline qui me traversait les veines, la frayeur qui m’avait secouée : j’étais une pitoyable loque accrochée fermement à son volant au cas où la voiture déciderait de reprendre la route toute seule. Devant moi, Rouky le renard, plissant les yeux dans l’aveuglement des phares, m’avait regardée longuement, puis il s’était assis sur la route lentement, paisiblement, un Dalaï Lama des forêts, imperturbable de zénitude, ce salaud, alors que j’essuyais mes dix litres de sueur et que je vérifiais si, dans la panique, je n’avais pas déféqué sur mon siège.

Un long échange de regards, je descendis ma vitre : « Tu comptes rester là longtemps ? » lui avais-je demandé – aucune réponse hormis un sautillement de l’oreille gauche. « Je peux t’appeler Rouky ? » ; pas plus de répartie. J’avais allumé une cigarette, il avait humé l’air, décrété qu’il m’avait suffisamment fait attendre et avait daigné bouger son séant jusqu’au bord de la route.

Depuis cette première rencontre, je savais désormais qu’il était là – et je pensais d’ailleurs, sans le confier à personne, de crainte d’être moquée, que tel avait été son but premier : me faire savoir qu’il était là

Là, c’est la route du CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation) qui, comme son nom l’indique et ne l’indique pas, accueille mais n’oriente pas du tout les migrant.e.s en provenance de Calais et plus récemment de Grande-Synthe. 

Quand je descends de ma voiture, le petit J. est déjà posté devant moi, les deux poings sur les hanches, le regard sévère : « Il est où, mon bisou ?! » me demande-t-il en tentant de reproduire les sourcils froncés que je lui adresse généralement avec cette même phrase ; ses deux millimètres de sourcils produisent un microscopique V devant lequel je tente de prétendre être terrifiée, avant de lui donner bien vite ledit bisou pour éviter toutes représailles de type attaque de câlins.

Deux heures plus tard, je monte au volant du bus pour conduire des réfugiés voir un match de handball. Le rituel du départ est toujours le même, il y a une liste de prénoms inscrit sur la feuille, il en manque trois, je klaxonne, il y en a cinq en trop, je recompte, il en manque deux, on recompte, plus personne ne comprend rien, on raye des prénoms, on en rajoute d’autres, un enfant est monté derrière le volant, je le fais descendre, il remonte pendant qu’on recompte, il klaxonne, il y a trois personnes qui viennent en plus, je déchire la feuille, on abandonne l’idée de compter et on part avec une demi-heure de retard.

Quelques mètres seulement et ils entament une conversation animée ponctuée de rires, ils se racontent des blagues, ils rient, ils rient, ils rient – je ralentis en passant devant le repère de Rouky, que j'aperçois, perché sur son talus, nous échangeons un regard complice – tout le trajet se fait avec leurs rires, Ja. est à deux doigts de s’étouffer tant il pleure de rire, je ne comprends qu’une phrase sur cent mais je suis heureuse de les voir, pour une fois, autant s’amuser.

Devant le palais des sports, je gare le bus, ils descendent et foncent vers l’entrée. Je croise un journaliste qui m’arrête et me pose des questions sur la manifestation à venir, je ne reste que cinq minutes mais lorsque je tourne la tête, il n’y a plus personne, ils sont déjà tous à l’intérieur. 

