mon carnet

Le temps d’une révolution muette.

J’ai toujours écrit avec les doigts en feu, aujourd’hui j’aimerais faire éclore des fleurs sauvages sur mon carnet.

J’aspire à la paix mais la poésie est l’Art de l’insurrection.

Ici débute une révolution muette et pacifique :

Ne jetons plus de pierres aux murs de l’Empire, bâtissons le nôtre sur le vertige.

L’insurrection serait de s’assoir au milieu des passants qui courent et de prendre son temps, 

Mais il n’y a plus de saisons :

Au printemps, les cerisiers fleurissent et fanent avant qu’on puisse leur écrire un vers.

Déjà : il nous faut jouer de l’épaule contre l’ivresse des avaleurs de carte et détourner notre attention des mini-shorts adversaires.

Au milieu de tout ça, la poésie a l’air bien stupide.

L’insurrection serait de jeter des étoiles de mer vers le ciel en clamant haut et fort que le temps n’existe pas. 

Pourtant, il faut aimer la cruauté des oiseaux quand ils chantent et parfois même leur donner le La.

En vérité, j’attends encore celle qui au même moment se penchera pour écouter l’eau.

En vérité : j’attends encore celle qui porte à son cou une clé qui m’ouvrira la porte d’un autre système solaire.

Je me demande laquelle viendra la première, mais ne cherche plus ni l’une ni l’autre.

Les jeux sont faits, les paris sont ouverts : 

L’amour ou la mort ; ma tête à moi est hors de prix.

J’attends et pour ne pas me plaindre : j’écris.

La poésie est cet art d’infortune qui donne a réaliser qu’on peut être très heureux avec trois fois rien.

De loin, je regarderai les femmes que je n’ai pas su aimer et j’irai m’asseoir face au Soleil quand il se couche.

J’aurai un sourire vaincu et la satisfaction des humbles quand ils disent qu’on ne peut pas tout avoir.

Mais je n’aurai rien.

Peut-être même pas un mauvais poème pour mendier.

Sous mes paupières je verrai des légendes de civilisations naïves et j’assisterai en arbitre à des guerres de papillons au temps de l’adolescence du monde.

Sous mes paupières, je verrai l’éclat qu’ont les prunelles aimées à l’instant des promesses et je verrai trembler des poitrines nues sous la passion d’un nouvel été.

Je verrai tout ça juste en fermant les yeux

Et un jour, vous qui ne savez pas prendre votre temps, vous vous arrêterez pour me lire.

Alors vous lèverez les yeux au ciel, et croisant mon regard vous comprendrez tous mes silences.

Top of the Rock - 26/04/17 - aquarelle - d’après photo

(Ma mère est passée au moment où je posais mon pinceau plein d’aquarelle bleue sur le papier pour me dire “ah mais c’était joli en noir et blanc”)

(RIP mon crayon noir préféré qui m’a lâchée en cours de route. Et RIP mon carnet à dessin au papier absolument pas fait pour être noyé sous l’aquarelle)

La poitrine cachée sous mon binder, rendu parfaitement plat sous mon sweat et en caleçon je m’assois dans mon lit et commence mes petits rituels du soir. Ecrire dans mon carnet, écrire une nouvelle lettre dans mon cahier, prendre le temps de respirer de faire le point sur la journée. 

J’en arrive au point toujours dur: qui a pensé à moi et ne m’a pas mé-genré ? Une personne… Felix c’est tout, et on a parlé que quelques minutes. Je soupire et relève la tête, croise mon reflet dans la télé au bout du lit et pour une fois … Constater que j’avais ce foutu corps de garçon, aucune poitrine, aucune lingerie ou culotte insupportable juste un caleçon tout simple.. Ca m’a fait du bien. 


Soyez gentil avec les gens qui sont un peu perdu avec eux mêmes, parfois dire le bon pronom change tout… 

6

WOW ÇA FAIT HYPER LONGTEMPS QUE J'AI PAS POSTÉ?? GOMENASAIII *s'enterre*
Du coup je vous (re)montre le contenu de mon carnet mauve que je trimballe partout : mes ocs, des otps, des croquis d'obs, du bordel.
J'essayerais d'être plus active à l'avenir, ça me manque ici ;u; des bisous!

