mer adriatique

7

DEUXIEME CONFERENCE DU GROUPE D'ASSISTANCE POUR LE DEVELOPPEMENT DE L'INTERMARIUM

La deuxième conférence du Groupe d'Assistance pour le Développement de l'Intermarium (Union Adriatique-Baltique-Mer Noire), initié par Andriy Bilestkyi (député, dirigeant du parti politique “Corps national” et membre du Conseil National de Sécurité et de défense d'Ukraine, fondateur et premier commandant du régiment Azov), s'est tenue à Kyiv le 27 avril 2017.

L'événement a prolongé à un niveau supplémentaire la conférence inaugurale de ce même groupe intitulée “Intermarium, une alternative géopolitique pour l'Europe centrale et orientale” qui s'était déroulée le 2 juillet 2016, également à Kyiv.

Cette fois-ci, la conférence a réuni des délégués venus des trois pays baltes ( Lettonie, Lituanie, Estonie ), de Pologne, du Belarus, de Croatie et d'Ukraine.
L'idée d'une alternative géopolitique est devenue relativement populaire dans la société ukrainienne depuis le déclenchement de la révolution du Maidan.

Des priorités politiques différentes, un contraste prononcé entre les modèles économiques et, en particulier, des différences frappantes entre les politiques culturelles de l'Union Européenne et celles des pays d'Europe orientale comme l'Ukraine, ont déclenché un intérêt croissant pour l'idée de l'Intermarium, d'abord en tant qu'union défensive, puis comme possible épicentre d'une intégration européenne alternative.

Les changements rapides dans le paysage géopolitique européen et mondial (l'agression russe contre l'Ukraine et l'annexion de la Crimée, l'augmentation de la menace islamique et l'augmentation des attaques terroristes dans les métropoles européennes, le Brexit et les succès électoraux des partis eurosceptiques, le renforcement du Groupe de Visegrad et le changement d’élites politiques aux Etats-Unis), couplés aux efforts similaires déployés par les leaders polonais et croates au sujet du développement du partenariat Adriatique-Baltique-Mer Noire, rendent le projet Intermarium plus que jamais réalisable.

Tôt ou tard, la conférence intitulée “Intermarium, de l'autonomie à la souveraineté” sera en mesure facilement trouver sa place dans ce processus.
Précédée par la conférence inaugurale qui avait souligné les lignes de force géopolitiques des pays concernés, la deuxième rencontre du groupe d'Assistance au Développement de l'Intermarium s'est fixé la tâche plus spécifique d'établir des liens horizontaux entre les états membres, avant tout dans les domaines stratégiques de la défense, de l'économie et de l'énergie. Les projets concrets  lancés dans ces domaines, serviront, par conséquent, de locomotives pour l'intégration régionale.

Cependant, “la destinée historique” et l'identité culturelle partagées de cette région, bien que demeurées un arrière-plan implicite des interventions, n'en étaient pas moins palpables tout au long de l'événement.

Un algorithme de l'intégration géopolitique, d'une alliance inter-partis à une alliance inter-parlements, comme esquissé dans la résolution de la conférence, a été aussi mis en évidence au cours des discussions.

Au nom de l'initiateur de la conférence, Andriy Biletskyi, les travaux ont été inaugurés par Olexandr Alfyorov, docteur en Histoire, qui a remercié les participants à la conférence et a révélé son ordre du jour concernant des problématiques militaires et civiles ( économie, énergie et culture ).

La section Défense :

Il a laissé ensuite le champ libre au premier intervenant et modérateur des questions attenantes à la défense, Oleksandr Maslak, docteur en philosophie, expert du Groupe d'analyses “Rubicon”. Dans son introduction, concernant tous les domaines abordés dans  son allocution intitulée “Intermarium, les nouveaux défis pour la sécurité”, monsieur Maslak a souligné que les conflits de nouvelle génération sont intrinsèquement liés aux guerres qui se déploient dans les sphères de la politique, de l'économie et de l'information.

En particulier, le fait de regagner le contrôle du plateau continental de la Mer Noire, de la part de la Fédération de Russie, a privé l'Ukraine de sa zone économique correspondante et de ses réserves de gaz.

De plus, il a démontré que depuis l'annexion de la Crimée par la Russie et l'accumulation de moyens militaires dans la région de Kaliningrad, toute l'Europe centrale et orientale s'est retrouvée sous le rayon d'action des missiles à courte portée Iskander ou à longue portée Kalibr déployés par la Fédération de Russie, ce qui signifie que seul un système de sécurité régionale pourra dissuader la menace d'une intervention militaire venue de l'Est.

