ou qu'est ce

Mon coach s'appelait Bukowski

Parfois je me rappelle de mon prof de sport du lycée. Il hantait les couloirs avec un vieux survêt trois fois trop large‚ mal rasé il se parfumait au Jack Daniels. Il notait sur des critères qui n'appartenaient qu'à lui: “n'a pas souri”, “manque d'élégance durant la passe”… Tout le monde le méprisait‚ surtout les sportifs. Moi je l'aimais bien‚ il était pianiste de jazz.

À 17ans j'étais pas sportif pour un clou et j'avais quelques problèmes nerveux qui me provoquaient insomnies‚ démangeaisons et de très forts maux de tête. Il a été le seul à penser que ça pouvait m'aider pour sa discipline.

Entre midi et deux heures il laissait discrètement la porte du gymnase ouverte pour que j'aille m'entraîner. Il m'avait fait un programme d'entraînement très salé et m'avait refilé sa playliste de jazz. Que des standards. Donc j'allais me défouler tout seul‚ 5 jours sur 7 sur du Charlie Parker‚ du Bill Evans… Je crois que ça m'a bien plus aidé que tous les cachetons et autres IRM que j'avais pu passer.

Au bout de quelques mois en dépit de mon gabarit de crevette je pouvais soulever tous les poids de toutes les machines de la salle. Il laissa alors généreusement son pied trainer sur la charge pour la freiner un peu plus et ce vieux fou m'obligeait à lui dire “merci” à chaque fin de série.

Quand est venu le moment de l'évaluation‚ le jour du bac‚ le prof qui m'inspectait n'a évidemment pas cru un traître de mot de ce que j'avais noté sur ma fiche. D'après le quota je devais avoir dans les 28/20. Il m'a donc obligé à refaire tous les exercices en sa présence. Au final cette enflure m'a mis 18 tout en sous-entendant que le dopage à mon âge ne devrait pas être une solution et que j'étais encore assez jeune pour progresser naturellement blablabla.

Ce qui est drôle‚ (enfin pas si drôle que ça) c'est que depuis ce jour on ne me dit que ça. Il n'y a pas une seule salle de sport ou j'ai pu m'entraîner sans avoir droit à un “Tu te fournis ou?” “Qu'est ce que tu prends ?”.

Parfois je leur tends mon casque sur un solo de Miles Davis mais en général les mecs me le rendent en me regardant de biais.

Aujourd'hui je suis content de pouvoir m'entraîner tranquillement dans les bois ou sur la plage. Et parfois à bout de souffle‚ étalé dans l'herbe‚ je regarde passer les nuages et je repense à mon coach alcoolique et je lui dit merci.

Oh et puis j'ai envie de te dire que t'as le droit au bonheur autant que les autres, que t'es pas normale non t'es différente, j'ai envie de te dire fume si ça te fais du bien le temps d'un instant, bois si ça t'aide à oublier les mauvais moments et arrête, arrête de regretter tout ce qui te rend heureuse, j'ai envie de te dire vis, arrête de te prendre la tête, d'écouter les autres abrutis, cette vie t'appartient les autres ne seront plus là dans 5 mois ou dans 5 ans. Qu'est-ce qu'on s'en fout de leur jugement sérieux, rien ne leur convient jamais de toute façon, pas vrai ?
—  A

est-ce qu’on peut aussi apprécier le fait que Mitch, un mec stéréotypiquement viril, accepte direct sans aucun problème le fait qu’il est amoureux de son meilleur ami, la seconde même où il s’en rend compte, sans passer par la case “qu’est ce que je raconte” ou “qu'est ce qui cloche chez moi”

(et pire, il veut tout de suite lui dire, parce que c’est son meilleur ami et qu’il l’aime et que c’est simple et qu’il y a pas de question à se poser)

Beaucoup de personnes disent qu'il faut l'envoyer ce putain de message, vous savez celui que vous écrivez, que vous effacez, que vous réécrivez, que vous changez et que vous mettez plusieurs jours à écrire correctement et au final qu'on trouve jamais bien. Ce message qui dit tout ou presque, ce message qu'est censé bouleversé, celui qu'est censé te retourner la tête, celui qui fait réfléchir, celui qui dit ce que vous pensez, ce que vous ressentez, à quel point vous aimez. Mais parfois ça en vaut pas la peine de l'envoyer, vaut mieux le garder pour soit, ou ne jamais l'écrire.
—  Je l'ai écrit, je l'ai envoyé, je me suis “dévoilée” et vous savez quoi ? Rien a changé, aucune réponse, aucun mot, rien.