J'ai baisé avec des visages presque inconnus durant des années. J'ai dansé dans des bars en renversant mon verre sur mes talons. J'ai pleuré en vomissant mon chagrin à quatre heure du matin. J'ai éclaté de rire en retour aux mots doux qu'ils m'ont parfois murmurés. J'ai hurlé les pires insultes quand on me traitait de salope. J'ai frappé les murs jusqu'à ce que la douleur devienne insupportable. J'ai cru pouvoir tout expliquer du haut de mes dix-sept années. J'ai fumé des kilos d'herbe en me questionnant sur le pourquoi du comment. J'ai supplié ma mère intérieurement de me pardonner en sanglotant. J'ai rendu des gens détestables et je l'étais sûrement aussi. J'ai maudis la vie de n'être pas née brune et charmante, mais blonde aux yeux bleus. J'ai parlé à mon carnet quand ma haine m'étouffait. J'avais dix-sept ans et j'avais cru mettre le monde à mes pieds alors qu'il m'avait depuis longtemps lui-même écrasé.

4/03/16. 23:30

Je crois que je ne veux plus jamais dormir et vivre tel un animal nocturne. Je suis bien la nuit, avec ma capuche, ma lumière rouge et de la musique. Je suis entrain d'écrire dans mon carnet chourré. Un peu de ce qu'il y a à l'intérieur. Parce qu'il est partit et c'était soudain.

Eh bien il faudrait maigrir.