Du reste, Olexandr Maslak s'est remémoré les théâtres d'opérations bien familiers de la période soviétique, balte en particulier, et a attiré l'attention sur le fait éloquent que les manoeuvres militaires russes “Zapad” ( l'Ouest ), qui se sont déroulées en 2013, ont complètement mis en place et reproduit les conditions selon lesquelles la guerre hybride contre l'Ukraine sera menée un an plus tard.

Après avoir souligné l'efficacité d'une résistance populaire massive démontrée par l'histoire de la région, Monsieur Maslak a laissé la place à l'intervenant suivant venu de Pologne, Damian Duda.

Professeur à l'Université Marie Curie-Sklodowska de Lublin et activiste du Mouvement pour la Défense Territoriale, monsieur Duda a nommément mis l'accent sur les opportunités d'autodéfense dans le contexte d'une forme de guerre hybride ou irrégulière avec une intervention intitulée “Le rôle et l'importance des formations de défense territoriales. Le citoyen dans la défense de la patrie”.

Depuis 2013, Monsieur Duda a entretenu des relations avec les bataillons de volontaires ukrainiens, le régiment Azov à Marioupol en particulier, et a servi en tant que personnel paramédical en Syrie, en Irak et en Ukraine.

À l’opposé d’une armée trop formatée, y compris celle de la Pologne, qui s’avère même incapable de surmonter les effets de catastrophes naturelles, ou de combattre une menace séparatiste, ce qui fut le cas dans le Donbass, les unités de défense territoriale connaissent l’ennemi et les forces potentiellement subversives de face et peuvent commander aux structures régulières comme cela s’est produit en Syrie. Du reste, le spécialiste polonais de la défense territoriale a passé en revue les pays qui rendent justice à leurs forces de défense territoriale, en particulier la Suisse où avoir accompli  avec succès un cours complet de formation d’autodéfense est un must pour une future intégration sociale réussie.

Pour finir, Damian Duda fit part de l’expérience des formations paramilitaires polonaises créées par des jeunes gens enthousiastes et décrivit la structure du système polonais de défense territoriale qui a finalement été lancé ce mois-ci par le gouvernement, destiné peut-être à jouer un rôle de modèle pour les unités ukrainiennes. Le bataillon polonais de défense territoriale, qui existait formellement depuis 10 ans, a entamé sa croissance dans le cadre d’un programme à long terme à destination des patriotes motivés ( au lieu des fonctionnaires de l’ancien système soviétique ) capables d’accomplir des missions à la fois civiles et militaires.

L’intervenant suivant, Konstantins Pupurs, venu de Lettonie, couvrit un large éventail de sujets concernant la sécurité aux échelons régionaux et européens, dans un discours intitulé plus précisément  « Intermarium, de L’Union des Salaires  (Wage Union) à la coopération militaire ».

En tant que membre du légendaire groupe letton de résistance nationale anti-communiste Helsinki 86, il a pu être témoin de la chaîne d’événements malheureux au cours de laquelle les vieilles menaces ont été remplacées par de nouvelles, sûrement plus dangereuses encore.

Entre autres, monsieur Pupurs a mentionné la catastrophe représentée par l’immigration, les actes de terreur contre les Européens, les inégalités économiques criantes, qui sont aussi génératrices de flux migratoires, l’érosion des traditions culturelles et des valeurs morales en Europe occidentale, l’influence destructrice du politiquement correct, le nouvel impérialisme russe et les conséquences des élections en France.

Ce n’est pas la peine de se demander si le système de défense régionale est bien conçu, a continué l’intervenant, lorsque l’on sait qu’a présidé en particulier à sa genèse le général letton Peteris Radzins, qui a d’abord servi à l’état-major de l’hetman Pavlo Skoropadskyi, puis au sein de celui de Symon Petlioura.

L’initiative de l’ Union des Salaires (Wage Union), lancée par huit pays de l’Union Européenne (Hongrie, Croatie, Pologne, Lettonie, Estonie, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie), et entraînant l’intégration vers un pas supplémentaire en direction d’une nouvelle réalité géopolitique, est particulièrement et étroitement liée à la sécurité de la région par le fait qu’elle aspire à un juste équilibre des salaires entre l’Europe occidentale et orientale, pour ainsi empêcher toute émigration de main d’œuvre jeune et qualifiée.

