non pareils

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Ce soir, je me sens différente. J’ignore si c’est simplement passager ou si ce que je pense et ressens est révélateur d’un grand changement. Ce que je sais, c’est que je dois prendre des décisions qui ne me plairont pas. Faire des études pour continuer ma thérapie par exemple, alors que j’aurai pu déménager dans le nord dans l’espoir d’échapper à la chaleur, sachant que ma chambre fait actuellement 28 degrés avec le ventilateur à fond les maracas. 

Je réalise que tous mes projets positifs pour cet été vont devoir tomber à l’eau sans doutes. Pour que je puisse accomplir certaines choses. Je vais sans doutes oublier mon petit séjour à Bordeaux pour revoir un ami, des randonnées folles en Ardèche avec deux amis proches également à cause de la chaleur qui est trop néfaste pour mes problèmes de santé. Si jamais je trouve un travail, je dirais aussi adieu à ma semaine de vacances avec mes amis dans le sud, près de la plage. Je n’ai pas été à la plage depuis environ 15 ans. Rien que de réaliser ce trop plein d’années, mon coeur s’emballe légèrement. 15 ans que j’ai perdu quelqu’un et que ça a fait éclaté quelque chose qui comptait beaucoup à mes yeux. Quelque chose qui ne se réparera jamais, qui est cassé, déchiré trop profondément et qui part en poussières. J’ai appris de nombreuses choses en 15 ans, j’ai grandi, j’ai évolué, j’ai pris du poids, j’en ai perdu, j’ai fais mille erreurs capillaires et j’ai connu la mort, l’amour à sens unique la plupart du temps, la valeur de l’amitié et du respect. 

Le respect que je dois aux autres. Maintenant, je travaille le respect que je me dois de me donner. J’en ai besoin, cruellement. J’ai besoin d’avoir confiance en moi. Je n’y pensais plus depuis beaucoup trop longtemps, mais putain. J’en ai besoin. Je le veux. Je veux être forte, je veux être fière de moi et bâtir une plus grande fierté, une plus grande dose de respect de moi-même. Tant au niveau de ce que j’ai laissé des gens me faire physiquement, que je n’ai réalisé que très récemment et qui me poussent à me sentir dégoûtée et souillée, qu’au niveau psychologique et social. Je dois arrêter de tout garder pour moi. Pas les mots, mes émotions et mes peurs, non… Ma colère, mon injustice, dénoncer le manque de respect dont on peut faire preuve à mon égard. Je veux me taire quand il le faut - souvent - et l’ouvrir quand c’est nécéssaire. Je veux inverser la donne, je veux que la roue cesse de tourner, je veux la briser. Je veux ce changement radical qui va me demander beaucoup de courage, d’amour, de confiance et de travail. Je dois croire que je peux y arriver. Je ne dois pas oublier que la dépression est une maladie. Que ce n’est pas, et ne sera JAMAIS ma personnalité. Je ne veux plus penser que sans la dépression je ne serai personne. Je suis une putain de belle personne. J’ai beaucoup de valeur. J’ai un grand coeur, beaucoup (trop) de générosité, je suis très (trop) gentille et j’aime. J’aime les gens. J’aime les animaux. J’aime la nature. J’aime ma planète. Alors maintenant, j’ai décidé que j’allais aimer ma vie. 

Je veux au moins essayé de ne plus me scarifier. Ne plus me faire de mal. Ne plus canaliser ma colère à l’intérieur de moi et par le sang. Je veux l’exprimer et la sortir quand il le faut, sur le moment même. Je veux casser cette image qu’on a de moi, de fille trop gentille, “mignonne” et qui ressemble à une enfant. Je suis moi. Je ne suis pas quelque chose en particulier, et je ne veux plus être considérée comme une enfant, je ne veux plus avoir l’air mignonne. Je ne suis pas une peluche. Je suis un être humain avec des problèmes beaucoup trop gros mais qui fait tout pour les détruire. Je crois que j’aimerai tuer progressivement qui je suis. Je veux renaître.