Je suis étudiante en histoire de l'art. Une partie de ce que j’apprends peut se faire par le biais d’expositions. Ce soir donc, juste après mes cours et ma longue journée de stage, je fais une jolie expo en nocturne au Louvre, ma maison que je ne quitte plus puisque j'y étudie, j'y travaille, limite j'y vis. C'est pour me mettre plein les yeux de trucs gracieux et chargés, du bon XVIIIe venu tout droit de Salzbourg que tranquillement je me rends rapidement dans cette petite exposition mignonnette de deux salles avant d'aller dîner chez mes parents.
Les expositions pour beaucoup c'est du plaisir curieux, du passe-temps esthétique pour certains, intellectuels pour d'autres, les deux parfois. Pour moi aussi, mais avec cette saveur supplémentaire -plus ou moins agréable - de l'étudiant qui doit rassembler des connaissances en vu de prouver à la fin de son année que le corps professoral peut lui allouer son diplôme en toute confiance. Je prends des notes donc puisque les photos sont interdites. C'est plus long, je stagne plus longtemps devant les œuvres, normal, je n'écris pas aussi vite que je lis.
Au début de cette expo est proposée une belle vidéo sur un magnifique écran. Des vues de Salzbourg, enfin bon j'ai pas trop regardé c'était moins pertinent pour moi, et le temps m’étais compté -maman n'aime pas que j'arrive en retard. J'ai aperçu du coin de l'oeil le blanc des murs impeccables des églises et les couleurs chatoyantes des fleurs. Une vidéo d'office du tourisme bonne pour donner le ton en somme. Par contre, juste à côté est disposée une vitrine. Un truc bête, des médailles et un tableau minuscule mais incroyable fait uniquement de strates de cire et de verre. Je prends des notes. C'est souvent des noms Allemands que je connais pas, ce qui me rend plus lente encore mais je suis dans un coin, les gens peuvent regarder les œuvres s'ils le veulent. Ou je le croyais.
- Excusez-moi vous pouvez vous pousser ?
Je tourne le regard à droite, et tombe sur une petite soixantenaire, propre sur elle, un manteau en daim, des lunettes, une queue de cheval impec, le visage sec, le regard froid. Je comprends qu'elle veut voir la vidéo sur l'écran gigantesque à ma gauche que je regarde brièvement pour voir si vraiment j'empiète. Pas trop le choix en fait il fait toute la largeur du mur et si je me colle contre la vitrine je ne vois plus les cartels (les machins que les gens lisent à peine parce que le nom du gars, la date et le titre de l'oeuvre OK, les matériaux bon mais franchement la taille, exacte, le lieu de conservation c'est être pointilleux pour rien, ce rien qui est important dans le cadre de mes études) que je copiais puisqu'ils sont sur le tranchant du présentoir. Je fais quand même un petit petit pas en avant mais de sorte a toujours voir les cartels, donc en restant immanquablement devant cet écran gargantuesque, et je reprends mon travail.
-“Excuse-me c…”
Quand j’entends l'anglais et que je la sens se rapprocher de moi à limite tendre la main pour attirer mon attention, je comprends immédiatement qu'elle pense que je suis étrangère et que j'ai rien capté. En me tournant vers elle je la coupe en français un peu agacée :
-Vous savez, j'ai compris ce que vous m'avez dit.
Peut être que j'aurais dû être plus douce mais sérieusement… Elle avait toute la place qu'elle voulait et voyait tout en se déplaçant un peu sur le côté. Mais non.
J'avoue ne pas me souvenir exactement du très court échange qu'il y a eu ensuite où je lui explique, peut-être agacée en tout cas poliment, pourquoi je n'avance pas davantage. Cette dame, qui apparemment n'aime les expositions que quand elle y est seule, n'apprécie pas que je ne m'écrase pas devant son autorité sénile et qu'elle n'ait pas la priorité que lui confère ÉVIDEMMENT son âge et sans doute sa position sociale. Elle me regarde comme la nuisance que je suis dans son espace muséale de jouissance oisive. Je termine ma phrase rapide (tout se passe en quelques secondes) en disant qu'il n'y a pas la place et je veux retourner à mon travail évident, mon stylo et mon carnet entre les mains.
Ça n'est pas content, ça comprend que je ne bougerai pas avant d'avoir fini.
- Eh bien il faudrait maigrir.
Oh ça ne l'a pas dit fort, ça l'a soufflé dans un sifflement rageur et dépité, vicieux puisque ça l'a dit suffisamment fort pour que je l'entende, pour que je sache. Ouais je suis pas une mannequin, ouais je suis en surpoids. Je fais 1m76, et je pèse 100 kg. Ouais. Pourtant figurez-vous que je n’y pense pas chaque seconde de ma vie, que je ne me définis pas dans tout ce que je fais comme étant un être de 100kg. Je ne sens ce poids que quand je suis sur la balance. Autrement… J’ai donc eu un quart de seconde où j’ai halluciné puis un coup de sang immédiat.
- Je vous emmerde Madame.
Je n’ai pas réfléchi c’est ce qui est sorti. Je pense que j’ai grondé en lui faisant face et qu’elle ne s’attendait pas trop à ma réponse. Ma voix porte et a bien résonné dans l’espace d’exposition. Le gardien de salle nous a regardé, un peu inquiet de devoir s’occuper d’autre chose que de rappeler l’interdiction de prendre des photos. Elle a détourné le regard en marmonnant un “oui j’avais remarqué” et a continué à regarder sa pub de vacances.
-Je peux toujours me reculer si vous voulez, ça vous arrangerait encore mieux aussi.
J’ai tendance à être un peu trop cynique quand je suis attaquée. Elle a fait mine de ne pas m’entendre. J’étais furieuse. J’ai voulu me calmer en retournant à mon écriture… Si vous voyiez les quelques lignes que j’ai réussi à écrire… Illisibles. Je tremblais de rage.