Selon monsieur Pupurs, depuis 1991, la Lettonie, à elle seule, a subie une hémorragie de 350 000 personnes (sur une population de 2 millions), ce qui n’était jamais arrivé dans un laps de temps aussi court depuis la Livonie au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et la répression communiste.
À la fin de son propos et au cours des échanges, Konstantins Pupurs a déclaré que si la Commission Européenne échouait à satisfaire les demandes de l’Union des Salaires (Union Wage), ses initiateurs pourraient soutenir une coopération Adriatique-Baltique-Mer Noire plus étroite dans le domaine économique.

L’allocution suivante intitulée « L’Intermarium et la question de la minorité polonaise en Lituanie » était dédiée à un autre aspect délicat de la sécurité régionale qui est souvent instrumentalisé par des forces géopolitiques tierces désireuses de porter préjudice à cette zone : les droits des minorités nationales dans les pays européens. L’intervenant était Rajmund Klonowski, dirigeant du “Wileńska Młodzież Patriotyczna,” représentant la minorité polonaise en Lituanie.

Après s’être attardé sur les pages les plus significatives de l’histoire et de l’héritage culturel communs, au même titre que sur les étapes modernes de la réunification après les conflits du siècle dernier, monsieur Klonowski a dévoilé les principaux motifs d’inquiétude de ses compatriotes : sous-représentation des droits linguistiques polonais, nombre insuffisant d’écoles polonaises, translittération lituanienne des noms polonais (politique précédemment pratiquée par les autorités soviétiques tournées vers la Russie à l’égard des Lituaniens), accès limité aux médias et seuil de représentation parlementaire trop élevé (5%). Ce dernier a même forcé la minorité polonaise à entrer en coalition avec le parti pro-Kremlin afin d’avoir une caisse de résonance dans la société.

Au cours de la discussion, y compris avec les invités Lituaniens à cet événement, monsieur Klonowski a souligné qu’une solution satisfaisante pour les deux parties au sujet des problèmes évoqués précédemment, comme cela s’est produit par exemple au Sud-Tyrol, ne peut que servir les intérêts de l’Intermarium et peut empêcher le séparatisme. D’ailleurs, en tant que personne devenue familière de la dynastie des Habsbourg qui a favorisé l’Union Paneuropéenne, Klonowski a confirmé que la recherche d’une issue pourrait reposer sur les projets identitaires variés d’unité européenne qui ont fleuri après la Seconde Guerre Mondiale en tant qu’alternative au globalisme.

Plus tard, après la pause déjeuner, la question de la défense territoriale a continué d’être évoquée avec Audrius Baciulis, un expert lituanien des politiques de défense nationale et des problèmes de sécurité, éditorialiste au journal quotidien « Lietuvos Zinios », avec une communication intitulée « Le cas lituanien : comment rebâtir nos forces armées et paramilitaires malgré une forte opposition gouvernementale ».

Selon l’intervenant, la Lituanie a triplé son budget militaire ces trois dernières années et a restauré un système de service militaire avec les formations de volontaires de la défense mises en place pour la première fois en janvier 1991 lors du siège du conseil suprême lituanien par les forces soviétiques à Vilnius (renommées plus tard Forces des Volontaires de la Défense Nationale Lituanienne). Au même moment, l’Union des Tirailleurs Lituaniens d’avant-guerre a été rétablie. Il est assez intéressant de noter que son emblème coïncide avec les armes de la dynastie des Jagellon adoptées comme symbole contemporain de l’Intermarium.

Depuis leur création, les premières unités des forces d’autodéfense lituaniennes, partiellement soutenues par l’armée régulière, furent pensées pour mener des combats de semi guérilla dans un format d’infanterie légère.

Cependant, les autorités de l’époque ne furent pas enthousiastes devant la renaissance du mouvement des volontaires. En illustration du titre de son allocution, monsieur Baciulis démontra que la destruction des forces armées, à la fois en Lituanie et dans l’Ukraine confrontée à la guerre hybride, a été menée par les mêmes élites post-communistes. À la fois à la veille de l’adhésion de la Lituanie à l’OTAN, quand les volontaires ont dû délibérément remettre leurs armes et en général depuis le retour à l’indépendance pour la Lituanie, le gouvernement post-soviétique a eu une peur bleue du mouvement des volontaires et a tenté de les neutraliser par tous les moyens possibles et imaginables.

Comme Andrius Baciulis le fit justement remarquer, une telle attitude qui a culminé dans l’incident des « volontaires insurgés de Kaunas », rappelle assez la crainte que les autorités ukrainiennes nourrissent à l’égard du régiment Azov.
Pourtant, en 2006, le mouvement des volontaires devint officiellement parti intégrante des forces terrestres lituaniennes.