Je monte dans les gradins et cherche les réfugiés du regard. Sans les trouver. Après un bon moment, j’aperçois une main qui se lève, A. me fait signe. Il est assis, tout seul. Je m’assois à ses côtés, il me sourit. Je regarde tout autour. « Ça va ? » Il acquiesce et me propose des chips. Je le fixe, dubitative. Je finis par apercevoir Ja. dix rangs plus bas sur la droite, tout seul aussi. Je le rejoins et m’assois à côté de lui. Il me sourit et me tend une pomme. Je refuse, « Ça va ? » Oui, oui, il va « super bien » me dit-il, « on va gagner ! ». Je cligne des yeux trente-cinq fois en silence. Tour d’horizon des gradins, je repère M. tout en haut, même cérémonial, non merci je ne veux pas de jus d’orange, oui il va bien, « tranquille ! ». Après avoir refusé une bière, un morceau de Savane et une autre pomme, je craque au septième, Ak., isolé lui aussi à l’autre bout des gradins. « Mais enfin, pourquoi vous êtes tous assis tout seuls comme ça ? Vous rigoliez comme pas possible y a dix minutes et maintenant vous êtes tous éparpillés, vous vous êtes engueulés ? » Il baisse les yeux, il hésite un peu et finit par murmurer, en anglais : « On sait que c’est compliqué pour vous en ce moment, il y a vos élections pour un nouveau président. Il y a une dame raciste qui peut gagner. » Ak. cherche la suite de sa phrase en tortillant le bout de ses doigts ; pas un seul n’est intact, ils sont marqués de cicatrices, plus ou moins profondes, de récits plus ou moins douloureux à raconter. « Ça n’est pas bon pour vous, poursuit-il enfin. Cette femme, qui peut devenir présidente, elle dit que nous, les réfugiés, on vous envahit. Ça n’est pas bon pour vous, en ce moment, si on nous voit tous ensemble au même endroit. Les gens vont penser qu’on vous envahit vraiment. » 

Un bloc de granit me tombe dans les tripes. Je voudrais trouver quelque chose à dire, d’intelligent, une réaction à avoir, une phrase magnifique dont ma descendance serait fière sur mille ans, mais je n’arrive qu’à fixer mes godasses, pétrie de honte et de colère, en essayant de retenir mes larmes parce que ce n’est pas à moi de pleurer ici. Ak. me prend la main et dit : « On est de quelle couleur ? » en montrant les joueurs de handball sur le terrain. Je relève la tête : « Rouge ».

               *                                              *

« Alors, quoi de neuf aujourd’hui, monsieur Torres ?

— Il fait pas chaud. »

Monsieur Torres a rallumé le chauffage, il a longtemps attendu, il n’allait tout de même pas rallumer le chauffage en avril, mais merde à la fin, il l’a rallumé parce qu’il faisait trop froid. Tandis que je mets de l’ordre dans ses papiers, monsieur Torres rajoute qu’il faisait moins froid l’année dernière à la même époque, ce dont je doute, « c’est le réchauffement climatique, me dit-il, ça fait crever les baleines alors ça viendra même à bout des gras du bide comme moi ! » 

Sur le mur, derrière monsieur Torres et son gros ventre, une photo de lui, jeune, avec sa moustache et son chapeau. Au-dessus, comme un arbre généalogique bancal, un cadre avec une petite photo de son père à gauche, sous laquelle il est écrit Papa, et un autre cadre, à droite, sans photo, portant la simple inscription Mama

Monsieur Torres est né à Pampelune, en 1934. « Je viens de Navarre, vous savez “de France et de Navarre”, eh bien moi je viens de Navarre ! » dit-il comme un refrain. Il était le premier enfant de ses parents, qui sans doute l’aimaient plus que tout. Sans doute. Le premier et le dernier, car ses parents furent assassinés par les phalangistes en 1936. 

Parfois, monsieur Torres leur en veut. « Quand on aime son gosse, on l’élève, on sauve sa peau, on se fait pas tuer pour des broutilles ! » Il serre son poing et plisse ses lèvres de rage ; je grimace sur le mot broutilles. S’ensuit toute une tirade sur la vie atroce qu’il a dû mener, ses souffrances d’enfant, terribles, la solitude qu’il a traînée toute son existence malgré les amis, les collègues, malgré le mariage, malgré les enfants et petits-enfants. Il conclut invariablement ce déversement par une phrase étrange, à l’attention de ses parents : « Qu’ils crèvent ! » Comme si, en les tuant lui-même de ses vœux, de sa propre volonté, leur mort était moins dure ; comme si, pour leur souhaiter de mourir maintenant, il pouvait les faire revivre auparavant, ne serait-ce qu’un instant furtif et imaginaire.