Je suis belle. Je suis intelligente. Beaucoup même, peu importe mes notes. L’intelligence se situe de tant de façons différentes. Je suis forte. Je suis courageuse. Courageuse, autant dire que jamais avant je n’aurai pensé associer ce mot à ma personne. Pour exemple (et attention, ça ne rigole plus…) avant, les tests qui m’envoyaient dans une maison à Poudlard m’envoyaient toujours à Serdaigle ou Poufsouffle. J’adore ces maisons, et à vrai dire je n’ai jamais eu une seule maison favorite. Je les aime toutes. Mais récemment, j’en ai refais plusieurs, pour acheter une écharpe à la maison qui me serait assortie. C’est alors que je fus surprise de voir tous les tests m’envoyer à Gryffondor. Tout ce que je n’étais pas, que je n’aurai jamais pensé être. Pourtant oui, je le sais et je le sens. J’ai changé, j’ai beaucoup évolué et j’ai bien amélioré ma façon de penser et d’être. Mon opinion de moi-même également.

Peut-être aurez vous déjà laisser tomber la lecture de ce post en pensant qu’il était très narcissique, égocentrique ou que j’étais terriblement imbus de moi-même. Grand bien vous fasse. La vérité, c’est que ce soir, je réalise que j’ai de la valeur, pour de bon. Que non, je ne dois plus me blâmer de détester ma vie et de vouloir la terminer. Que j’ai réussi à jeter ma lame de rasoir déjà trop utilisée. Que j’ai commencé depuis quelques jours à écrire dans des carnets pour m’organiser. Que je touche beaucoup moins mon téléphone, que je peux même quitter la maison sans. J’ai encore beaucoup à apprendre, mais j’apprendrai. Je suis une battante. Alors ce que je dis là, oui, c’est pour moi. Mais aussi pour vous. Je me suis remise en question de façon existentielle, deux semaines durant. Je doute que ce soit fini. J’ai souffert le martyr pendant des mois, et j’ai rechuté ces dernières semaines. Pas comme si ça allait mieux entre temps, mais dans ma dépression sévère, j’ai eu des pics plus importants avec de vraies raisons de mourir. 

Ce que je veux dire… C’est que je ne suis pas mieux que vous. Je ne suis pas pire non plus. Je suis pareille. Je suis malade (complètement mala-deuuuh) comme probablement beaucoup d’entre vous qui vivent actuellement des moments difficiles à cause de maladies telle que la dépression, ou une toute autre. Je ne parle que de ce que je connais, comme je l’ai déjà dit. Ce que je veux dire (une fois encore) c’est que je suis toujours dépressive. Je suis toujours dans un épisode de dépression sévère. Je vais continuer (oh oui je vais continuer, c’est pas pour rien que j’ai commencé à les voir) à voir mon psychologue et ma psychiatre. Je vais pleurer. J’ai cette boule dans la gorge qui me donne envie de pleurer à chaque instant. Même maintenant. J’ai cette boule au ventre qui contient toute la colère que j’ai encaissé des années durant et qui stagne là, en attendant d’exploser. Je ne veux pas exploser. Je veux la faire sortir quand il le faut et la gérer. Je ne veux plus intérioriser. 

Si j’ai évolué déjà en l’espace de quelques années, que j’ai pu perdre du poids (et même le reprendre héhé.) décider de partir sur une voie capillaire qui me correspond enfin (attendre que tout soit à la même longueur, couper et partir sur une base bien naturelle et bouclée et ne plus jamais leur infliger de mal) que je suis passée de omnivore à végétalienne, que j’ai réussi avec mon rééquilibrage alimentaire à apprendre à 20 ans à manger des légumes, des fruits, et d’autres aliments naturels et bons pour la santé… vous pouvez accomplir les changements que vous devez effectuer. On a tous un parcours différent, un passif, un présent, un corps, une gueule, des défauts, des qualités, une famille, des connaissances ou amis, peut-être même quelqu’un avec qui partager notre vie. Ou pas. Bref, tout ça pour dire que si vous voulez changer, faites-le. Il y a toujours des solutions. Parlez-en avec votre docteur, prenez rendez-vous avec un psychologue, avec le spécialiste qu’il vous faut, faites traiter ce mal que vous avez depuis longtemps, qu’il soit physique ou mental, abandonnez vos relations toxiques qui vous font souffrir et vous détachent de votre propre identité, devenez vous-mêmes.

