petit parisien

Confession d’une enfant du XXI° siècle.

Le diable m’a attrapée par les hanches, il m’a retenue avec ses mains baladeuses, il a mis Doherty et m’a murmurée « I don’t love anyone, but you’re not just anyone ». J’avais l’apparence d’une parisienne qui pue la province, les cheveux détachés, la gueule fatiguée par du « j’ai pas l’temps » répété quotidiennement une vingtaine de fois. Il s’est rapprochée pour ne plus jamais partir, élevée par le paradigme de l’Homme pressé, j’ai cru que c’était l’meilleur pour moi, persuadée avec innocence être plus forte que lui. Militant quotidien de l’inhumanité, j’engraisse le système dans l’espoir qu’il m’aide, pauvre insensée, remise en question, au grand jamais. Bien-pensante, oh oui les critiques fusent et moi qui m’indigne, quelle perte d’énergie. Technocrate, désolée j’ai séché les cours de pratique, je me suis enfermée dans ma chambre avec Kepel, Hobbes et Adorno, persuadée de leur vérité. Maman me répète « sors de ta chambre, va de l’autre côté du périph’ », je l’ai écoutée, j’ai été bousculée dans mes plus profondes pensées. Pas besoin d’aller à l’autre bout de la Terre, à vingt minutes vol d’oiseau, les marginaux crèvent dans l’indifférence, on m’explique le ras-le-bol de ces politiques qu’ont même pas vu la merde, l’ont jamais mangée en feignant l’aimer. « Nous personne n’est venu nous voir, et quand bien même on est venu, on nous a sorti une soupe encore plus merdique que celle de la soupe populaire. Nous on veut travailler, pourquoi les tit-pe crament le shit à peine réveillés, pourquoi la came paye plus que la sueur, on nous a abandonné, on nous a parqué dans des ghettos et on nous a sorti : putain souris t’es bien loti ». Je n'ai pas les réponses à tous ces problèmes, simplement ma consternation balayée par Goliath. HLM vétustes, cage d’escalier, escortée par ces rats, pas très à l’aise oh non, mais qui peut les blâmer, on se démerde comme on le peut. L’« american dream » n’a rien à envier au « rêve français », si tant est qu’ils eussent déjà existé, encore une de ces fabrications des élites, aliénation, opium du peuple, toussa, toussa. L’ascenseur social n’a jamais existé, le système raffole des « success stories », foutaises, le monde ne m’appartient pas, ni ne t’appartiens, il est à 1% de personnes.

Le diable m’a parcourue, il m’a dit qu’il m’aimait et je l’ai crue. Il est venu, avec son beau sourire, petit ange déchu battu. Victime de ces hippies chics, j’ai cru pouvoir m’en sortir, la sensibilité refoulée reviendra toujours me frapper devant mon verre de Whisky, devant mon joint qui s’consume. Jeunesse dorée condamnée à l’autolyse, jeunesse perdue sans espoir de réussite, quel avenir pour cette génération sacrifiée ? A qui la faute ? La mienne la première, je l’ai vue dans les yeux du diable, que j’étais collabo, que j’étais un bébé du système bien comme on les chérit, « arrête de réfléchir et rapporte des billets, c’est comme ça, cherche pas plus loin », bourrage de crâne intempestif qui a eu mon âme. La post-vérité est ta vérité, ne la contredis pas, elle est ce qu’elle est, voici ce que je dois penser et j’en redemande, incorrigible gamine. Le mainstream m’habite, sans l’ombre d’un défaut, CV parfait, bientôt prête pour le marché de l’emploi, « endette-toi et ne te révolte pas ! » qu’on me murmure. Le système m’a pervertie, je le sais, et je ne changerai pas, non, c’est au-dessus de moi. L’assommante vérité reviendra me voir le jour où me restera qu’mon capital économique pour sécher mes larmes, le capital social et culturel ne me sauveront pas, ils sont tout aussi pervertis que le capitalisme, Bourdieu avait raison les héritiers gagneront toujours. « L’immobilisme est bien meilleur, c’est ton unique bouée de sauvetage. Pense qu’à ta gueule, vol pour la Chine, adieu les idéaux démocratiques, le chiffre, le chiffre toujours et si possible de l’ordre du milliard ». « La mort avant le déshoneur » que grand-mère me disait encore allongée dans son lit, petite fille d’une famille d’ouvriers débarque dans le petit microcosme parisien, décalage oui, adaptation encore oui, « qu’est-ce que tu es malléable » que les plus sympathiques me disent, les autres m’hurlent à la gueule que je n’appartiens plus aux leurs, je n’appartiens pourtant pas à cette caste dominante surreprésentée par le Gotha, non. « La France n’est pas aux français mais à 200 familles », il n’a pas pris une seule ride ce slogan de propagande communiste.

