mille milliards de dollars

Je m'appelle Paul Kerjean. Profession : grand reporter. Un titre pompeux que l'on nous donne parce que nous sommes là où le monde bouge, là où les hommes se battent, et meurent. Ce soir, je suis un rescapé de la plus impitoyable des guerres, la guerre économique, où les généraux sont en costume rayé de bonne coupe et leur arme, un attaché-case de bon goût. Derrière trois initiales discrètes, une lettre, un point, une lettre, un point, une lettre, un point, se cache la plus gigantesque machine à broyer les frontières, les États, les intérêt collectifs, dans le seul but de produire plus, créer sans cesse des marchés, et vendre.

Je me suis cogné la tête contre ce défi lancé au monde.

Si le dynamisme et la mondialisation des affaires est dans la nature des choses, il est difficilement supportable qu'il s'exerce au profit de trente firmes dans le monde. C'est aux États et à leur gouvernement qu'il appartient de les contrôler, les prévoir, les définir et les dominer. Devant l'absence de cette politique ou le manque de volonté, ces empires économiques nous regardent, dans la légalité et du haut de leur gigantisme, ils nous regardent avec nos petits drapeaux, nos frontières, nos grosses bombes, nos patriotismes, nos idéologies, nos querelles et nos folklores tandis qu'apparaît en bas de leur bilan annuel : mille milliards de dollars.

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Paul KERJEAN (Patrick DEWAERE)

Henri VERNEUIL, Mille milliards de dollars, 1982