lourdingue

Jeudi 21 septembre

Cher Pierre Gattaz,

Je dois avouer que jamais, même dans mes rêves les plus fous, il ne m’était venu à l’esprit que je vous écrirais un jour. Après tout, entre vous et moi, il y a à peu près autant de points communs qu’entre Guillaume Musso et un écrivain. 

Mais, par la grâce de votre animateur twitter (votre comiounity manadgeur), je me retrouve donc à vous adresser cette petite bafouille. N’ayez crainte, il ne s’agira ni de vous menacer ni de parsemer dans cette missive les mots permettant d’invoquer le grand Cthulhu. Bien au contraire, je tiens à vous rassurer.

Mais avant tout, permettez-moi de replanter le cadre.

Il y a quelques jours, sur twitter, fleurit le hasthag #MaBlagueNulle. Pour ceux qui ne connaîtraient pas twitter, bravo, et un hashtag - joliment appelé mot-dièse par nos amis du Québec - c’est une sorte de thème autour duquel s’expriment les usagers. Là, en l’occurence, il s’agit de faire les plaisanteries les plus pourraves qui soient. Et voila-t-y pas que sur le compte du Medef surgit cette chose.

Ahah, krosseuh rikoladeuh au Medef ! Je vous avoue que moi-même, je me suis gaussé. Le système éducatif français n’est qu’un ramassis de branquignoles même pas capable de trouver un métier à ses ouailles, qu’est-ce qu’on se marre !

Seulement voilà, le puissant lobby des enseignants (presque aussi puissant et réel que le lobby LGBT, sauf qu’on siège dans des fauteuils camif au lieu de chevaucher des licornes), s’est indigné, forçant MÊME notre ministre de l’Éducation à nous SOUTENIR. Je sais, nous sommes des monstres. 

Devant cette levée de boucliers, et n’écoutant que votre altruisme, vous vous êtes exprimé. via une vidéo, qu’on peut consulter ici.

Cela dit, Monsieur Gattaz, je vous ai senti un brin chafouin, dans votre vidéo. C’est sans nul doute dû à mon mauvais esprit et aussi, peut-être, au fait que sur une minute six de vidéo, vous passez cinquante-quatre secondes à expliquer que : 

a. On n’a pas compris l’idée derrière la vidéo, bande de couillons que nous sommes.

b. L’école française est quand même bien pourrie et va falloir que le MEDEF mette la main à la patte pour que ces bobos à veste en tweed ne ruinent pas les futurs profits des actionnaires l’avenir de nos enfants.

Donc, pour en revenir au sujet premier de cette humble bafouille, je tiens vraiment à vous libérer de tout souci, Monsieur Gattaz : ne vous en faites pas. L’école se tamponne l’oreille de votre avis sur l’école avec une babouche, s’en brosse frénétiquement le nombril avec le pinceau de l’indifférence, ou toute autre image à votre convenance. 

Vous y avez mis du votre, il faut dire, déjà en rabâchant le cliché que “duh uuuuh, on va à l’école pour trouver du travaiiiiil” et aussi que la cause structurelle du chômage, c’est que l’éducation française craint un max.

Très franchement, ce n’était pas la peine de vous abaisser à ces commentaires dignes d’un élève de cinquième particulièrement pénible. La plupart des acteurs de l’éducation n’ont probablement pas pris le temps de jeter une oreille sur vos élucubrations. Peut-être parce que, comme moi, ils ont passé la journée à gérer leurs classes. Dans lesquelles, peut-être, juste peut-être, il y a un Gauvain en classe ULIS, totalement en décalage avec les apprentissages de par différents troubles, qui devrait être pris en charge par une structure adaptée, mais qu’on garde pour tenter de l’inclure dans la société. Dans lesquelles, peut-être, juste peut-être, il y a un Arès, qui vit ses journées en famille d’accueil, à qui on tente de fournir un cadre à peu près solide, pour qu’il devienne un adulte un minimum équilibré, en exorcisant la violence qui le dévore de l’intérieur. Dans lesquelles peut-être, juste peut-être, il y a une Pilika, qui se tape une heure et demie de RER tous les jours pour gagner sa classe de cinquième et qui, parfois, doit aller s’écrouler de fatigue à l’infirmerie.

Peut-être, juste peut-être sommes-nous devenus indifférents à ces provocations lourdingues destinées à attiser les “au fond il n’a pas tort” et les “eh oui, il faut bien que quelqu’un le dise” de ceux qui parlent beaucoup et regardent peu. 
Encore quelques coups de bélier envers l’école de la République ? Vous savez, l’instabilité est notre quotidien, on a appris à enseigner à nos élèves sur des fondations que l’on sape. Alors qu’un homme d’affaire qui n’a pas dû mettre les pieds dans un établissement scolaire public depuis qu’il a un jour pris un mauvais tournant nous fasse la leçon, nous le prenons finalement avec un simple haussement d’épaules. Parce que, pardonnez-moi de vous le dire comme ça, Monsieur Gattaz, mais nous, on bosse, enfants et adultes.

Alors ne vous inquiétez pas. Vous ne nous êtes rien. Retournez à ce qui constitue votre monde, et laissez-nous tenter d’en construire un moins médiocre. 

Cordialement.

Une voix du monde de l’éducation.