Quelquefois, monsieur Torres s’interroge. « Est-ce que j’ai été un bon père, vous croyez ? » me demande-t-il alors que je lui explique son avis d’impôt foncier. « C’est que, comme j’ai pas eu de modèle, je sais pas », ajoute-t-il devant ma mine décomposée. Je pose mon stylo, ma calculatrice et j’attends la suite. Est-ce qu’il aurait été heureux avec ses parents ? Est-ce qu’ils l’aimaient ? Est-ce qu’il aurait pu faire quelque chose pour empêcher leur mort ? – point sur lequel j’interviens pour rappeler que malgré toute la bonne volonté du monde, à deux ans, il lui aurait été impossible de faire quoi que ce soit pour sauver ses parents ; « Mais peut-être que c’est moi qui ai crié, qui ai pleuré, que c’est moi qui les ai fait repérer, moi qui les ai fait tuer ! » me hurle-t-il alors, avant de détourner le regard pour que je ne voie pas ses yeux mouillés de larmes.

Au bord de la route, près de la maison de monsieur Torres, il y a un élevage de chevaux. Parfois je m’arrête leur caresser le chanfrein en partant de chez lui, pour me vider l’esprit, pour laisser toute cette détresse et cette colère se détacher de moi ; souvent je me demande quelle version est pire, la rage ou la souffrance aveugle. Aucune réponse n'apparaît et aucun cheval pour me venir en aide.

Aujourd’hui, monsieur Torres n’est ni en colère, ni triste, il a simplement froid. Son chauffage, s’il ne voulait pas le rallumer, c’est surtout que le gaz, depuis quelques années, a beaucoup augmenté et qu’il va avoir une grosse facture à payer. Or sa retraite est bien maigre et ne lui permet pas de faire tourner les radiateurs à plein régime. « Heureusement, tout ça va changer ! » me dit-il. J’émets un vague « Ah ? » tout en tentant de déchiffrer l’écriture d’un agent du conseil général sur un mot qui m’est destiné. « Oui, avec madame Le Pen qui va être élue ! » 

Je relève la tête comme un coucou sort de son horloge. 

Monsieur Torres me fixe, dans l’attente d’une validation, comme toujours. Interloquée, je peine à ouvrir la bouche. « Monsieur Torres… vous… votre… vos… Monsieur Torres, vos parents ont été tués par des fascistes, monsieur Torres. » Il me regarde avec de grands yeux ronds. « Et alors ? me répond-il. Je vois pas le rapport, je vous parle du prix du gaz, moi. »

               *                                              *

« Breton !! Mettez “breton” !! » Il éclate d’un rire gras.

Je souris et je coche la case « française » en face de la question « Nationalité ? » 

Tandis que je continue à remplir sa demande de visa pour l’Inde, Pierre débat avec son compagnon de savoir pourquoi il n’y a pas la case breton dans les nationalités. « Mon père n’aurait jamais répondu “français” à cette question, il aurait fait une case en plus ! » D’ailleurs, maintenant qu’il y pense, sa mère était d’origine basque, il faudrait une autre case en plus. « Avec toutes ces bombes dans ta généalogie, il te manque plus que les corses ! » dit son compagnon et les deux se contorsionnent de rire. 

« Alors, votre numéro de passeport, s’il vous plaît ? » Pierre se redresse, réalisant qu’il s’est peut-être un peu trop laissé aller. Il me tend son passeport. J’inscris le numéro dans la case mais il ne rentre pas, j’essaie trois fois, cinq fois, dix fois, avec et sans lunettes, c’est bien un J ça, oui oui, qu’est-ce que c’est que ce bordel, je fulmine, j’en ai marre de ce formulaire, je clique partout, la page disparaît, il faut tout recommencer, je reste stoïque tandis qu’en moi un monstre se déchaîne, imaginant passer l’intégralité de la pièce au lance-flammes. « On va y arriver, il suffit d’un peu de patience », dis-je en souriant.