Devenez la meilleure version de vous-même. Même si ça prend des mois. Même si ça prend une vie. Faites-le. Tentez. On ne peut pas regretter quelque chose qu’on a essayé si on l’essaye pour les bonnes raisons. Faites ce que vous voulez parce que votre coeur et votre raison vous le dictent. Choisissez de vous entourer de personnes positives. Aidez les autres, écoutez-les, mais cherchez aussi de l’aide et venez vous en aide. Vous comptez. Terriblement. Vous avez tous de la valeur. Vous avez peut-être fait des erreurs, graves même (qui sait, vous avez peut-être même fait de la prison ou autre) mais il n’est jamais trop tard pour se racheter. 

Déménagez. Changez de travail, d’études, faites un break, coupez les ponts avec les gens qui vous oppressent. Agissez comme bon vous semble, et car ça vous fait du bien. Aimez vous. Acceptez vous. Ayez confiance en vous. ça prendra du temps, ça peut déjà être même accompli. Dans ce cas, aidez les autres. Soyez maître de votre vie, n’en soyez pas l’esclave. On a toujours le choix. Même si ça nous fait mal. Même si on doit arrêter de parler à notre famille, pour un temps ou pour de bon. Même si on doit changer de ville, de pays. Réfléchissez. Organisez-vous. Changez.

Je vous aime tendrement, j’espère que vous aussi. Vous êtes beaux, vous avez tout ce qu’il faut pour aller bien, aller mieux, guérir. Bien-sûr, il y a des exceptions, je fais beaucoup de généralités et je ne suis pas Gandhi. Je n’ai que 23 ans mais j’en connais déjà suffisamment sur la vie pour comprendre quelles doivent être nos priorités et ce qu’il faut faire pour essayer de s’extirper du toxique, de ce qui nous fait du mal. Devenez égoïstes, devenez généreux. Donnez tout pour être une meilleure personne pour vous et pour les autres.

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DOUBTS
Traci Chee

2015
c1950s glass medicine bottle, vegetable cellulose capsules, non-pareils, tissue paper, ink


I submitted my first short story for publication in 2006.

Unsurprisingly, it was rejected.

Thus began my adventures in publishing. I joined the thousands of other writers who have to swallow rejection on a daily basis, who accept their rejections as rites of passage, as payment of their dues, as the lashes they must take while they march onward through the perils and pitfalls of their artistic journeys.

In the nine years since then, I’ve racked up 49 additional rejections, ranging from the impersonal “Dear Author”s to the painful “not strong enough”s. Most were kind. Some were not. And in 2014, as I slogged through the query trenches in search of a literary agent, this life of rejection finally dragged me under.

I thought I knew what I was getting into. I’d done my research, after all. I’d read the statistics. I knew the likelihood of squeaking by with only a handful of rejections before an agent recognized my genius was a distant dream, a rumor whispered behind bookshelves and steaming coffee cups, but never a reality.

I wasn’t prepared. Not in the slightest.

After I sent my first batch of queries, I became obsessed with checking my email. Refresh. Refresh. Refresh. Every twenty minutes. Every ten minutes. Every two minutes. Maybe something came in. Maybe someone requested my manuscript. Maybe. Maybe. Maybe.

The rejections trickled in. Never fast enough to satisfy me. Never with enough information to help. I was riddled with uncertainty. Should I revise my query? My first ten pages? My whole manuscript? Should I trunk the idea entirely? Was I failure of the most gigantic proportions, completely oblivious to how awful my writing really was?

I tried to distract myself by writing another book, but there was no joy in it anymore. Whenever I faced the page, all I felt was fear and anxiety and self-doubt. It was like rejection had robbed me of my ability to work.

And I loved the work.

I needed to get my mojo back.