Pleinement d’accord avec le message de Damian Duda, Audrius Baciulis confirma que les soldats volontaires, qui sont avant tout des citoyens, et des militaires seulement en deuxième lieu, se sont souvent avérés beaucoup plus efficaces que ceux de l’armée régulière au cours des conflits du Kosovo, d’Afghanistan et d’Ukraine. Ainsi, la conscription supprimée par les autorités post-communistes en 2008 a été rétablie en même temps que l’Union des Tirailleurs Lituaniens, seulement après la victoire de Dalia Grybauskaite, connue pour ses positions fermes à l’égard de la guerre d’agression hybride de Poutine.
De même, monsieur Baciulis a conclu en disant que ce qui pourrait être perçu comme une faiblesse des tirailleurs volontaires en temps de paix, à savoir une absence de commandement centralisé qui les transforme en une hydre à mille têtes imperméable à toute infiltration par les équivalents modernes du NKVD, une haute mobilité, une connaissance des gens et du terrain, un travail en réseaux (soutien des civils et coordination active avec eux), constitue leur force en cas de guerre hybride ou même d’occupation de la Lituanie.

La section civile :

La section civile, modérée par Olena Semenyaka, responsable du Département des relations internationales du Corps National, a été inaugurée avec un discours donné par Mariusz Patey, directeur de l’Institut Roman Rubarsky, participant régulier aux initiatives du Groupe d’Assistance pour le Développement de l’Intermarium.

En accord avec le titre de son allocution, « Principes économiques du Projet Intermarium », il a établi un lien entre les deux sections, ayant observé avec justesse que la coopération dans le domaine de la défense s’appuie aussi lourdement sur l’économie.

Les pays de la zone de l’Intermarium, unis par un espace géographique et une histoire communs depuis le XVème siècle, ont toutes les raisons de lancer des projets conjoints dans les sphères économiques, énergétiques et écologiques sur la base d’échanges scientifiques étroits. Monsieur Patey a spécialement mis l’accent sur l’importance de bâtir des corridors régionaux de gazoducs et des réseaux fluviaux qui pourraient faire baisser les coûts de transport et rendre la région plus compétitive.

Le besoin de diversifier les sources d’énergie est prouvé de manière convaincante par le fait que la Pologne, par exemple, importe son gaz à un tarif plus élevé que l’Allemagne, de la même façon, l’Ukraine qui achète plus cher le gaz russe à rebours par l’intermédiaire des compagnies européennes. Par conséquent, comme Mariusz Matey a entrepris de le dire, la Pologne développe le terminal gazier portuaire LNG à Swinoujscie sur la Baltique, visant à gagner une indépendance par rapport aux fournitures de gaz venues de l’Est, tout en s’engageant dans une coopération énergétique avec la Norvège (la zone du Corridor Nord).

Au sujet du Corridor Sud, il existe un projet nommé « White Stream » qui pourrait transporter du gaz du Turkménistan à travers la Georgie à destination de l’Europe, via la Crimée, avant qu’elle ait été occupée. Cependant, la ville ukrainienne d’Odessa pourrait être une option en lieu et place.

Les importations de pétrole et de charbon de Russie coûtent aussi à la Pologne beaucoup d’argent (plus de 20 milliards de Dollars). Pourtant, La Pologne et l’Ukraine pourraient beaucoup bénéficier conjointement du pipeline Odessa-Brody-Gdansk dans les cartons depuis longtemps et il existe de nombreuses raffineries de pétrole en Ukraine. Ce pipeline pourrait être aisément connecté aux pays baltes, unifiant ainsi la mer Baltique à la Mer Noire.

En allant plus loin, il y a selon monsieur Patey, plusieurs voies fluviales de dimension régionale qui pourraient être activées : les corridors fluviaux Oder-Vistule-Boug-Pripyat-Dnipro et Oder-Vistule-San-Dniestr.

Le corridor Vistule-Dnipro , en particulier, fut envisagé au XVIIIème siècle par le dernier roi  de la Rzeczpospolita polono-lithuanienne, Stanislas II Auguste. Ce dernier corridor, s’il voit le jour, pourrait connecter les pays de l’Intermarium à la Moldavie et fut à nouveau évoqué en 1939.

