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BURLESQUE ET POLITIQUE : RETOUR AUX ORIGINES DU BURLESQUE


Si un musnier, un tailleur, un sergent et un advocat estoient dans un sac, qui sortiroit le premier ? Ainsi Tabarin attirait-il la foule des badauds venus en nombre l’écouter débiter toutes sortes de fantaisies, juché sur des tréteaux de fortune, place Dauphine. C’est dans le Paris populaire du XVIIe siècle que le mot « burlesque », de l’italien burla («farce», «plaisanterie»), apparaît pour qualifier cet art littéraire de la comédie, léger, grotesque et vulgaire, alors très prisé. Jouant du décalage entre noblesse et bassesse du style et des personnages, le burlesque offre un formidable mode d’expression, des farces les plus triviales et gratuites aux véritables satires sociales et politiques : l’auteur libertin Claude Le Petit en finit pendu et brûlé tandis que se passait sous le manteau son poème Paris ridicule qui n’épargnait ni l’Église, ni le roi, ni ses ministres. Mœurs bienséantes, ordre établi, gouvernement des âmes et des corps, le burlesque éclabousse les censeurs et les tenants de l’autorité politique et morale à grands éclats de rires grivois.  C’est bien là l’un des héritages du burlesque qui s’incarnera quelques siècles plus tard au cinéma à travers les gags vaudevillesques de Charlie Chaplin ou de Laurel et Hardy, mais aussi, d’une autre manière, dans les danses érotiques des cabarets du Vieux et du Nouveau Continent, vers la fin du XIXe et au début du XXe, et bien plus tard encore, au XXIe siècle, dans le New Burlesque.

Un fameux soir de 1894, Blanche Cavelli émeut le tout Paris avec son Coucher d’Yvette, premier strip-tease de l’Histoire, invitant l’érotisme dans les salles de théâtre : on nomme ces pièces des «Burlesques». La fièvre des effeuillages et des french-cancans se répand alors des scènes du Divan Japonais et, non loin, du Moulin Rouge et du Bal Tabarin (!), à toute l’Europe de l’Ouest et aux États-Unis. Dans les Années Folles, cabarets et music-halls soignent les traumatismes de la guerre à grand coups de divertissement, avec des numéros légers, élégants, parfois osés, parfois drôles, sortant la sexualité de sa simple fonction reproductrice, en faveur de l’érotisme pur. Mais c’est sans oublier ces femmes, ces extravagantes, ces garçonnes, ces libertines, ces bisexuelles, qui repoussent les limites du genre, de la sexualité féminine, de l’identité. Comme cette Anita Berber qui excellait dans l’art de choquer les esprits. Cependant, en migrant aux Etats-Unis, des music-halls de l’entre-deux-guerres aux pin-up des années 50, il se départit de toute tentation revendicative en faveur de l’entertainment, de la volupté et du désir masculin. Le Burlesque se fait oublier avec la révolution sexuelle : quels esprits restent échaudés par quelque jambe nue doucement dévoilée, alors que l’on montre tout, que l’on ose tout ?

Il faut attendre les années 1990 pour que le burlesque soit ressuscité et revisité par une bande de Californiennes hautes en couleur ! Pourquoi alors, parmi tout autre art, ont-elles choisi le Burlesque pour donner corps à des idées politiques et à un féminisme d’un nouveau genre ? Peut-être parce qu’elles y ont trouvé les ingrédients parfaits pour mettre à l’épreuve, avec leurs corps dénudés, les normes physiques, sociales et morales, dictées par nos sociétés de consommation et encore fondamentalement patriarcales. Le genre burlesque dans la littérature et au cinéma est souvent tenu éloigné de celui de l’art de l’effeuillage. Ce dernier porte cependant en lui les caractéristiques propres au genre : humour grivois et populaire, légèreté, personnages grotesques ou stéréotypés, quiproquos, comique de situation … Quels que soient les Arts et les époques, poètes, cinéastes, auteurs, effeuilleuses, ont vu dans le burlesque un merveilleux outil pour repousser les limites de la bienséance et du politiquement correct, libérer les corps, titiller les tabous et les normes, et parfois offrir de véritables satires sociales.

Che Guerazade 


Photos : Couverture. Inventaire universel des œuvres de Tabarin (1622) © Gallica; Anita, Bitte Zahlen, Ernst Schneider (1921); Minuit au bal Tabarin, Paris. Michael Putz-Richard (1868). Collection privée; Dirty Martini. Cabaret New Burlesque Show at Cirque D'Hiver ©Foc Kan

Janet Fischietto + Janet Fischietto @ “The new burlesque” by Cesare Cicardini, Fotografica 12 by Canon! Meet me there on Saturday for the photography workshop at via Tortona 32, Milan!!!#photography#janetfischietto#cesarecicardini#diary#beauty#burlesque#burlesquedancer#newburlesque#canon#photography#workshop#lady#retro#vintage#costume#cigarettegirl#cigarette#circus @voodoodeluxe

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