Le numéro de passeport ne rentre toujours pas dans la case, qui clignote en rouge lorsque je tente de passer à la question suivante. Je soupire tout à coup de ma propre stupidité : le numéro de passeport est en fait demandé dix lignes plus bas, il s’agit ici du numéro de citoyen. « Qu’est-ce que c’est que ça ? » me demande Pierre. « Pas la moindre idée. » Je trouve dans la notice la façon de répondre que, dans notre pays, cela n’est pas en vigueur. Je poursuis le remplissage du formulaire.

Il se passe un bon quart d’heure dans un parfait silence avant que le compagnon de Pierre ne dise : « Pour le moment. » Je passe les yeux par-dessus mon écran pour le regarder. « Pour le moment, c’est pas en vigueur. Qui sait ce qui pourrait arriver si elle passait. » Pierre jette sa main sur lui en riant, gêné : « Tais-toi enfin, n’embête pas la dame avec la politique ! »

Quelques secondes s’égrainent ; ils restent tous les deux dans cette position, Pierre, un sourire crispé, la main sur le visage de son compagnon ; ce dernier, sérieux, ses yeux rivés dans les miens. Sur son avant-bras, il y a un vieux tatouage Peace and Love qui tremble légèrement, suivant les oscillations de sa main. « Il n’y a rien de bon dans ce qui pourrait arriver si elle passait », je réponds. Les traits de leur visage se détendent soudain, ils esquissent un sourire léger et soupirent, un soulagement passager, de la respiration d’un plateau en montagne avant de reprendre une ascension aussi difficile que la précédente. Je repose mon regard sur l’écran : « Alors… nom et nationalité de votre père ? » Pierre rigole : « Y a toujours pas “breton” ? »

               *                                              *

Personne ne chante. 

Le camion de la CGT en tête passe ses chansons habituelles, mais loin derrière, dans notre cortège, personne ne chante. Il y a du monde pourtant, des énergies, des motivations ; la colère, d’ordinaire, nous fait scander des mots d’ordre, pousser des refrains, improviser des accroches qui finissent en éclats de rire. Personne n’a envie de rire aujourd’hui.

On regarde loin devant le groupe des camarades venus de la montagne, ils sont en pleine forme, prêt.e.s pour l’insurrection, des chansons plein la gorge, des banderoles et des panneaux colorés. Un teint vif, la peau fraîche. L’air pur sûrement. Ou le fait qu’ils attendent systématiquement qu’il se passe quelque chose pour montrer le bout de leur nez, consommateurs de révolution qu’il faut leur servir sur un plateau, prémâchée ; où étaient-ils durant la lutte pour les grévistes ? durant la lutte pour les migrant.e.s ? Je regarde les cernes des camarades qui m’entourent, cuit.e.s par des mois, des années de terrain, prêt.e.s pourtant à renquiller, mais certainement pas prêt.e.s à célébrer en chanson que les cinq années à venir vont les priver de vie, de loisirs, d’argent. Je mastique mon aigreur quand j’entends un chant clair et frais juste derrière moi : « VOTEZ MACRON ! » Je me retourne : une dame, inconnue, tient l’une de nos banderoles et scande à pleins poumons de voter Macron. Je cours vers elle.