Au final, Mariusz Patey  souligna l’importance des institutions financières nécessaires pour la réalisation des projets évoqués : une banque régionale, un fond solidaire ( en cas de catastrophe naturelle par exemple ) et un fond d’investissement. Les ambitions des élites politiques et des hommes d’affaire locaux, aussi bien que les tensions émotionnelles provoquées par des agents intérieurs et extérieurs constituent les obstacles principaux sur le chemin du développement économique réussi de l’Intermarium.

L’intervenant suivant, Ales’ Lagvinets, responsable de l’initiative bélarussienne « Dzeya » (« Action »), a mis l’accent précisément sur la question de l’intégrité et de la sécurité régionale avec une communication intitulée « Le Belarus et la sécurité énergétique de l’Intermarium ».

Comme on pouvait presque s’y attendre, en dépit d’une neutralité déclarée du Belarus en tant qu’hôte des négociations de Minsk attenantes au conflit russo-ukrainien, Lagvinets a commencé à dire que le gouvernement est extrêmement dépendant de la Russie. Cette dépendance est particulièrement évidente dans le domaine de l’énergie, quand on sait que plus de 80% des compagnies bélarussiennes dans ce créneau sont détenues par le russe Gazprom.

Cette dépendance est mutuellement bénéfique : la Russie obtient un voisin loyal, ce qui est particulièrement important dans le contexte de la guerre hybride menée contre l’Ukraine, et le régime de Loukachenko, qui est en place depuis plus de 20 ans, bénéficie d’un soutien populaire depuis que la Russie vend son gaz au Belarus à un prix plus bas qu’à la Lituanie ou l’Ukraine (En fait, on devrait dire qu’il bénéficiait : après les dernières négociations russo-bélarussiennes autour du prix du gaz suivies par les manifestations de masse en date du jour de la Liberté contre le projet de « Taxe sur le chômage », durant lesquelles furent détenues monsieur Lagvinets et 20 autres personnes encore sous les verrous, la crédibilité des politiques mises en œuvre par le régime a décru significativement – Olena Semenyaka).

Au même moment, Ales’ Lagvinets a souligné qu’en 2006, quand la Russie a annoncé un prix du gaz plus élevé pour 2007, le président bélarussien Aliaksandr Loukachenko a comparé de tels agissements à un acte terroriste de niveau étatique. Dernièrement, il a fait des pas positifs vers une diversification des fournitures d’énergie avec une coopération mise en place avec le Venezuela, l’Azerbaïdjan et potentiellement, l’Iran.

Cependant, la sécurité énergétique de la région est encore menacée : sous la pression russe, le Belarus a refusé de prendre part au projet lituanien réussi de terminal de gaz liquéfié à Klaïpeda. De même, d’une part, il serait préférable pour la Pologne de ne pas acheter de l’énergie produite par la centrale nucléaire bélarussienne d’Astraviets, maintenue opérationnelle avec le soutien russe et localisée à seulement 50 km de Vilnius. D’autre part, a argumenté Ales’ Lagvinets, les pays de la région ne devraient pas avoir peur de renforcer le régime en faisant du commerce avec lui, dans la mesure où cela aiderait simultanément à réintégrer le Belarus dans son aire géopolitique naturelle.

Pour résumer, l’intervenant a admis que l’influence du « Monde russe » et des médias était encore très puissante au Belarus, en particulier dans le domaine de la défense, mais que les représentants du gouvernement étaient divisés (« Occidentalistes » et « réformistes » contre les officiels pro-Kremlin) et, du fait que n’importe quel régime politique pourrait bénéficier de projets régionaux d’éducation dominés par les premiers, cela aiderait à ramener un maillon manquant dans la chaîne, le Belarus dans la région de l’Intermarium.

L’orateur suivant, le croate Leo Maric, secrétaire international du parti « Generacija Obnove » (« La génération du Renouveau »), a poursuivi dans le domaine de la politique économique de l’Intermarium, mais dans une perspective grande-européenne, plus précisément dans le contexte du conflit d’intérêt économique avec l’Union européenne, avec son exposé intitulé « l’Intermarium contre l’Europe occidentale : un aspect géo-économique ».
Les effets négatifs de l’accession à l’Union européenne des pays d’Europe centrale et orientale, parmi lesquels avant tout la Croatie, ont consisté en une émigration considérable  de main-d’oeuvre qualifiée et bien éduquée à destination des pays d’Europe occidentale bénéficiant d’un marché plus compétitif, ce qui a accru le pourcentage de personnes âgées et provoqué une baisse du nombre des contribuables.