DOUBTS arose from this need to turn my dejection and despair into something creative and positive. I needed to build something. Something that would help me laugh off all the “unfortunately”s and “just didn’t love it enough”s. Something that would help me take the power out of rejection and claim it for myself. Something weird and booky and full of joy.

DOUBTS is a compendium of 50 rejections collected from 2006-2014, and as far as books go, it’s a little on the unconventional side. The binding is a vintage pill bottle with a rusty metal cap. The cover is a label, complete with dosage directions. Each page is an edible capsule containing one rejection—verbatim, with the date of receipt. The story is one of epistolary and memoir, pain and transformation. And also one of hope.

Yes, rejections are bitter medicine. They’re also battle scars and badges of honor. They’re proof that I’m trying. That I’m chasing this wild dream of doing what I love. And when my books are published, I’ll be able to shake all my rejections in their little bottle, cackling madly, because I didn’t let them stop me.

I’m not done with rejection. In this business, there are always going to be more of them lying just around the next submission, waiting to pounce. But when that happens, when the “just not for me”s and “not a good fit”s start rolling in again, offering nothing but despair and discouragement, at least I’ll have this.

Because if it ever comes down to it, if I’m ever impulsive and desperate enough, I’ll literally be able to swallow my doubts.

Onward, writers. There are books to be made.


Traci Chee is an author of speculative fiction for teens. A lifelong lover of books, she has degrees in literature and creative writing from UC Santa Cruz and San Francisco State. In her spare time, she likes to get crafty, play board games, and traverse the California backcountry with her fast-fast dog. The Reader is her YA debut.

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T’es handicapé(e) et tu marches ? Non mais allo quoi”

Désolé pour cette phrase signée Nabilla.

Une page facebook “la méchante page” a partagé sans que je ne demande quoi que ce soit mon lien pour la cagnotte (et je l’a remercie!!) dès avril. Et parmi tous ces commentaires il y a bien évidement des imbéciles.

En juin j’avais répondu à un commentaire qui pensait que je mentais car elle, elle avait son fauteuil à 100% remboursé, c’est vrai que c’est toujours drôle d’inventer un besoin, je m’amuse comme une petite folle à faire des faux devis et surtout à chercher une maladie orpheline sur google “tient celle-la elle est pas mal… Allez.”

Originally posted by vh1


Bref, et là des cons de plus.
Et oui car à priori on ne peut pas être handicapée et avoir un fauteuil roulant mais en même temps marcher et être debout.

Et putain que j’en ai marre de ces réflexions. “Ah mais tu marches… ?” Ben oui, j’ai la chance de pouvoir marcher malgré ma maladie. Un handicap n’est pas forcément visible, un handicap ne signifie forcément pas fauteuil roulant comme un handicap ne signifie pas qu’on est complètement con. Il existe des maladies invisibles et j’en fais partie.
Je peux comprendre que ça fait un choc quand je me lève du fauteuil roulant, mais tous les commentaires qui vont avec je m’en passerais bien.

Je conduis, j’ai une nissan micra automatique pédale à gauche (allez trouver une automatique d’occasion et rajouter 1000€ supplémentaires pour changer la pédale). Donc je me gare sur les places handi. Et croyez-moi j’en ai eu des regards, des remarques car ma voiture ne fait pas, je cite, “handicapée”. J’ai la chance de ne pas devoir me trimballer en kangoo, car mon fauteuil peut se plier. Mais bon en général quand je met le macaron (c’est la carte bleue et avec ça QUE les personnes qui l’ont se garent sur les places bleues. D’après la légende.) et que je sort mon fauteuil, ils ferment leurs gueules et détournent le regard. (Je suis grossière aujourd’hui pardon.) Et ça c’est encore un cliché à la con et j’en ai marre.
Des fois j’ai même honte de pouvoir me lever du fauteuil, au cinéma on me fait toujours entrer en première (pour le fauteuil) et quand les gens me voient me lever du fauteuil pour m’asseoir sur les sièges du cinéma (oui car mine de rien le fauteuil, ça fait mal au cul) j’ai les mêmes regards, les mêmes réflexions de merde. Pour vous dire, des fois je fais exprès de boiter plus que d’habitude pour ne pas à avoir une fois de plus à supporter ces regards et paroles blessantes.
On m’a même dit une fois que je marchais avec ma canne pour avoir un style, non en fait j’ai mal désolé. Alors dans le tramway des fois je suis debout et je montre ma carte “personne à mobilité réduite” pour demander de prendre la place assise de quelqu’un, vous devinez que ce n’est jamais gagner.