Je dégaine un sourire et entame des tractations. Ça va pas être possible ce genre de slogans là, Ah bon et pourquoi ?! vous votez FN ??, Bien sûr que non mais on ne donne pas de consigne de vote nous, Mais c’est pas possible ça qu’est-ce que je tiens comme banderole c’est pas contre le FN ??, Si mais on ne donne pas de consigne de vote je comprends que vous votiez Macron mais je comprends aussi que l’on ne souhaite pas voter du tout donc si vous souhaitez scander « Votez Macron » vous allez ailleurs s’il vous plaît, Ah vous voulez me priver de ma liberté d’expression elle est belle la France c’est vous les fascistes !!!, Est-ce que vous pourriez vous calmer la manif est immense vous avez une place infinie pour scander votre mot d’ordre mais ne le faites pas dans notre cortège qui ne souhaite pas ces injonctions c’est tout, C’est vous qui faites gagner le FN !!! VOTEZ MACRON VOTEZ MACRON, D’accord super est-ce que vous pourriez aller crier plus loin s’il vous plaît ?, Non je ne bougerai pas VOTEZ MACRON VOTEZ MACRON FACHOS et tu as quel âge toi tu es une gamine tu as fait quoi dans ta vie pour lutter contre le FN moi je connais la vie tu vas pas me l’apprendre VOTEZ MACRON VOTEZ MACRON !!!

J’allume une cigarette. Une autre dame, amie de la première, la rejoint et la tire sur le côté. Elle lui parle longuement, je repars.

Plus tard, madame VotezMacron vient me voir dans la manif. Se présente en souriant. « Je suis psychologue », me dit-elle. Je ne réponds pas. Elle m’explique pourquoi il faut voter Macron durant quinze minutes, dit qu’elle sera là, ensuite, pour lutter contre lui, dans la rue. Puis elle disparaît. 

Je sais que je ne la reverrai jamais.

               *                                              *

Il était arrivé confiant, sûr de lui, en terrain conquis. Partout où il allait, il pouvait exprimer sa pensée, personne ne le contredisait. Au bar de la commune, il pouvait le dire haut et clair : « Moi, je vais voter FN ! » Des mois qu’il le disait, et des mois que le patron riait en lui donnant une tape dans le dos : « C’est bien mon gars ! » Hormis le jour du marché, ils n’étaient que sept clients réguliers dans ce troquet et tous les sept votaient FN. Des arabes, il y en avait trop, c’était une évidence. Dans leur commune de 700 habitants, il n’y en avait pas, mais ils regardaient tous la télévision et ils étaient unanimes : des arabes, il y en avait trop. Sur le reste, il ne savait pas. Didier, qui s’y connaissait mieux qu’eux car il avait fait des études, il était journaliste, leur avait expliqué que le Front National était le parti des ouvriers. Lui qui avait trimé depuis ses 17 ans à l’usine, il ne voyait pas pour qui d’autre il aurait pu voter.

À l’usine, il n’en parlait pas tellement, excepté avec ses collègues Pascal et Jean-Mi, qui partageaient son avis. À la pause, s’il y avait une blague à faire, ils n’étaient pas les derniers pour la déconne. Il aimait leur compagnie car ils étaient les rares collègues à ne pas aller chasser le week-end et lui avait horreur de la chasse. 

À la maison, aucun souci, son épouse épousait ses opinions. 

La télévision semblait du même avis que lui. Il ne lisait pas le journal et n’allait pas sur Internet, hormis sur le Boncoin pour des annonces de pièces de moto d’occasion.

Bar, boulot, dodo, tout son monde le soutenait. Aussi il n’avait aucune raison de se méfier lorsqu’il rendit visite à sa mère, se décapsula une bière, s’assit dans une pose décontractée et déclara sur un ton nonchalant : « Eh ben moi, j’ai voté Le Pen, je suis bien content qu’elle soit au second tour ! »

La matriarche, qui approchait les quatre-vingts ans, arrêta net le balancement de son rocking-chair. Elle fit répéter son fils, incertaine que son ouïe ne l’ait pas trompée. 

