photo:guerre

Ce matin, il y avait une jeune fille dans la salle d'attente. Encore une petite jeune qui va nous demander la pilule parce qu'elle est amoureuse, c'est mignon.

Ce que je peux me tromper parfois.

Cette femme avait mon âge, 23 ans. Elle nous dit en nous montrant son ventre qu'elle veut “enlever ça, là. Sale!”

Dans un anglais-français approximatif, elle nous raconte son histoire.

La guerre, son mari et ses enfant ensevelis sous un tas de gravas après une explosion. La traversée de la méditerranée, un moteur qui casse sur un vieux rafiot, des jours de dérive. Récupérée par les gardes côtes turques. Puis un camp de réfugiés en Turquie. La saleté, les malades, le froid.

Les viols.

Et puis on ne sait trop comment, elle est arrivée en France. Prise en charge par Terre d'asile, on lui donne des nouveaux vêtements.

On lui a expliqué comment s'habiller comme une européenne. Avant dans son pays, quand il y avait pas la guerre, elle mettait des robes roses, son papa lui disait qu'elle était belle comme ça. Son papa? Mort, aussi. Sa mère elle l'a jamais connue, elle est morte en couche.

Et cette femme se retrouve aujourd'hui seule, dans un pays inconnu dont elle ne connait rien. Elle a perdu du poids parce qu'elle ne connait pas la nourriture d'ici.

Aujourd'hui, elle veut qu'on lui enlève “ça, là”. Parce un de ses violeurs l'a mise enceinte. Elle sait pas lequel, ils étaient pleins.

Voilà. La crise des réfugiés, c'est pas des “sales arabes qui viennent voler le boulot des bons français”.

La crise des réfugiés, c'est cette dame qui a laissé échappé une larme, une seule, pour exprimer tout ça.

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Vid by @dead–bart

SC: https://soundcloud.com/juerrilla/sunshine

jujuworld

J’ai dormi au milieu d’un champ de ruines

Des frissons ininterrompus parcourent mon corps transi par le froid. La faim me tiraille, comme un vieil ennemi qui revient me harceler tous les jours. Depuis combien de temps je n’ai pas mangé ? Je n’en n’ai pas la moindre idée. Tout ce que je sais, c’est que je peux désormais compter mes côtes en laissant mes doigts errer sur mon corps amaigri et déshydraté. Je ramène vers moi la couverture de fortune que j’ai confectionnée avec de vieux sacs plastiques. Ça ne me protège pas du froid, je le sais bien, mais cela abuse suffisamment mon cerveau pour qu’il croie le contraire. Tout autour de moi, il ne subsiste qu’obscurité et désolation. La nuit s’est emparée de la ville depuis plusieurs heures. Enfin, je ne sais pas vraiment si l’on peut encore parler de ville… Secouée de toute part au rythme des détonations, elle est réduite à un amas de décombres. La maison dans laquelle je me suis installé est encore l’une des rares à posséder deux pans de murs perpendiculaires tenant encore debout. Je me tiens blotti dans l’angle droit, au milieu de gravats et de meubles détruits. À intervalles réguliers, et malgré l’heure tardive, je vois des lumières s’allumer au loin puis s’éteindre aussitôt. Autant d’explosions de flammes qui résonnent jusque dans ma poitrine. La poussière ambiante irrite mes yeux déjà épuisés d’avoir tant pleuré et me fait suffoquer. J’attends désespérément que mes parents et ma petite sœur reviennent. Mais cela fait deux jours qu’ils sont partis chercher de l’aide. J’ai passé la journée à les chercher au milieu des décombres et des nuages de fumée, fouillant parmi les corps calcinés et les cratères en flammes. L’odeur de la mort, omniprésente, m’a retourné l’estomac. Le vacarme des bombes et le son des mitraillettes m’ont effrayé, mais moins que la solitude qui me tiraille en ce moment. Je tiens contre moi la peluche de ma petite sœur, que j’ai trouvée au près d’un immeuble dévasté. Je la serre très fort contre moi, tentant de me convaincre que la petite main inerte que j’ai vu dépasser d’un bloc de pierre n’était pas celle d’Annah. Une nouvelle détonation fait vibrer les murs encore intacts de ma maison de fortune, effritant leur revêtement, comme si on leur arrachait la peau. Je me mets à penser à demain, le cœur bercé par de douces illusions. Mes parents vont revenir, ma petite sœur dans leurs bras. Les soldats vont nous sauver et libérer ce qu’il reste de la ville. Je vais vivre une vie longue et heureuse, loin de ce conflit qui déchire mon pays. Je sais que tout cela ne se produira pas. Jamais. Mais l’espoir est la seule chose qui me fait tenir le coup. Qui m’empêche de sombrer dans les ténèbres profondes. Alors, le cœur meurtri et les yeux endoloris, je m’abandonne au sommeil, la tête posée sur un bloc de béton.