Jamais de ma vie on m’a dit “ah mais vous marchez quand même ! Quelle chance” ou sur la rigolade. Ceux qui en rigolent avec moi sont ceux qui me connaissent (et vous).  A chaque fois sinon, je suis obligée de me justifier comme sur ces commentaires de facebook. Après quand on me demande ce que j’ai c’est avec plaisir que je réponds en général, mais des fois non.

Et pareil si vous avez lu tous les commentaires, et ceux qui m’ont sur fb le verront, je ne poste jamais de photos de moi en fauteuil à part si je me trouve vraiment bien dessus. Car aussi fou que ça puisse paraitre, quand une personne vient vous faire la causette sur facebook, et que vous dites “je suis en fauteuil”, en général vous n’avez plus de nouvelles. Ou alors le sujet se détourne totalement sur le fauteuil avec des questions style “mais au lit ça se passe comment?” Et en plus si j’en avais mise une on m’aurait sortit “tu te montres pour avoir de la pitié !!” Enfin soit… 

Mdr lol xptdr

Comme je l’ai dit mon fauteuil roulant me sert d’appui et d’autonomie, si je ne l’avais pas je ne pourrais même pas aller prendre un chocolat chaud au Colombus avec les copines,  et ça c’est pas une vie d’être enfermé chez soi.

En France (après je ne sais pas ailleurs), nous ne sommes pas assez informés sur les différentes sortes de handicap. J’ai l’impression qu’il y a un stéréotype de personne handicapée qui s’est formé dans la tête de pas mal de personnes
!  Il y a pourtant tellement d’handicaps et de maladie invisibles.

Donc voilà je poste ces images où une énième fois j’ai dû me justifier pourquoi je pouvais être debout alors que je suis handicapée, et que non je ne suis pas une menteuse. On en est en 2016 en France, et j’en ai marre de devoir me justifier.

Et merci aux copines pour leurs commentaires. Oui j’ai un facebook sur le thème de “my little pony” je peux passer le lien haha

Ah et ma cagnotte se finit dimanche!

Hopeless
  • J : Chloé ? Est-ce que les hommes sont tous pareils ?
  • C : Non... On pense parfois que l'on connaît le pire, celui qui fait le plus mal. Puis on s'en remet et on en rencontre un pire encore.
Quelque part, très loin d'ici

Trois amies discutent lors d'une soirée, quelque part loin, très loin d'ici…

K : Non mais vous allez me dire que c’est pas de la provoc’ ça, peut être?!

P et J : Quoi?

K : Le mec vient à une soirée en sachant pertinemment qu’il y aura beaucoup plus de meufs que de gars, et qu’est-ce qu’il porte? Un marcel! Et rien d’autre qu’un marcel… Et après ça va venir se plaindre que ça s’est fait tripoter alors que ça avait dit non…

P : Il a peut-être pas conscience de la beauté de son torse…

K : Oh, sois pas si dupe! Ils savent très bien ce qu’ils font. Ils jouent les victimes et les ingénus, mais…

J : Non mais on voit carrément ses tétons pointer sous le marcel…

K : Tssss… Le pire, c’est que ce mec là, il allume, il allume, mais personne dans la bande n’a jamais réussi à se le serrer.

J : Encore un p’tit allumeur de merde… Je perds plus mon temps avec ça, moi!

P : Non, moi non, plus… De toute façon, j’aime pas du tout les mecs qui cherchent à attirer l’attention, comme ça… Je préfère les mecs discrets, qui ont de la classe, tu vois.

K: Ouais… Parce que le bolosse que t’as ramené chez toi le week-end dernier, il était hyper élégant!