À la seconde écoute, elle se leva lentement, laissant le temps à ses genoux arthrosés de se déplier. Dans un parfait silence, elle trottina jusqu’à sa chambre, ce qui prit un bon moment, permettant à son fils de boire la moitié de sa bière. Elle revint enfin, avec un cierge énorme, d’un mètre de long, orné d’un dessin de la Sainte-Vierge. Le fils regarda la procession qui traversait la cuisine d’un œil étonné. Sa mère se planta devant lui avec son colosse de cierge, elle posa une main ridée sur la table, reprit son souffle, « Oh, ça va, la mère ? » lui demanda-t-il ; elle ne répondit pas, elle se redressa, souleva le cierge gigantesque, et BIM, en colla un grand coup sur le crâne de son fils.

« WOH ! Mais ça va pas, non !? » beugla ce dernier en bondissant de sa chaise et en se frottant le crâne avec vigueur.

Sa mère posa la moitié de cierge qui lui restait dans les mains sur la table. Elle s’adressa à lui en patois : « Tu viens dans ma maison, me regarder dans les yeux et me dire que tu as voté pour cette saloperie ? Ton père, ton grand-père, ton oncle, ils te voient là où ils sont, ils ont HONTE ! J’ai honte ! Allez ouste ! Dehors ! Tu n’es plus un gamin qui ne sait pas ce qu’il fait ! Tu rentreras dans ma maison quand tu auras retrouvé un honneur ! »

Plus tard dans la journée, elle s’approcha du téléphone fixe à énormes touches que son fils lui avait acheté exprès pour qu’elle n’ait pas de difficultés à voir les chiffres. Elle ouvrit son petit répertoire, dans lequel elle consignait les coordonnées depuis 1964. Elle composa le numéro sur le clavier.

Mon portable sonna.

« Allô ?

— Allô, c’est moi. Tu vas aller à la messe dimanche ?

— Oh putain, fous-moi la paix avec ta messe, maman !

PARLE COMME IL FAUT ! »

               *                                              *

Sur le carrelage, des petites fourmis se suivent dans une parfaite colonne, chacune portant une miette de pain – ou de brioche, qui sait. Je pose mon doigt sur leur trajet, le cortège s’interrompt brutalement, semble communiquer pour choisir une stratégie : attaquer l’ennemi, faire demi-tour, franchir le doigt, garder ou non la nourriture ; elles choisissent de contourner l’obstacle. Je retire mon doigt mais les fourmis continuent d’emprunter leur déviation comme s’il était toujours là. 

La nappe se soulève brusquement : « Vous êtes toujours là-dessous ? me demande Marie-Thérèse. Tenez, j’ai trouvé un marteau. » J’abandonne mon étude des insectes – sont-ce des insectes ? – de toute façon, l’autre fou de Werber doit bien avoir résolu la question de savoir pourquoi ces bestioles continuent à contourner l’obstacle même s’il n’est plus là – est-ce qu’on fait la même chose ? – et je prends le marteau pour fixer avec des cavaliers le tuyau à oxygène de Marie-Thérèse. Elle marmonne quelque chose que je ne comprends pas. « J’entends rien, madame G. ! Attendez que je sorte ! » Elle continue de parler, tant et si bien que j’extirpe la tête de sous la table pour voir si c’est urgent. « Qu’est-ce que vous dites ? » Je devine son sourire ridé, serein sur son fauteuil roulant. « Je disais : vous votez pour qui, dimanche ? »

Je lâche un énorme soupir et je repasse sous la table sans répondre.

Devant le placard à outils, où chaque ustensile a sa forme dessinée, je cherche celle qui correspond au marteau, en vain. Depuis l’autre pièce, j’entends Marie-Thérèse parler toute seule. « Il va où votre marteau, madame G. ? » J'allonge le cou pour capter la réponse et j’entends distinctement : « Pour Macron ou pas ? » Je lâche oh merde aux outils du placard et pose le marteau sur les tournevis cruciformes, tant pis.

