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En marge

Petit bout de terre, à 1000 ans de tous les autres. Elle regarde la campagne, les champs sont tapissés de jaune. Le chien brun vient s'enrouler dans ses jambes, puis s'élance sur le chemin qui se dessine dans la pente, habitué des odeurs, bête restée à l'état sauvage, un peu comme elle. Elle patiente. Elle observe. Le temps est immobile, mais dans les blés jaunes le soir descend. Elle va y retourner. Le corps de la maison l'attend, il attend le feu, la chaleur du foyer, vide, désuni. Il attend la respiration fine des murs, avec ses morts qui s'y accoudent encore, dans l'ombre, depuis des générations. Il attend qu'on ouvre les meubles de bois remplis de linge, de draps anciens, de vêtements reprisés. Il attend qu'on nettoient les cuivres, puisqu'il faut nettoyer encore, même si plus personne ne s'en sert. Il attend le bruit de la télévision, et le son de la mastication, tandis que le journal régional se termine et emporte les nouvelles de Là-bas. Il attend la solitude. Elle la chérie. La nuit, quand elle dort dans l'alcôve, et que le silence est tel qu'on dirait que le monde s'est aboli autour d'elle, c'est comme si elle n'était pas encore née. Dans ce corps silencieux, sa respiration est tranquille et ne frémit pas sous les craquements des vieilles poutres. Le vent parfois vient caresser doucement le corps de la bâtisse, solide et enraciné dans la terre. Il n'y aura rien demain, comme il n'y eut rien aujourd'hui, que les arbres et le soleil traînant son rayon au travers des feuilles.