J’étais une étudiante en train d’apprendre, un esprit en mouvement. En cinq mots, ni plus ni moins cette femme que je n’avais jamais vue de ma vie m’a rabaissée à mon seul corps, impropre à son petit confort personnel.
Je n’arrivais pas à me calmer. Pourtant je crois être un esprit calme voire flegmatique. Je me suis retournée vers elle.
-Enfin c’est incroyable. Pour QUI vous vous prenez ?
De quel droit ? De quelle autorité ? Elle m’a ignoré de nouveau. Je me suis tue, coupée dans mon élan car j’avais instinctivement (bêtement) attendu une réponse et je suis retournée à mon cartel que j’avais déjà lu quatre fois sans le retenir.
Je m’en veux… Je n’ai plus rien dit. J’ai continué de bouillir. Je pense que je n’ai pas retenu ce que j’ai vu par la suite, je ne me souviens pas vraiment même. Je me suis dit que si je la revoyais j’irai la voir, j’irai lui dire ce que je pensais, je lui apprendrais ce que c’est. Qu’elle ne me connaît pas, qu’elle ne sait pas qui je suis, comment je suis, quelle est ma vie. Qu’elle n’était qu’une pauvre idiote qui osait dire des choses qui pouvaient détruire quelqu’un en quelques secondes et tout ça pour quoi ? Parce qu’elle n’a pas pu voir un cinquième de cet écran qui ne présentait rien ? J’espérais la revoir au détour d’un tableau et tout en notant mes noms d’allemands je me voyais lui apprendre la vie à soixante ans passés, la mépriser, lui faire avaler sa queue de cheval.
Je l’ai revue. Je ne suis pas allée la voir. Je n’ai pas eu le courage de peut-être soutenir une deuxième attaque. C’était déjà trop. Je m’en veux. Je me sens coupable d’avoir détourné le regard, d’avoir fuit. Je me sens diminuée de ne pas l’avoir confrontée, de ne pas lui avoir souhaité une bonne soirée en la remerciant de m’avoir fait profité de son intelligence. Je me pensais capable. J’ai vu que non. En plus d’être grosse je suis une froussarde. Elle est rentrée tranquillement chez elle après avoir fait le tour de cette chârmante petite exposition, et ira raconter qu’une grosse l’empêchait de voir les supêêêêrbes images de cette ville enchâânteresse qu’est Salzbourg. Ma chère, c’est qu’elles ont totalement démissionné ça, elles ne se tiennent plus, comment pourraient-elles respecter les autres quant elles ne se respectent pas elles-mêmes? Ma bonne amie reprenez donc du thé. Ca ne fait pas grossir ça ahahah.
Deux amies à moi étaient là, je leur avait dit que je n’avais pas été touchée par ce que cette vieille grabataire avait dit. Je le pensais vraiment. Je me suis trompée. J’étais furieuse, je n’avais que la colère et l’envie de lui en coller une en tête. Une fois calmée, j’ai repris mes esprits, j’ai voulu aller chez mes parents pour dîner. Sur le trajet j’ai pensé à ce que j’ai dit, ce que je voulais dire, ce que j’aurais dû dire, et j’ai surtout repensé à ces petits mots, ces petits mots soufflés, ces petits mots de rien. Je m’en veux de vouloir pleurer. Je ne l’ai pas encore fait… Je me retiens. Encore maintenant. Les larmes qui me brûle les yeux m’horripilent, et me rappellent mon impuissance, ma faiblesse d’être touchée par ces mots qui ont été lancés dans le seul but de faire mal… et qui semblent réussir. J'ai l'impression que si elles coulent, l'autre aura gagné.
Je donne peut-être l’impression d’avoir confiance en moi. De n’en avoir rien à foutre de ce que les autres pensent. Si vous ne l’aviez pas compris c’est une carapace bien stéréotypée du personnage fort en gueule mais qui en fait est tout mou dans le dedans. C’est un entraînement de longue haleine, un long exercice. J’ai ignoré longtemps ce que mon entourage pouvait dire de désagréable à mon propos, je m’y suis habituée. J’ai toujours été grande, j’ai toujours été ronde mais rarement dans ma vie j’ai été emmerdé pour mon poids. C’est arrivé, bien sûr, la dernière fois était au collège. J’ai eu quelques bullies, mais ils se sont tous découragés, jamais ils ne sont restés longtemps, jamais ils ne m’ont touché en profondeur. J’ai eu des blagues innocentes parfois, mais très très rares, de mes amis ou de mes frères. J’ignore ou je réponds du tac-au-tac. Ce sont des gens que je connais qui sont issus d’un environnement qui m’est familier et que je peux ignorer ou que je me sens capable de contrer.
Jusqu’à ce soir jamais un.e inconnu.e ne m’avait attaqué gratuitement. Jamais on avait baissé les yeux sur moi et décidé de me reprocher mon physique directement, sans aucune considération pour la personne que je suis. Jamais je n’avais eu à ressentir le poids de ces 100kg par le mépris d’un autre que le mien. Cette performance a été réalisée par cette femme, blanche, d’un âge qu’on qualifie habituellement de sage et qui s’est crue meilleure que moi parce que desséchée et la peau sur les os. Elle s’est arrogée le pouvoir de me retirer le droit d’être là parce que je gênais son espace, parce que je prenais trop de place, parce que je suis grosse. Je devrais me cacher dans ma honte, dans mon gras, dans mon corps si dégueulasse qu’il ne devrait même pas exister dans un espace de beauté, de culture et de savoir. Cette femme doit être malheureuse pour être d’une méchanceté si instinctive parce que même si cela m’a traversé l’esprit à aucun moment je ne lui ai dit qu’étant sur le seuil de la mort elle devrait plutôt laisser la place à ceux qui apprennent leur métier. Ou plus simplement qu’elle n’était qu’une vieille conne.

Je voulais écrire un roman, une chanson, ou peut-être un poème. Je voulais remplir mon carnet de centaines de lignes, déverser toutes mes pensées, libérer mon coeur. Je voulais créer des personnages, une nouvelle vie, un autre monde. Mais les seuls mots qui ont traversés mon esprit à ce moment là étaient “ Je t'aime ”.
—  centmotssanstoi