Par exemple, en 2007, la Pologne a perdu entre 2 et 3 millions de personnes ; en 2011, la population lettone a diminué de 13% ; celle de Bulgarie de 7% ; la Croatie a perdu 150 000 personnes et 3% de sa population au cours des quatre dernières années.

En outre, Leo Maric a révélé un autre aspect menaçant des politiques de l’UE : son rôle de métropole économique par rapport aux pays périphériques d’Europe centrale et orientale. Pour prouver que cela ne relevait pas d’une quelconque théorie du complot, monsieur Maric a mentionné plusieurs exemples tout à fait éloquents.

Ayant mis en place seulement 25% des subventions standard communautaires en faveur de l’agriculture hongroise, l’UE a, en fait, ruiné cette sphère traditionnellement puissante de l’économie magyare ; à la veille de l’adhésion de la Croatie à l’UE, le Royaume-Uni et les Pays Bas ont proposé de demander à son gouvernement de vendre les infrastructures portuaires et les chantiers navals d’Etat ; la qualité de membre de l’UE a presque coûté à la Slovénie la perte de son monopole du marché de la bière : l’UE a tenté d’aider le géant belge « Interbrew » à acheter les actifs de la brasserie slovène « Union », un petit rival de « Pivovarna Lasko », le leader national dans ce domaine.

En d’autres termes, la Commission européenne se comporte comme un « Robin des bois institutionnel », venant en aide aux états membres les plus pauvres, mais en réalité, les seuls pays à en bénéficier sont les leaders bien connus de l’Union. Par exemple, la Pologne et la Hongrie reçoivent de l’argent des fonds structurels communautaires, mais, comme Gunther Oettinger l’a admit, la plupart de ces financements reviennent en Allemagne. C’est pourquoi « Generacija Obnove » a rejoint l’initiative de l’Union des Salaires (« Wage Union »), « une paye égale pour un travail égal » (abordée précédemment dans l’exposé de Konstantins Pupurs) visant à équilibrer les salaires entre l’Europe occidentale et orientale et empêcher ainsi les citoyens des nouveaux pays membres d’émigrer. Le véritable objectif de l’Union des Salaires, a résumé Leo Maric, ne consiste pas en une homogénéisation artificielle des salaires, mais à assurer un juste ratio des compagnies concernées au sein des économies nationales des pays d’Europe centrale et orientale.

Le dernier intervenant de cette section civile fut l’Estonien Ruuben Kaalep, responsable de « Sinine Aratus », l’organisation de jeunesse du parti politique Eesti Konservatiivne Rahvaerakond. Symboliquement, son intervention intitulée « Vieille Europe et Jeune Europe », a montré en fait le but principal des discussions menées tout au long de cette journée et déterminé la mission culturelle de l’Intermarium : devenir une source fondamentale du renouveau européen.

La civilisation de l’Occident actuel est condamnée, comme le formule Ruuben Kaalep dans une phrase sans équivoque. Elle est le lieu d’une humanité abstraite, de l’argent et des droits de l’homme sans identité, mythe, essence et aucune espèce de connection. L’impulsion créatrice qui a jadis nourri l’empire romain a depuis longtemps disparu et demeure seulement une coquille vide.
Cependant, et c’est là l’interprétation de Ruuben Kaalep de la recette pour une renaissance européenne, les peuples de l’Europe centrale, orientale et baltique n’ont jamais été les descendants directs des Romains et leur noyau barbare est encore préservé. La nature originelle tribale de l’humanité n’a pas été éradiquée ici. En effet, les pays de l’Intermarium mettent nommément l’accent sur l’ethnicité en lieu et place de l’humanité abstraite et du progrès et revendiquent leurs racines vikings, cosaques et ainsi de suite.

C’est pourquoi L’Europe n’est pas morte : elle vit dans les cœurs des barbares modernes qui sont prêts à résister aux croisades contemporaines menées au nom des droits de l’homme et du politiquement correct . Et c’est pourquoi ils sont l’avenir de l’Europe dans le réel et en théorie, en s’appuyant sur les principes de l’ethnofuturisme. Ce qui est important, a souligné Ruuben Kaalep, est que ces « barbares » sont bien conscients que les ennemis ont toujours essayé d’utiliser leur passionarité comme un facteur de désintégration, mais de nos jours, rien ne pourra perturber l’unité de l’Intermarium porteur de la nouvelle aube de l’Europe.