Le diable aura été mon unique ami dans cette traversée qui n’aura de fin qu’en enfer. Petite dépravée au sourire incoercible, le diable m’habite, il me tend la main pour me gifler quand je ne l’attends pas. Le diable après une valse m’hurle ma dure vérité, ce matin je me suis réveillée à ses côtés, après une de ces soirées parisiennes, folie des grandeurs, ivresse et naïveté surjouée, le monde s’écroule et j’étais dans ce bar, ne savant plus où j’étais, sensation d’apesanteur, ultime fuite, ultime rédemption que je me disais. Le terrible réveil a chassé cette supposée légèreté.

6

PRAY TO THE GODS

I am officially an entrepreneur

PRAY TO THE GODS

PRIERE AUX DIEUX

La personne derrière la fameuse pomme a dit :

“Se rappeler que vous allez mourir un jour est la meilleure façon pour éviter le piège que vous avez quelque chose à perdre. Vous êtes déjà nus. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre votre coeur”.

“Je suis convaincu que environ la moitié de ce qui sépare les entrepreneurs qui réussissent de ceux qui ne sont pas est la persévérance”.

Je le crois. Je suis mon coeur et je promets que je vais persévérer.

J’espère qu’il a raison car aujourd’hui est mon dernier jour de travail.

Je suis officiellement une entrepreneuse.

Photos prises à Bali, Indonésie (Pura Tirta Empul)

PRAY TO THE GODS

The person behind the famous apple said :

“Remembering that you are going to die is the best way I know to avoid the trap of thinking you have something to lose. You are already naked. There is no reason not to follow your heart.”

“I’m convinced that about half of what separates the successful entrepreneurs from the non-successful ones is pure perseverance.”

I believe him. I follow my heart and I promise I will persevere.

He better be right as today is my last day of work.

I am officially an entrepreneur.

Photos were taken in Bali, Indonesia (Pura Tirta Empul).

7

French newspaper on the 2nd of August 1914, after the mobilisation (original article here)

L'Action Française

«Nous ne serons pas seuls comme en 1870. L’agression est certaine. Nous nous ruons à la défense de nos champs, de nos foyers, de nos libertés, de notre rang dans le monde et de notre honneur, au secours de nos frères de Metz et Strasbourg ployés depuis quarante-trois interminables années sous le joug du plus lourd et du plus arrogant des vainqueurs. Le champion d’une civilisation sans rivale est en armes. Il saura disputer l’univers à la barbarie.»

L'Aurore

«Le sort en est jeté. La France pacifique n’a pas pu maintenir la paix. […] Il y a entre l’Allemagne et nous un monstrueux différend qui surgit aujourd’hui formidable : l’Alsace-Lorraine ! Nos frères opprimés, séparés de nous depuis 1870. Voulons-nous les revoir ? Voulons-nous leur rendre la liberté ? Les ramener au sein de la grande famille française ? Alors ne discutons plus. Ne cherchons plus qui a la responsabilité du conflit. La guerre est déchainée ; ce n’est pas de notre faute ; notre conscience est libérée. “Pour l’Alsace-Lorraine !” voilà notre mot de passe et pour la France. N’ayons plus d’autre pensée que la lutte acharnée qui commence. Plus tard nous nous retrouverons.»

L'Humanité

«Ils nous le tuent à l’heure terrible où plus que jamais, la France avait besoin de lui», écrit le député socialiste Marcel Sembat, qui deviendra ministre des Travaux publics.