Je m’appelle Mehdi, j’ai 15 ans, et j’ai dormi au milieu d’un champ de ruines.

La victoire de Guernica
I
Beau monde des masures
De la nuit et des champs
II
Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups
III
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple
IV
La mort cœur renversé
V
Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie
VI
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses
VII
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde
VIII
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs
IX
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent
X
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang
XI
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile
XII
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché
XIII
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir
XIV
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.
—  Paul Eluard, Cours naturel, 1938
Mi dispiace, ma io non voglio fare l’imperatore. Non voglio né governare né comandare nessuno. Vorrei aiutare tutti: ebrei, ariani, uomini neri e bianchi. Tutti noi esseri umani dovremmo unirci, aiutarci sempre, dovremmo godere della felicità del prossimo. Non odiarci e disprezzarci l’un l’altro. In questo mondo c’è posto per tutti. La natura è ricca e sufficiente per tutti noi. La vita può essere felice e magnifica, ma noi l’abbiamo dimenticato. L’avidità ha avvelenato i nostri cuori, fatto precipitare il mondo nell’odio, condotti a passo d’oca verso le cose più abiette. Abbiamo i mezzi per spaziare, ma ci siamo chiusi in noi stessi. La macchina dell’abbondanza ci ha dato povertà, la scienza ci ha trasformati in cinici, l’abilità ci ha resi duri e cattivi. Pensiamo troppo e sentiamo poco. Più che macchine ci serve umanità, più che abilità ci serve bontà e gentilezza. Senza queste qualità la vita è vuota e violenta e tutto è perduto. L’aviazione e la radio hanno avvicinato la gente, la natura stessa di queste invenzioni reclama la bontà dell’uomo, reclama la fratellanza universale. L’unione dell’umanità. Persino ora la mia voce raggiunge milioni di persone. Milioni di uomini, donne, bambini disperati, vittime di un sistema che impone agli uomini di segregare, umiliare e torturare gente innocente. A coloro che ci odiano io dico: non disperate! Perché l’avidità che ci comanda è soltanto un male passeggero, come la pochezza di uomini che temono le meraviglie del progresso umano. L’odio degli uomini scompare insieme ai dittatori. Il potere che hanno tolto al popolo, al popolo tornerà. E qualsiasi mezzo usino, la libertà non può essere soppressa. Soldati! Non cedete a dei bruti, uomini che vi comandano e che vi disprezzano, che vi limitano, uomini che vi dicono cosa dire, cosa fare, cosa pensare e come vivere! Che vi irregimentano, vi condizionano, vi trattano come bestie! Voi vi consegnate a questa gente senza un’anima! Uomini macchine con macchine al posto del cervello e del cuore. Ma voi non siete macchine! Voi non siete bestie! Siete uomini! Voi portate l’amore dell’umanità nel cuore. Voi non odiate. Coloro che odiano sono solo quelli che non hanno l’amore altrui. Soldati, non difendete la schiavitù, ma la libertà! Ricordate che nel Vangelo di Luca è scritto: «Il Regno di Dio è nel cuore dell’Uomo». Non di un solo uomo, ma nel cuore di tutti gli uomini. Voi, il popolo, avete la forza di creare le macchine, il progresso e la felicità. Voi, il popolo, avete la forza di fare si che la vita sia bella e libera. Voi che potete fare di questa vita una splendida avventura. Soldati, in nome della democrazia, uniamo queste forze. Uniamoci tutti! Combattiamo tutti per un mondo nuovo, che dia a tutti un lavoro, ai giovani la speranza, ai vecchi la serenità ed alle donne la sicurezza. Promettendovi queste cose degli uomini sono andati al potere. Mentivano! Non hanno mantenuto quelle promesse e mai lo faranno. E non ne daranno conto a nessuno. Forse i dittatori sono liberi perché rendono schiavo il popolo. Combattiamo per mantenere quelle promesse. Per abbattere i confini e le barriere. Combattiamo per eliminare l’avidità e l’odio. Un mondo ragionevole in cui la scienza ed il progresso diano a tutti gli uomini il benessere. Soldati! Nel nome della democrazia siate tutti uniti!
—  Charlie Chaplin, Il Grande Dittatore (film, 1940)