Après cette dernière allocution, les résultats de la section et les conférences ont été intégralement résumés. Il a été mis en évidence que la région devait accroître sa force géopolitique car elle ne se sentirait vraiment en sécurité qu’après des changements significatifs à la fois en Russie et en Europe occidentale, des changements basés sur un nouveau paradigme européen qui rendra dénuée de sens toute espèce de confrontation entre les blocs continentaux respectifs, en s’assurant qu’il en soit ainsi même en cas de simples changements de régimes politiques.

Avant que cela ne se produise, si cela se produit, les pays de l’Intermarium devraient accélérer leur intégration économique, scientifique, culturelle et militaire. Ces perspectives envisageables pour le reste de l’Europe et le reste du monde ont été proposées comme thématique d’une conférence séparée.

Dans les discussions qui ont suivi, il a été évoqué la question des forces de défense régionales et souveraines capable d’assister chaque pays en particulier dans les délais requis (comme en Ukraine aujourd’hui), aussi bien que les perspectives d’une légion étrangère ukrainienne dont la promotion a été faite par le Corps National. Du reste, on a aussi mis l’accent sur l’importance de développer les infrastructures touristiques de la région, en tant qu’élément déclencheur d’une intégration rapide et en douceur.

La deuxième conférence du Groupe d’Assistance pour le Développement de l’Intermarium s’est achevée avec la lecture et l’adoption de la résolution dont voici le texte complet :

27 avril 2017                                                                     en la ville de Kyiv

Compte tenu de la continuation avec des périodes d’escalade, du conflit militaire dans l’est de l’Ukraine et de la possibilité élevée que celui-ci s’étende aux autres pays de la région ;

De l’augmentation des défis sécuritaires, économiques, sociaux, démographiques et institutionnels qui se posent pour tous les pays d’Europe ;

Se basant sur l’expérience du Conseil Nordique, de « L’Initiative des Trois Mers » , des Quatre de Visegrad et d’autres formes d’intégration macro-régionales ;

Admettant l’urgence de créer un commonwealth régional efficient qui sera capable de mettre en œuvre en pratique les directions de l’intégration dans les domaines spécifiques déterminés par les conclusions de la conférence inaugurale ;

Nous, participants à la deuxième conférence internationale du Groupe d’Assistance pour le Développement de l’Union Adriatique-Baltique-Mer Noire (Intermarium)

sommes résolus à

1.      inclure dans le Groupe d’Assistance pour le Développement de l’Union Adriatique-Baltique-Mer Noire (Intermarium) un représentant de la Lettonie.

2.      Nous inspirer du modèle du Conseil Nordique en tant que meilleur exemple de coopération flexible entre des pays membres de différents blocs militaires et politiques, à ce stade initial de développement de l’Union Adriatique-Baltique-Mer Noire (Intermarium).

3.      déterminer les orientations suivantes concernant les activités du Groupe pour la période à venir :

Etablissement d’une coopération entre les forces politiques de la région partageant l’intérêt géopolitique pour l’Union Adriatique-Baltique –Mer Noire (Intermarium) avec la perspective de créer d’abord un parti, puis une alliance inter-parlements ;
. Promouvoir une coordination maximale des représentations diplomatiques officielles de la région entre elles et les partis désireux de développer l’Union Adriatique-Baltique-Mer Noire (Intermarium) ;
. Soutenir les initiatives culturelles et politiques des quatre pays du Groupe de Visegrad en tant que plateforme préliminaire pour le développement de l’Union Adriatique-Baltique-Mer Noire (Intermarium) et favoriser l’accession d’autres pays d’Europe centrale et orientale en son sein ;
. Assistance dans l’organisation de la coopération et les échanges d’expérience entre les structures sécuritaires, économiques scientifiques, éducatives, culturelles, touristiques et autres des pays de la région, aussi bien que dans la création de programmes communs dans ces domaines ;
. Assistance civile aux projets d’échanges d’expérience entre les unités de défense territoriale ;
. Soutien à la création de fonds d’investissement communs interétatiques à un niveau gouvernemental ;
. Promotion des échanges régionaux dans le domaine des hautes technologies et du développement d’institutions conjointes de recherche scientifique et de projets innovants ;
. Contribuer à lutter contre les tensions interethniques et garantir une coopération internationale constructive ainsi que les priorités inhérentes à une politique de l’information.

ANNEXE : Texte du dépliant fourni aux participants, intitulé

                INTERMARIUM 2017

L’HISTOIRE ET LES FONDEMENTS POUR LE RENOUVEAU ACTUEL


L’Intermarium n’est pas un projet géopolitique naturel pour les pays d’Europe centrale et orientale à considérer seulement dans ses aspects géographique, historique et culturel.