«Jaurès meurt, et la mobilisation est décrétée ! Jaurès s’en va; la guerre arrive. Il aurait refusé de croire que la guerre fût inévitable, même après la mobilisation décrétée ; et notre devoir est de continuer sa tâche en nous entêtant furieusement à lutter pour la paix.[…] Ce coup de pistolet-là, il frappe à la tête, il frappe au cœur, il frappe le Parti, il frappe la République : mais surtout il frappe la France. On s’en aperçoit déjà ! On en convient déjà, parce qu’il est mort. Mais j’ai bien peur que bientôt on n’ait lieu de s’en apercevoir davantage. Pour nous, aux heures difficiles, voici notre recette : nous nous demanderons : “Qu’en penserait Jaurès ?"»

L’Écho de Paris

«Tout le monde se prépare avec un calme remarquable à faire son devoir. Ce calme il est tracé pour tous ceux qui sont des jeunes hommes, pour tous ceux qui sont dans la pleine force de l’âge. Mais les vieux qu’en fait-on?, questionne Frédéric Masson, de l’Académie française.

«Quoi ! Dans la tempête où se trouve lancé le vaisseau qui les porte, ils n’ont qu’à se croiser les bras, et comme les chœurs des tragédies antiques, à lancer des malédictions et des prières ? S’ils ne peuvent pas à soixante ans passés porter le sac et manier le fusil, fournir des étapes, monter sous le ciel des gardes de nuits, sont-ils à ce point cacochymes qu’ils ne soient bons à aucun travail de magasins, de bureaux, de surveillance ? N’est-il aucun poste où ils puissent remplacer quelques jeunes gens qui feraient les soldats ?»

Le Petit Parisien

Reportage à la gare du Nord. «En raison de l’énorme affluence, beaucoup de ces trains [pour les mobilisés] subirent des retards. Dans leur patriotique impatience, les jeunes voyageurs priaient les chefs de convois de ne pas les laisser se morfondre plus longtemps dans les wagons […]. A partir de six heures, des manifestations grandioses se succédèrent sans interruption, aux environs de ces mêmes gares, rappelant les débuts de l’épopée révolutionnaire, alors que, de même qu’aujourd’hui, la patrie était en danger.»

Confidentiel. «L’Allemagne a mobilisé à notre frontière» : «D’informations dignes de foi parvenues à Paris il résulte que l’état de "menace de guerre”, proclamé vendredi en Allemagne, a permis au gouvernement impérial de mobiliser en secret.»

Le Figaro

«Cette guerre, la France ne l’a pas voulue. […] Nos soldats partent et ils partent gaiement. Ils ont l’air de savoir où ils vont ; ils le savent. Rien n’était plus réconfortant que de parcourir les boulevards hier au soir. On y respirait je ne sais quelle atmosphère vibrante d’émotion et d’allégresse. C’est que ce peuple est fort non seulement de son enthousiasme mais aussi de son droit.[…] L’Allemagne se bat pour prendre la Champagne et la France pour reprendre l’Alsace-Lorraine. Et c’est parce qu’ils le savent bien qu’hier au soir nos petits soldats partaient en chantant pour la frontière.»

La Croix

«Il semble bien que tout est consommé et que la guerre est devenue inévitable», écrit le père Georges Bertoye, sous sa signature «Franc». «Le gouvernement cependant assure, et les hommes informés disent que nos troupes de couverture sont en état de recevoir le choc de l’adversaire. Les menées allemandes, sourdes et hypocrites, apparaissent aujourd’hui au grand jour. L’histoire y verra clair.»

L'écho d'Alger

«Hier soir, vers neuf heures, une des nombreuses manifestations spontanées qui ont pris naissance devant le square s’est formée en colonne serrée, après avoir applaudi les hymnes patriotiques que venait de jouer la musique, aux cris de : “Au consulat d’Allemagne, rue Michelet”, suivis de ceux de “A bas l’Allemagne !” entonnés en refrain continu sur l’air des “lampions”.»