Dans son fauteuil, Marie-Thérèse tient un petit carnet usé. Je m’assieds en face d’elle, à la table, prête à lui répondre puisqu’il le faudra bien, j’attends que la question revienne mais les yeux bleus se contentent de me regarder avec malice, en silence. Je soupire de nouveau, s’il en est ainsi je vais répondre sans qu’elle repose la question, à la guerre comme à la guerre, j’ouvre la bouche mais Marie-Thérèse fait un geste de la main et catapulte d’un jet le vieux carnet qu’elle tenait sur la table, qui glisse sur la toile cirée jusqu’à moi. Coup d’œil au carnet, coup d’œil à la mamie, qui me fait un signe de tête signifiant « allez-y », un allez-y que je prends pour allez-y ouvrez le carnet et lisez-le, il y a des signes de tête plus prolixes que d’autres.

C’est un carnet de guerre. De Résistance. Celui de son grand frère, maquisard. Je connais son histoire, je reconnais son nom, je tourne les pages avec précaution. « Ah vous saviez pas que je l’avais, hein ! » Elle me fait un clin d’œil fier. 

Le carnet fait une trentaine de pages, l’écriture est fine, serrée, de plus en plus serrée en avançant vers la fin où la place manquait pour tout dire. Je tourne les pages, lis quelques lignes, tourne encore, je ne sais pas ce que je suis censée faire. Je regarde Marie-Thérèse. « J’aime bien la page dix-neuf », me dit-elle. Je vais à la page dix-neuf.

« … espagnols, communistes, anarchistes, hommes du général de Londres, brigands, briscards et croix de feu ! Comment serait-ce possible ! Satanés instants qu’il nous est donné de vivre. Chaque jour éclate une nouvelle querelle, tantôt pour des broutilles : qui va se charger des vivres ? qui ira relever les missives et qui pour les pièges à oiseaux ? qui pour la tournée des fermes, tâche ingrate ? qui fera le feu, nous en sommes rendus là ! Nous nous déchirons surtout pour décider du pire : quel est le bien, quel est le mal, faisons-nous le bien ou le mal ? En tuant s’occupant des miliciens R. et T., Eclair a-t-il fait bien ? Avait-il le choix ? Ils nous auraient tués ! disent certains, d’autres rétorquent qu’en tuant nous devenons comme eux. Je reste en retrait et ne dis rien, car je pense pour ma part que personne n’a tort au fond et qu’ils ont tous raison. Notre ennemi nous divise et c’est là sa toute puissance ; son grand pouvoir est de nous moudre tandis que nous cherchons à l’identifier ; son stratagème est de nous perdre en nous-mêmes. Nous nous perdrons, je le sais, je suis déjà perdu, mes nuits ne sont que cauchemars, je pressens qu’elles le resteront ma vie entière, si je vis. Je me bats pour que d’autres vivent sans cauchemars, pour qu’ils n’aient jamais à se demander s’ils faisaient le bien ou le mal, pour nous il est déjà trop tard. »

Marie-Thérèse me sourit toujours. « Ma fille aînée, elle m’a dit qu’elle n’irait pas voter. Je lui ai dit Fais comme tu veux, ma fille ! Tu as raison. Ensuite ma fille cadette m’a dit qu’elle irait voter Macron, pour faire barrage. Je lui ai dit Fais comme tu veux, ma fille ! Tu as raison. … C’est drôlement bien installé le tuyau pour l’oxygène, vous savez bien bricoler, hein ! » Elle m’adresse un pouce en l’air et reprend : « Et vous, vous allez faire quoi, dimanche ? »

Je replie le carnet, que je redonne à Marie-Thérèse. « Des cauchemars, comme chaque nuit. »

               *                                              *

En remontant dans le bus, ils ont recommencé à rire. Seule déception de la soirée : notre équipe de handball n’a pas gagné, malgré un suspense insoutenable dans les dix dernières minutes qui m’aurait presque convaincue d’aimer le sport.