P : Non, mais c’est pas pareil… J’veux dire, ouais, pour niquer, comme ça, je m’en fous que le mec soit un traîné… Tant mieux, même ça veut dire qu’il sait à quoi s’attendre et qu’il va pas se mettre à chialer comme une merde si je lui parle de sodomie le premier soir… Mais là, tu vois, j’ai envie de me poser. Et j’veux pas me poser avec un traîné. J’veux un mec propre, qui s'habille bien ; un mec qui se respecte.

J : Un mec vierge?

P : Vierge, je sais pas si ça existe encore, à notre époque, à moins de les chopper à la sortie de l’école…

J : Oh, putain, en parlant de sortie de l’école… Les meufs… Le petit frère de S. est revenu de son pensionnat… Il entre à la fac en septembre et il est… PAPAPAOOOUW!!!

K : T’es sérieuse?

J: Grave! Je l’ai croisé samedi dernier. Il était 20h, il avait bu trois bières et il était déjà bourré… J’avais déjà des plans pour ce soir là, mais si ça avait pas été le cas… Je l’aurais embarqué à l’arrière de la clio sans rien dire à personne, il aurait rien compris!

P : Putain, si S. savait que tu parles comme ça de son petit frère…!

J: J’en ai rien à secouer, moi! Ca fait des années que je me mords la lèvre et que j’ai pas le droit de toucher parce que MONSIEUR n’est pas majeur, même s'il n'attend que ça… Là, il est légal, je risque rien, il est frais, il est ferme, endurant, curieux, crédule, inexpérimenté… il est tout ce qu’il me faut! Du coup, on s’est échangé des messages et il doit me rejoindre chez moi plus tard dans la soirée.

K : Quand même, pour moi ça sera toujours le petit frère de S. … Je pourrais pas lui faire des trucs, je crois.

J : Tu changeras de discours quand tu le verras, le cul moulé dans ses jeans d'étudiant, la mèche au vent, ses joues qui rougissent quand je l'appelle Mignon…

K : Que de la gueule, je suis sure t’y arriveras pas!

J : Meuf, je vais le foutre à genoux et lui en mettre plein la face. Je vais le serrer tellement fort qu’il appellera sa mère. Putain, j’vais le baiser tellement violent qu’il va saigner, le petit gigolo.

K : Merde, tu m’as excitée, je crois que je vais attaquer Marcel.

P : Pourquoi tu vas perdre ton temps avec un allumeur? Pourquoi tu vas pas avec une valeur sure, comme V.? Il est toujours opé V. Pour le chopper, il faut juste être la première à lui proposer.

K : Ouais, mais je me le suis déjà trop fait.

J : Tout le monde se l’est déjà trop fait.

K : J’ai besoin de chair fraîche.

P : C’est qui le mec là bas?

K : Trop de bide.

P : Et celui-là?

J : Il a pas de pecs… laisse tomber.

P : Bon et lui? Il est bien gaulé, lui!

K : Ouais… Si je lui colle un oreiller sur la tronche, je dois pouvoir y arriver… Ou bien juste en levrette, quoi.

P : Heu… K… J’viens de recevoir un texto de ton mec… Il dit qu’il arrive pas à te joindre… Apparemment il y a un problème avec le magnéto…

K : Oh, putain, mais qu’est-ce qu’il me casse les oeufs! Il peut pas lire la notice comme tout le monde? À tous les coups, c’est une façon de vérifier que je suis avec toi… Bon, je peux l’appeler de ton téléphone, pour éviter qu’il me hacèle?

J : Tiens.


(K s’éloigne)


P : T’en penses quoi, toi?

J : Que c'est pas nos affaires… et puis tu la connais…

P : Ouais, enfin quand même c’est pas cool…

K : Qu’est ce qui est pas cool?

P : Ce que tu fais à ton mec… J’veux dire… Des mecs biens, y en a pas tellement… Et le tien, il t'aime vraiment, quoi…!

