mes persos a moi

Quand je vois les couples autour de moi je vous avoue que je comprend pas. Les gars quittent leurs copines pour revenir quelques jours/semaines plus tard en disant qu'ils regrettent et que rompre leur a fait se rendre compte qu'ils sont vraiment amoureux. Et le pire c’est qu’elles retournent avec. Moi perso tu me quittes plus jamais tu me revois.

Étrangement mon collège s'est plutôt bien passé, contrairement à la majorité des gens il me semble. En troisième j'ai eu droit à mes premiers harcèlements complètement injustifiés de la part d'une nana, mais j'ai su me défendre en lui écrivant une lettre pour lui expliquer que ce qu'elle faisait était stupide et ça m'a valu le soutien d'une partie de ma classe et de l'ensemble des adultes. Donc ça allait, ça me faisait même plutôt rire.

C'est au lycée que ça s'est barré en couille.

Je suis arrivé en seconde dans un établissement où je connaissais personne, donc j'étais en mode Christophe Colomb, découverte d'un nouveau territoire, avec de nouvelles personnes que j'allais devoir apprendre à connaître et à apprécier. Autant le dire tout de suite : ce fût un merveilleux échec.

J'ai fait la rencontre d'un certain Manu (ce n'est pas son vrai nom mais presque) qui m'a d'abord paru être le mec trop cool par excellence : guitariste, chanteur, parolier, fan de cinéma, super sympa, très à l'aise socialement, avec toujours des tas d'anecdotes à raconter. C'est plus ou moins grâce à lui que j'ai pas fini tout seul ma première année de seconde, tout comme c'est plus ou moins grâce à lui que j'ai fini tout seul l'année suivante, mais j'y reviendrai. Au début on s'entendait super bien, on traînait tout le temps ensemble, il me faisait rencontrer du monde, j'étais persuadé que mon lycée commençait à merveille. Et puis j'ai commencé à me poser des questions, je me demandais si mes nouveaux amis m'aimaient vraiment ou s'ils faisaient semblant. Avec le recul, je crois qu'ils se forçaient à me supporter parce que Manu était là et qu'ils savaient que lui m'appréciait. J'ai eu droit à quelques répliques joyeuses du genre “Quelqu'un a son numéro ?” “Mais enfin, pourquoi quelqu'un aurait son numéro ?” suivi de rires. Je sais même pas pourquoi ça m'avait pas choqué à l'époque. Je devais être un peu trop désespéré pour réagir. Et puis c'est Manu qui s'y est mis, de plus en plus régulièrement, mais une anecdote m'a particulièrement marqué. C'était un jour où nous avions finis les cours plus tôt que prévu, donc avec quelques personnes on est allé se poser dans le parc. Je n'y suis personnellement resté qu'un petit quart d'heure car j'avais un bus à prendre, et au moment de dire au revoir à tout le monde Manu a lâché “Quand il s'en va, à nous la liberté”. Sur le coup j'ai fermé ma gueule, mais je crois que c'est à ce moment là que j'ai compris qu'il jouait une sorte de double jeu avec moi. Ce qui ne m'a pas empêché de passer le reste de l'année accroché à lui car au fond je n'avais personne d'autre.

Et puis est venu le temps de notre deuxième seconde (oui car nous avons tous les deux redoublé, et les profs nous ayant vu toute l'année ensemble ont jugé bon de nous remettre dans la même classe, merci m'sieurs dames). Il a commencé à être de moins en moins sympa avec moi, il s'est trouvé de nouveaux amis. Mais sans jamais me laisser totalement tout seul, il continuait d'être mon pote. Sauf qu'il rejoignait de plus en plus le discours de la majorité des gens qui me trouvaient… je sais pas, “pas bien pour eux” j'imagine. J'ai eu droit à de plus en plus de réflexions de sa part, surtout en public, et les autres se gênaient de moins en moins pour m'en faire. Je sentais que je commençais à devenir un peu le souffre douleur de la classe. Jusqu'au jour où, en cours, Manu a dit devant deux ou trois nanas qu'on était “Très bons amis”, tout ça. J'en ai eu marre, je lui ai dit “Nan mais euh par contre je suis désolé mais perso pour moi t'es pas un ami. Tu me traites comme de la merde devant tout le monde, pour moi c'est pas ça un ami.” Ça lui a pas plu. Evidemment je suis passé pour le connard ingrat qui a dit “un truc qui se fait trop pas quoi”, et ça a signé la fin de ma vie sociale. Je me suis retrouvé tout seul, mais genre vraiment.

Du jour au lendemain, Manu et tous les gens qui faisaient semblant de m'apprécier m'ont tourné le dos. J'ai passé toutes les récrés de l'année assis par terre dans les couloirs à écouter de la musique. Toutes les heures de perm sur un pc à traîner sur des forums. Je mangeais au self seul à ma table. Et les rares fois où quelqu'un s'asseyait à côté de moi en cours parce qu'il y avait plus de place ailleurs, j'entendais des “Han le/la pauvre…” comme si j'étais une sorte de monstre dégueulasse. Je me suis déjà fait engueuler par des profs parce que je refusais de répondre en cours, parce que je savais que la moindre prise de parole de ma part me vaudrait des ricanements. J'ai eu droit aux grands classiques, les coups de pied dans le sac, les boulettes de papier dans la gueule, il y a même un mec qui avait commencé à me couper une atéba qui pendait de ma nuque. Manu se déchaînait, il se passait pas une journée sans au moins une réflexion sortie de nulle part. J'en suis arrivé à me dire que tout ça était normal, que j'étais juste pas fait pour être apprécié. Je me disais que toute ma vie serait pleine de bâtons dans les roues à cause de mon incapacité à m'intégrer socialement.