Lorsque je passe sur le passage piéton, je tourne la tête vers le talus pour saluer Rouky, mais il n’est pas là. Je ralentis, je regarde plus attentivement : rien. J’arrête le bus. Les mecs me demandent ce qui se passe, je les rassure, je cherche quelque chose, Mais tu cherches quoi ? Tout le monde regarde le talus que je fixe désespérément, et sur lequel il n’y a, désespérément, que de l’herbe, inutile.

Je descends du bus, grimpe sur le talus dans l’obscurité, j’appelle : Rouky ! Rouky ! qui n’est définitivement pas là et j’ai une boule d’angoisse dans le ventre, totalement déraisonnable, je regarde partout, je me vautre sur l’herbe mouillée, A. et Ja. sortent du bus en courant et parlent dans trois langues à la fois pour poser mille questions soucieuses ; je demande pardon, je reprends le volant, je me confonds en excuses, je ne voulais inquiéter personne, je suis vraiment désolée, je suis fatiguée en ce moment, et euh eh bien, voilà : je cherchais Rouky le renard. 

Silence de mort dans le véhicule. Une voix au fond, timidement, répète : « Rouky ?? » Le ridicule de la situation me saute à la gueule et j’éclate de rire, suivie par tous, qui n’arrêtent pas de répéter « Rouky ?? » et j’ai mal aux joues et aux côtes de rire autant, ça faisait des mois que ça ne m’était pas arrivé, j’ai perdu Rouky mais j’ai gagné dix minutes de bonheur.

Une heure et demie du matin, tout le monde est parti se coucher, le bus est garé, j’ai dit au revoir, bu un thé, je reprends ma voiture et la route pour rentrer chez moi. En sortant du chemin, je crois voir une ombre dans un champ, je ralentis mais rien de précis, je tourne sur la route et j’accélère. 

Moins de 200 mètres plus loin, une silhouette énorme déboule sur la route brusquement ; j’écrase les freins, donne un coup de volant, fais un tête à queue au milieu de la route, rétablis la bagnole comme je peux évitant de justesse d’atterrir dans le fossé ; je hurle les pires injures que la terre ait portées. Je sors de la voiture : elle n’a rien. Moi non plus. Je cherche du regard la bestiole maudite que j’ai esquivée et là, sur la route : un blaireau. Un gros blaireau qui se dandine et fait des zigzags devant les phares de ma voiture. « Tu te fous de ma gueule, mec ?! » est la phrase que je lui adresse vertement, sans doute pas la plus réfléchie ni diplomate, mais sur le coup c’est tout ce qui me vient. 

Aucune réaction ni réponse du blaireau, qui continue à gigoter son gros popotin d’un côté à l’autre de la route pour s’éloigner.

Que fout ce blaireau ici, première fois que je le vois, loin de sa puante tanière au milieu des bois. J’attends que mon cœur reprenne une allure normale, je remonte au volant et redémarre. Obligée de suivre le blaireau qui lui-même suit son ombre produite par mes phares, à cette allure-là je serai chez moi dans trois ans. Je m’arrête et coupe mes phares. J’attends une minute ou deux. J’allume une cigarette. Un cri effroyable retentit subitement dans la nuit. Je rallume les phares. 

Dans la lumière, Rouky, qui me regarde en plissant les yeux. Et qui tient dans sa bouche l’énorme blaireau, qu’il vient d’achever d’une morsure à la gorge.

Satanés instants.

anniehikamatu  asked:

Dios Senpai ¿por qué es tan talentosa? Deje de enamorarme con su talento (T▽T) amo su trabajo y a usted, siga así ( ˘ ³˘)❤( ˘ ³˘)❤( ˘ ³˘)❤

Se-Senpai?!  (〃゚д゚〃) OH DEOOOS MEEEEOOOOOOO! ASJHAJSHjahjhsHhajhJHAjhgjhSJHS  〃ゞ (*≧∀≦)ゞ Muchas GRACIAAAAAAAAAAS!!!! NO PUEDO EVITARLO!!! Ámame pliss (?