K : Putain, mais moi aussi je l’aime! Mais est-ce que je peux arrêter d’aimer tous les autres sous prétexte que je l’aime, lui? Tu sais, ma mère elle m’a un peu élevée comme ça… J’veux dire, ma grand-mère aimait les hommes, ma mère aimait les hommes… Elle aimait mon père, mais elle avait des amants dans toute la ville… Mon père en souffrait, mais il l’a toujours accepté, avec beaucoup de dignité. Il savait que tu pouvais pas empêcher une fille de notre crampe de vivre comme un cheval fou…

P : Une jument folle.

K : Comme un oiseau! Comme un papillon! … Libre, quoi…

P : Tu pourrais juste ne pas avoir de mec et ne faire souffrir personne…

K : Mais arrête! J’aime mon mec, c’est le père de mes enfants, c’est celui que j’ai choisi pour élever mes gosses, c’est pas rien, tu vois! Je le sais bien qu’aucun des p’tits minets que je m’envoie ne m’aime autant que lui. Mais… Qu’est ce que tu veux que j’y fasse… C’est dans mon sang…

J :Ouais, t’as raison… Et puis ils nous emmerdent assez pour qu’on puisse profiter d’eux une fois de temps en temps… J’veux dire… Quand c’est pas le magnéto, c’est le DVD, ou leurs clés qu’ils trouvent plus, ou leur tenue qui est ridicule, ou leur conversation…

P : Oh putain, leur conversation…

K : Ouais, c’est pas parce qu’ils savent parler qu’ils savent converser…

P : Et pourtant, Déesse sait qu'ils savent parler…!

J : Ouais, donc tu vois, s’ils savent baiser, en profiter c’est notre seule façon de compenser pour ce qu’ils nous emmerdent.

P : Ouais, ok. Et puis bon, je suppose que ton mec est pas un bébé. Il te connaît, il savait dans quoi il s’engageait. Parfois, je crois même qu'ils aiment un peu ça… Qu'on les traite mal. Ils disent vouloir une fille gentille mais c'est toujours après les meufs comme toi qu'ils courent…

K : Tout à fait! … Et puis de toute façon, s’il me fait une scène, j’lui en colle une. Histoire de bien lui rappeler qui c’est la femme…

P : …

J : …

K : J'veux dire… Il faut que les choses restent à leur place, tu vois!

 

Mais laissez moi crever ! De toute façon j'ai pas envie. J'ai envie de rien, oui, j'en ai marre.
J'ai plus envie d'entendre ce putain de réveil sonner à 6h10 tous les jours. J'ai plus envie d'me lever tous les jours, plus envie d'me traîner au lycée pour preparer sagement ma vie future sur les bancs de l'école. T'façon on va tous bousiller notre avenir. On va louper notre vie. Mais t'as pas le choix, tu peux pas te résigner dès l'enfance à avoir une vie de merde.
Même si j'ai plus envie de participer à cette illusion.
On nous faire croire que tout peut arriver, que si le destin t'aime bien, tu auras peut être dans ton garage une caisse qui vaut le prix d'une baraque. J'ai plus envie de croire, d'espérer. Que se soit pour notre système du plus fort ou mes petits intérêts personnels.
Non j'ai plus envie d'espérer que tout va s'arranger. J'ai plus envie de mentir moi. Mais j'ai pas envie non plus d'avouer que tout va mal.
Paradoxe non ? Mais c'est pareil pour tout. J'ai pas envie de continuer d'me tailler les veines. Mais j'ai pas non plus envie d'arrêter.
J'ai pas envie de continuer à m'engraisser à l'huile de palme mais j'ai pas non plus envie d'arrêter de manger d'la merde.
J'ai plus envie d'être avec lui mais je n'ai pas envie de le quitter.
J'ai envie de crever mais je suis toujours là, à parler d'ma gueule.
Parce qu'après tout, tout est comme ça dans ce monde individualiste qui encourage l'égocentrisme. À se croire mouton noir parmi les moutons blancs. Alors qu'en fait on est rien de plus que des moutons gris.

Et rien ne tourne rond dans ce monde qu'on voudrait carré.

-Je suis le genre à me lasser rapidement, et pour une fois, non. C'est bizarre.
- C'est pareil pour moi. Tant mieux.
- Tu crois que ça veut dire quelque chose ?
- Que ca va marcher