natures du monde

Plus le temps passe et moins je m'ancre dans la réalité, plus je tente de m'en échapper. Elle se contentait auparavant de me fixer de son œil vide et froid, mais désormais, elle me heurte. Je ne comprends pas ses faux-semblants, ses immeubles, son béton, sa tricherie, son profit, ses bassesses. Je guette le ciel entre les tours. Je tente de suivre le vol des oiseaux et trébuche sur un vieillard endormi dans la rue. J'ai le cœur qui se tord devant les horreurs que les hommes font aux hommes. J'ai besoin de bienveillance et de vérité, j'ai besoin de nature, celle du monde et celle des âmes. Je ne me sens pas à ma place. Je ne rentre pas dans le cadre. J'essaie d'avancer dans un univers droit et lisse en me tenant sur des jambes arquées sous le poids des rêves ; pourquoi s'étonner encore de ma maladresse ?

Le temps des tristes.

La douce mélodie d'une boîte à musique, qui retentissait dans les oreilles de la jeune fille. Le regard rivé sur la fenêtre, le ciel gris, la neige qui tombait et s'écrasait sur la vitre. Un miroir brisé, éclaté, éparpillé. La joue en sang à cause d'un éclat, la douleur s'accentua, mais ne combla pas le vide, la peine ou encore le désespoir. Les gouttes d'un robinet mal fermé qui formaient une chanson angoissante et flippante. L'écho de ces perles d'eau se mélangeait à la mélodie de la boîte à musique. Une ambiance morose.
Sa respiration est lourde, quasiment inexistante, son corps, complètement anéanti, déglingué, ne bouge même plus. Elle resta figée, laissant le temps lui filer entre les doigts, laissant son corps pourrir dans cette chambre. La neige se mélange au vide. L'hiver laisse place à la fin et au renouveau de la Nature et du Monde. Il emporte la vie, laissant le calme prendre sa place. Plus rien ne bouge. Le temps est comme suspendu, la nuit prend plus de place. L'hiver est le temps des tristes. L'hiver était son temps. Elle valsa avec, virevolta, respira, rigola. Sans trébucher, sans s'écorcher. La nuit l'embrassa et la caressa. C'est alors que naquit une idylle spirituelle. Une idylle imaginaire, qui la foutait en l'air. Alors elle se laissa mourir, laissa le temps faire son travail, son corps se décomposa, lentement. Ses organes se tordirent de douleur pendant plusieurs jours. Avant de se taire. Plus aucun hurlement. Juste des étouffements. Son corps l'abandonna, laissa tomber son esprit, son âme. C'est alors qu'un oiseau commença à chanter. D'une force qui naquit du vide, le corps de la jeune fille s'anima, s'éleva, un soleil aveugla ses yeux. L'hiver était parti, laissant place au printemps. La neige s'était transformée en herbe et en fleurs.
Elle respira. Se retourna. Il ne restait plus rien.
Plus rien à part son corps gisant dans cette pièce grisâtre, laissant la pourriture bouffer son corps, laissant sa tristesse mourir.
Elle s'en alla vivre le printemps, laissant l'hiver derrière elle.