Ce qui m'a permis de tenir, ce sont trois choses :
- Ma famille, qui m'a jamais laissé tombé, qui m'a toujours soutenu, je les remercierai jamais assez (pour ça et pour tout le reste)
- L'art. L'art quel qu'il soit a toujours été ma raison de vivre, de ce depuis que j'ai pu tenir un crayon. A ce moment là c'était la musique qui me passionnait le plus, et je me suis jeté à 200% là dedans.
- Et surtout (même si je pense que les deux premiers faits m'ont donné la force d'assumer le troisième) j'ai fait le choix que tout ça ne m'empêcherait jamais d'être heureux. Le lendemain du jour où ma solitude est devenue officielle, j'ai développé un optimisme à toutes épreuves qui est aujourd'hui encore ma marque de fabrique. Personne n'avait le droit de me rendre malheureux, et de toutes façons ceux qui essayeraient de le faire n'y arriveront pas, car je ne les lasserais pas faire. Ça n'a pas toujours marché, il y a eu des moments plus durs, mais sans ça je me serais laissé aller et j'ai peur de ce que j'aurais pu faire.

Ces événements remontent à il y a environ 5 ans maintenant. J'ai fini ma seconde seul, et tout s'est brutalement arrangé en première. Les gens ont recommencé à m'apprécier, même certains qui me fuyaient l'année passée, j'ai à nouveau eu des amis, j'ai repris confiance en moi. J'ai vécu des moments d'excès pour à peu près tous les trucs pour lesquels on m'a rabaissé. On méprisait ce que je faisais en musique en seconde, en première le moindre compliment m'a valu de prendre la grosse tête ; on me trouvait laid et repoussant, j'ai été narcissique ; on a ri de mon célibat et de ma virginité, j'ai enchaîné les copines, les plans culs, j'ai été infidèle. Tout ça a fini par se réguler, aujourd'hui ces trois problèmes là sont derrière moi, mais ça aura pris du temps.

Je serais tenté de dire que mes cicatrices se sont refermées, mais il m'en reste encore une : une rage, une rage de vengeance puérile, une envie d'hurler au monde que je m'en suis sorti, que je suis devenu bien plus que ce que j'étais à l'époque, que je me suis révélé tel que personne ne me voyait, une sorte de fierté d'être aussi grand aujourd'hui que j'ai été petit hier par leur faute. Ma plus grande fierté, et j'en ai un peu honte au fond, c'est de voir que la roue a tourné. Manu m'a rabaissé par rapport à ma musique, par rapport à mon physique, par rapport à ma virginité. Aujourd'hui je suis meilleur que lui dans tous ces domaines. J'ai honte de penser comme ça, mais je crois qu'il le mérite, car au final ça reste infiniment moins méprisant que lui l'a été avec moi.

Aujourd'hui mes projets fonctionnent très bien, je suis quelqu'un d'heureux et d'épanouis, je profite à fond de tout ce qui m'arrive, je tente des choses un peu folles, je vis à 200 à l'heure et j'adore ça. La musique est toujours ma passion principale, j'essaye d'en faire mon métier. A travers mes textes j'essaye de transmettre des messages, d'aider les gens, notamment les gens qui ont vécu plus ou moins la même chose que moi. Et sans prétention, j'y arrive un peu, je reçois beaucoup de mails de gens qui me remercient pour mes musiques et mes paroles, qui me disent que ça les aide. Quelle victoire putain. Quelle belle récompense.

Je doute que tu lises tout ça Manu. Mais si jamais tu le lis, je ne sais par quel hasard, sache que vraiment t'as été qu'une crasse. Et que t'as eu de la chance que je sois quelqu'un de solide, les conséquences de tes actes auraient pu être bien pires. J'espère que tu as grandi, que tu as conscience d'avoir été un connard, que tu t'en es voulu ne serait-ce qu'un peu. J'espère aussi que tu t'es pardonné pour ça, que tu avances. Au fond j'espère que tu vas bien. Que tu es devenu quelqu'un de bien. Car à l'époque c'était pas gagné, et ça me retourne l'estomac d'imaginer que tu ais pu rester le même. J'espère vraiment que tu as grandi.

Je peux pas finir ce long témoignage (merci à tous ceux qui l'ont lu, au pire c'est pas très grave, moi ça m'a fait un bien fou de l'écrire) sans m'adresser à ceux qui vivent encore ce genre de situations : perdez jamais espoir. Jamais. Vous êtes du mauvais côté du monde pour l'instant mais ça changera. Vous avez de la force en vous, croyez moi vous en avez. Allez la chercher à coups de pioche, déterrer la, servez vous en pour vous faire un bouclier. Vous allez vous en sortir, vous allez vous retrouver un jour à regarder en arrière et à vous dire que ça y est, ça y est putain c'est fini. Je dis pas ça juste parce que ça vous ferait plaisir de l'entendre. Je dis ça parce que c'est ce que j'ai vécu, et parce que c'est ce que plein de gens autour de moi ont vécu. Et vous savez quoi ? Ils s'en sont tous sortis. Tous. Soyez les plus forts. Ne serait-ce que pour ne pas laisser le monde entre le mains de tous ces connards.

Gardez le sourire, et surtout n'oubliez pas d'être heureux. C'est ce qui m'a sauvé.