Il y a, de nos jours, au moins trois doctrines de l’Intermarium qui sont graduellement redécouvertes : la doctrine ukrainienne de la Mer Noire de Youriy Lypa, le concept polonais de l’Intermarium de Josef Pilsudski et les élaborations autour de l’axe Baltique-Mer Noire du général lituanien Peteris Radzins, qui a aussi servi dans l’état-major de l’armée de l’hetman Pavlo Skoropadskyi, puis dans celui de la République Populaire Ukrainienne (UNR), sous le commandement de Symon Petloura.

L’appartenance à l’Intermarium était conçue différemment par les auteurs de ces doctrines, mais ce qu’il y a de commun a prévalu.

Lypa a attiré l’attention sur les pays riverains de la Mer Noire, considérant la Pologne comme appartenant à l’aire baltique et le Belarus comme le bouclier protecteur de l’Ukraine. Radzins a inclus dans l’Union Baltique-Mer Noire les pays qui ont appartenu à l’empire russe : les états baltes, la Finlande, la Pologne et l’Ukraine. Comme Pilsudski, il a souligné la menace constituée aussi bien par la Russie que par l’Allemagne.

Cependant, au même titre que Lypa, il a assigné un rôle clé à l’Ukraine et pas à la Pologne pour déterminer le destin de la région.

Pilsudski, de manière semblable à Lypa, a complété son schéma d’intégration des pays de l’Intermarium avec la doctrine de la « participation de la Russie » à de possibles états nationaux, le « Prométhéisme ».

À la différence de Radzins, il n’incluait pas la Finlande dans l’Intermarium, mais à l’instar de Lypa, il incluait la Roumanie, et tous les deux étendaient le triangle Baltique-Mer Noire aux pays d’Europe centrale : La Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et la Hongrie. Au même moment, chacun d’entre eux défendait le passage d’un axe d’orientation « Est-Ouest » à un vecteur « Nord-Sud », naturel pour notre région et l’Europe toute entière, en conformité avec l’ancienne route de commerce menant « des Varègues aux Grecs ».

Cependant, actuellement, ce qui fait sens pour nous n’est pas de reconstruire littéralement quelques-uns de ces modèles évoqués de l’Intermarium, engendrés par le contexte historique de l’Europe de l’entre-deux guerres, mais plutôt de concrétiser cette intuition géopolitique bien assise sur ses bases qui reste plus que jamais pertinente.

Pour être précis, nous considérons que, regroupés initialement seulement dans une perspective de défense commune, les pays de l’Intermarium s’avèrent capables d’affirmer leur souveraineté et leur identité nationales face aux nouvelles menaces surgies de l’Est et de l’Ouest. Et inversement, le prix à payer pour la désunion, la discorde et l’ «égoïsme national» serait trop élevé, aboutissant à une destruction en chaîne du processus d’édification de la nation pour les pays qui auraient oublié les leçons du passé, et essayé naïvement de « siéger à la table » de l’ennemi commun à l’ensemble de la région.

Aujourd’hui, la perspective de Josef Pilsudski s’impose en terme de structures pour l’Intermarium.

De manière non concertée, l’idée de l’Intermarium dans les sphères diplomatiques et sociales commence à se diffuser largement depuis l’accession au pouvoir du nouveau président polonais, le conservateur Andrzej Duda.
Le regain informationnel de cette idée s’est poursuivi avec la promotion qu’en a faite la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic.

Par conséquent, de cette manière, l’idée de l’Intermarium s’étend bien au-delà du format étroit de l’axe Baltique-Mer Noire (« Le format des deux mers ») pour tracer les contours d’un « format des trois mers ».

Pour être précis, la présidente croate a créé le groupe Adriatique-Baltique-Mer Noire qui inclut 12 pays membres de l’Union européenne, dans des termes géopolitiques, centré autour des « Quatre de Visegrad » (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie-NDT) qui devient de plus en plus autonome vis à vis du tandem « Berlin-Bruxelles » (qui se transforme parfois en trio avec l’ajout de Moscou).

II y a quelques raisons de prévoir que les mouvements à contre courant établis entre les pays locomotives de l’alternative est-européenne permettront la formation d’un nouvel acteur de la politique globale, une communauté forte de nations fortes, l’Intermarium.


Compte-rendu de la conférence rédigé par Olena Semenyaka.

Traduction et adaptation : Pascal Lassalle.