philippe pot

4

Devant ces monuments que nous croyons immortels puisqu’issus de la pierre la plus dure, nous nous pensons immortels aussi et c’est ainsi la gloire humaine la plus terrestre que le commanditaire de ce tombeau a voulu flatter, plus que le chagrin des vivants. Les pleurants, silhouettes noires sans visage ont été figés dans le portement du corps, dans la parade sociale mortuaire - et non dans le recueillement ou la douleur. Cette pose est propice au déploiement des armes, que personne n’oublie combien était noble Philippe Pot, sénéchal de Bourgogne. L’inscription en lettres rouges le rappelle encore. Un lion à ses pieds le garde et l’homme de guerre a conservé son armure d’apparat. Autant certains tombeaux sont des objets d’entre-deux-mondes, le bouleversant gisant d’Agnès Sorel veillée par deux anges, en est un exemple, autant celui-ci, par ce qu’il représente et par son puissant “réalisme” - la sculpture étant renforcée par la peinture - ne se détache pas des considérations terrestres.

Les grands commandaient des tombeaux pour que perdure la mémoire de leur nom. Les artistes voulaient dépasser ceux qui les avaient précédés pour que leurs noms figurent parmi les gloires de l’art. Ici, cruellement, seule demeure vraiment l’oeuvre.

Source photographique pour le tombeau d’Agnès Sorel: wikimedia commons. Les autres: perso.