lignes dessin

Je ne comprends pas la distance.
Comment comprendre l’espace
qui me sépare de l’arbre,
si son écorce dessine les lignes
qui manquent à ma pensée.
Comment comprendre la parenthèse
qui va du nuage à mes yeux,
si les figures du vent
délient le temps serré de ma petite histoire ?
Comment comprendre le cri pétrifié
qui gèle toutes les paroles du monde,
si de même qu’il n’est qu’un seul silence
il n’est au fond qu’une seule parole ?
Je ne comprends pas la distance.
L’ultime preuve en est l’espace absurde
qui sépare en deux vies
ton existence et la mienne.
—  Poésie verticale. Roberto Juarroz
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2016 :  réaliser des images numériques à partir de dessins de nervures tracés à la main.


Nathalie Lavoie, L’écologie des lignes, dessins de nervures de grande bardane, tournesol et patience sauvage, en résidence au centre Sagamie, Alma.

Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l’existence ? Toute vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l’ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête. Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar. Le journal est la bouée de sauvetage dans l’océan de ces errements. Chaque soir, on y revient. On lui voue sa fidélité. Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s’apaise en une très légère oscillation. S. T.
Sylvain Tesson est notamment l'auteur aux Équateurs de Petit traité sur l'immensité du monde, Éloge de l'énergie vagabonde, Géographie de l’instant ainsi que de plusieurs recueils d’aphorismes. Récemment, il a publié Sur les chemins noirs (Gallimard, 2016).

Vous voyez, ces lignes, celles dont on dit qu’elles révèlent l’avenir d’un individu…Vous savez d’où elles viennent? Ce sont les cicatrices des premières pulsations. Au moment où le coeur se met à battre, les mains du foetus se contractent, et les lignes se dessinent pour toujours.
—  Florian Zeller