nargue

4:21

J’ai envie de vous cracher toute ma haine à la figure c’soir parce que. Parce que j’suis énervée contre moi-même du coup j’me dis que c’est sans doute plus facile de s’énerver sur les autres. Bien, la vérité, c’est que vous me dégoutez tous autant que vous êtes, j’vous méprise et j’vous hais d’être presque parfait, je hais ceux qui ne souffrent pas, ceux qui sont heureux. Je hais la vie et la tristesse, je hais tout autour de moi mais surtout vous, je ris devant votre hypocrisie et de vos sourires qui me nargue, nous, moi, qui suis-je si malheureuse. J’vais pas vous cacher que souvent, je perd le contrôle accompagné d’un poing sur la table, je rêve de tous vous tuer. Et j’vous envie, vous et votre vie si tranquille. Pendant que moi, délaissé de tout espoir, je coule dans une marre lente et méconnaissable, je vous vois de loin, tous, avec vos visages titubant de bohneur. Face à vous, mes sourcils ne savent que froncés de colère sans jamais se lasser de vous regarder, stupide tous autant que vous êtes. Je ne peux plus vous voir étendre votre bohneur sur tout les toits. Vous voir coller les uns sur les autres parce que vous vous aimez trop. Et je n’en peux plus de tous vous croiser au détour d’une ruelle, je ne veux plus, vraiment plus poser mes yeux sur vos visages. Vous n’êtes qu’une bande de meurtriers car oui, vous avez tous autant que vous êtes, le pouvoir et la capacité de nous tuer en un unique sourire parce que. Parce que votre sourire est tout, tout ce que nous voulons. Un sourire reposant de sincérité, et je n’en peux plus, je suis fatiguée de vous mentir. Non ça ne va pas. Oui c’est de votre faute. Pourrissez en Enfer, c’est ce que vous méritez. Je veux mourir de haine, pas en paix. Putain, ne me touchez pas. M’parlez pas, j’veux pu vous entendre, j’veux pu vous voir, oh crevez-moi les yeux. Silence. Laissez-moi mourir.

Ça sent la transpiration. La rumeur dans la salle est exaspérante. J'écoute Franchise, encore, pour me faire tenir. Dehors il fait froid et le ciel bleu me nargue. Les avions se croisent et le soleil brille mais rien ne parvient ici bas, juste l'air mordant et la lumière aveuglante. Je vois des livres, des mains appliquées, un pantalon retroussé sous la table. Pilosité de garçon. Mollets engourdis. Je vois aussi le dos voûté, le blanc de l'oeil un peu jaune. Je vois des cheveux noirs et un air désabusé. Les barreaux au fenêtres. Le froid me colle encore à la peau. Débardeur, chemise, deuxième chemise, blouson, écharpe. Chaussettes à motifs. J'ai froid partout, mais c'est diffus. Je crois que j'en ai un peu marre. J'ai oublié mon encre de Chine. Je m'ennuie. Et ça sent mauvais ici.