meldibe

Le dessin appartient à l'expression. Ce fut le premier pour l'homme. Il fait parti du langage. Il est inhérent à notre inconscient voire au delà, toutes les civilisations y ont recours et c'est en ce sens qu'il est mystique…Pour ma part ils sont un voyage , une expérience. Ils font office de mandala, de chemin de vie. Ce n'est pas simplement de l'art pour l'art. C'est une des raisons pour lesquels je les offre aux regards. Ils sont (et doivent) être vus. Je crois aussi que beaucoup en ont peur. Nous dessinons tous enfant et puis l'adulte arrête. Il y a quelque chose de perdu. Je refuse cette perte.
youtube
youtube
AU VIVE 13 : DE L'EDUCATION :

L'enfant est méchant que parce qu'il est faible ; rendez-le fort, il sera bon.

Emile, ou, de l’éducation. JJ Rouseau


Quand je pense aux premiers jours d’école, je ne me rappelle d’un seul et unique sentiment. La peur.  Et alors j’esquisse un sourire en coin parce que si on m’avait dit que je finirais aux plus hautes marches des études universitaires, je crois bien que j’aurais griffer plus d’un visage. D’abord il y avait les maîtresses. Contrairement à ce qu’on pourrait penser sur les transferts maternisants, je dois avouer que cela ne m’est jamais arrivé. Trop grande, trop froide et surtout pas d’accent. Y’a un truc dont je me rappelle précisément c’était que y’en avait un de nous à tour de rôle qui devait aller lire le thermomètre le matin et ce truc là, ça me terrorisait. De plus,  je n’en voyais aucune utilité (quel importance de lire un thermomètre vu qu’on venait du dehors et que de toute façon on savait bien quel temps il faisait et si ça caillait ou pas). Après je comprenais que c’était important de savoir lire un thermomètre mais je ne savais pas vraiment si j’en étais capable. Y’avait plein de choses que je ne comprenais pas bien. Par exemple, il fallait bien répondre pour avoir un bon point puis au bout de 10 bons points,  une image. J’avais l’image du chien assis sous une chaise avec un sucre au dessus de la table. A l’idée de compétition, toutes idées disparaissaient et je laissais les images à d’autres. Je n’étais ni mauvaise ni bonne. J’étais moyenne. Rien d’exceptionnel. En classe, on ne me remarquait presque pas. J’étais confondue et noyée dans la masse. Certaines distinctions une année élémentaire durant laquelle, j’étais la reine de la conjugaison soit disant et année au cours de laquelle j’avais aussi gagné la course inter-classes de la ville. Première. Ma mère m’avait traitée de menteuse. C’est ma copine Florence qui a du lui dire pour qu’elle put y croire. C’est la première fois que j’ai vu ma mère aussi fière. Je ne sais pas quand j’ai eu le déclic. Cette hargne de la connaissance. Cette volonté de fer. Cette envie de réussir. Je pense que c’est avant l’école. Je choppais les cahiers de mon frère et je m’entraînais à écrire des lignes. Je faisais semblant d’écrire. Puis après quand j’ai vu ce qu’était la classe, l’école, je n’ai pas aimé. Je n’aimais pas les maîtresses. Elles me foutaient les boules. Elles faisaient des différences. Elles étaient hystériques. Elles jetaient les cahiers par la fenêtre. Elle n’aimait jamais mes cadeaux de fin d’année.  Mise à part l’écriture, j’avais l’impression de ne rien apprendre. Avoir une belle écriture. Faire des fresques en bas de page. Bon sang, qu’est ce que j’ai pu me faire chier. Et puis il y a eu le collège. Je vous laisse imaginer le collège. La banlieue etc. Avec les pelotages forcés par les plus grands quand tu sortais de cours. Ben du coup, je ne sortais plus. J’ai travaillé. J’ai fait mes devoirs parce que, en dehors de la télé et du sport, ben en banlieue y’avait rien à faire. Je m’ennuyais alors je faisais mes devoirs. Je finissais le livre d’exercices de math avant la fin de l’année parce que parfois ben y’avait pas assez de devoirs pour pallier à l’agonie généralisée de tes congénères du neuf trois. On s’amusait un peu le dimanche dehors, mais rien de spécial.

Et moi, ben moi aussi je voulais du spécial. Comme je travaillais, j’ai commencé à avoir  le maximum de points dans toutes les matières. Les professeurs ont commencé à m’aimer. Et moi j’ai commencé à les aimer et ce n’est que bien plus tard que j’ai compris qu’à ce moment là   précisément, c’est moi que j’ai en réalité commencé à aimer. Je ne me souviens pas d’avoir été curieuse mais j’aimais bien qu’on m’aime. Mes parents m’aimaient plus aussi. Ils étaient fiers. Eux qui avaient honte un peu. L’accent, les lettres avec des fautes. Cela ne me coûtait pas si cher pour un retour payant. J’aimais faire mes devoirs. Et puis il y avait les professeurs à part. Ceux qui voyaient les choses un peu différemment. Ceux qui nous interdisaient d’apprendre par cœur. Ceux là oui. Je les aimais et je  les remerciais de m’apprendre et de me donner un élan, un sens à la vie. Après plus tard j’ai pris conscience de ce que m’apportait la connaissance. Je n’avais plus peur. Et plus les années ont passé, plus j’ai compris que j’avais trouvé un allié fort. Dans les coups les plus difficiles de la vie : les abandons, les trahisons, les différences, les jugements… c’est cette connaissance qui m’a permis de rebondir. Comprendre pour pouvoir pardonner. Apprendre pour pouvoir croire en une seule vérité : la sienne. J’ai mis du temps à comprendre cette notion. Cela m’a mis près de 40 ans. Toute cette connaissance que j’ai acquise, celle que moi-même je transmets, et pour quoi je travaille chaque jour sans relâche m’ont permis d’être au plus près de ce que je suis. Qu’est-ce qu’une vie ? Que cherche t-on si ce n’est cette harmonie à soi et par là même aux autres ? Et délibérément, je n’ai pas écrit les larmes, les découragements, les insultes, les souffrances encourues, les sacrifices jusqu’aux familles infondées pour atteindre cet objectif.  

Mes frères, vous n’avez besoin ni de dieux ni de maîtres. Et même la connaissance n’est au fond qu’un véhicule pour pouvoir être au plus près de soi.

Rendez votre vie possible et travaillez y sans relâche.  

A bras le corps.

FRANCESCA ACQUAVIVA